SNSM : Philippe Peyrusse, 69 ans, une vie d’ange gardien de la mer

Mercredi une vedette de la SNSM a participé en collaboration avec le CROSS Med au sauvetage de sept plaisanciers au large de Fos-sur-Mer. Secourisme, urgences, dépannages, la SNSM intervient 365 jours par an. À la Ciotat, Philippe Peyrusse nous raconte cet engagement de toute une vie.

Sauveteur de la SNSM lors d'un entraînement (Archives)
Sauveteur de la SNSM lors d'un entraînement (Archives) © SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP
À presque 69 ans, Philippe Peyrusse est ce qu’on appelle un « vieux loup de mer ». Depuis vingt-cinq ans, il est bénévole à la Société nationale de sauvetage en mer de La Ciotat.

Il en est même le président depuis six ans. Avant ça, il était le patron du Bec de l’Aigle ; le canot tout temps de la station ciotadenne.

Patron d'un canot c’est à la fois le chef d’équipe, le responsable de mission, le sauveteur en chef et le formateur.
 
Philippe Peyrusse, 69 ans, est sauveteur en mer depuis plus de 25 ans.
Philippe Peyrusse, 69 ans, est sauveteur en mer depuis plus de 25 ans. © La Ciotat-SNSM

Et pourtant rien ne destinait le sexagénaire à cette vie de sauveteur en mer. Philippe Peyrusse a été pendant des décennies conseiller juridique fiscal.

Passionné de plongée sous-marine, il passait son temps libre sous l'eau. Il a donc fini par vendre son cabinet et ouvrir un club de plongée : 

Un divorce, un ras le bol et je me suis dit ; on va tourner une page. J’avais 45 ans.

Déjà secouriste pour la Croix Rouge, la SNSM de La Ciotat est allée vers lui au bon moment ; il y devient équipier bénévole. 

Moniteur de plongée et père de famille, il s'engage à être prêt à toute heure pour répondre à l’appel du Cross Med qui coordonne la surveillance et les opérations de sauvetage sur toute la Méditerranée.

L’abnégation, la qualité d’un bon sauveteur

Car pour être un bon sauveteur en mer, « il faut être disponible, capable de sortir du lit à 2 heures du matin l’hiver pour partir en mer », explique Philippe.

J’ai passé deux ou trois réveillons de Noël, en costard, sur le canot, mais c’est ma vie !

« On aime les gens, on aime porter secours et surtout on ne le fait pas pour la gloire ou pour parader en tenue », tient à souligner le sauveteur.

D’ailleurs quand on lui demande une photo de lui sur le canot, Philippe n’est pas sûr d’en trouver !

« Pour que l’eau salée n’ait jamais le goût des larmes »

Sauver des vies implique aussi de mettre la sienne en danger. Philippe Peyrusse en avait conscience dès le début.

Il évoque le dramatique accident des Sables d’Olonnes en juin 2019. En portant secours à un pêcheur en détresse, trois sauveteurs de la SNSM ont perdu la vie après que leur canot ait chaviré.

Quand on part en mer, il y a toujours un risque et c’est toujours la mer qui a le dernier mot. Il faut l’accepter.

Ce 07 juin 2020 marquera le première anniversaire du drame dont nos camarades sauveteurs en mer des Sables d'Olonne ont...

Publiée par Les Sauveteurs en Mer de La Ciotat - SNSM sur Dimanche 7 juin 2020

Des moments difficiles, les sauveteurs de la SNSM en vivent beaucoup : 

Quand on cherche un disparu et que la famille est avec nous sur le canot, c'est dur de leur annoncer la fin des recherches.

Mais il y a aussi un grand soulagement et la satisfaction du devoir accompli lorsque la mission se termine bien.

Parmi ses quelques 700 sauvetages, Philippe se souvient de cet adolescent tombé dans le comas après avoir reçu la baume d'un voilier sur la tête, il y a trois ans :

« Le mois dernier, le jeune est repassé à La Ciotat et il est venu nous voir pour nous remercier. C'était un beau moment. »

Difficile de trouver des bénévoles

Des bénévoles comme Philippe Peyrusse, la station de La Ciotat en compte une quarantaine mais seulement 25 sont opérationnels. Car à partir de 67 ans, on ne peut plus partir en intervention, normalement : 

« Comme j’ai été patron et que j’ai beaucoup d’expérience, je bénéficie de quelques dérogations. Tant que je peux le faire, je le ferai », 

D'autant qu'il est de plus en plus difficile de trouver des volontaires surtout auprès des jeunes qui travaillent avec une vie de famille.

D’ordinaire un canot en opération compte huit canotiers, « maintenant, on est plus près de six », se désole-t-il. 

2020, l'année du Covid et des imprudences

En moyenne, la SNSM de La Ciotat effectue une quarantaine de sauvetages par an, principalement en été. C'est beaucoup moins que lorsque Philippe a débuté, dans les années 90 :

 Aujourd'hui les gens sont plus respectueux de la mer, probablement grâce aux campagnes de préventions médiatisées.

Mais cet été 2020, les compteurs ont explosé sur le littoral : la SNSM intervient 200 fois par semaine sur toute la Méditerranée et souvent pour des imprudences.

« Avec le déconfinement, les gens se sont tous rués sur les locations de bateaux sans même en avoir les compétences, explique le sauveteur, nous sommes par exemple partis pour un dépannage et à notre arrivée, on a compris que le locataire du bateau s'était simplement trompé de clefs".

Des secours gratuits grâce aux dons

Si les sauvetages sont gratuits, les étourderies sont, elles, facturées.

L'association tient financièrement grâce aux remorquages, aux dépannages et aux campagnes de dons régulières.
Le Bec de l'Aigle 2 est un canot insubmersible, médicalisé et équipé pour des interventions de plongée.
Le Bec de l'Aigle 2 est un canot insubmersible, médicalisé et équipé pour des interventions de plongée. © Fabrice Robin / SNSM

Entretenir un canot coûte environ 70.000 euros par an. À La Ciotat, le Bec de l'Aigle 2 va fêter ses trentes ans est doit être changé.

Le budget d'un nouveau bâteau est de deux millions d'euros financé à part égal par le département, l'Etat, la SNSM nationale, et la station de la Ciotat ; les bénévoles doivent donc regrouper 500.000 euros d'ici trois ans.

Pour les aider Philippe et ses camarades, voici le lien de leur site internet : cliquez ici.
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