Coronavirus : des avocats réclament l'instruction à Marseille des plaintes visant les Ehpad

Publié le Mis à jour le
Écrit par Ghislaine Milliet .

14 061 morts dans les Ehpad. La crise du coronavirus a touché de plein fouet nos anciens. Mais en cette fin mai, partout en France, des familles de victimes déposent plainte. Trois avocats réclament que l'ensemble du dossier soit traité par le Pôle santé publique de Marseille.

"On a laissé deux issues à nos parents ; soit mourir du Covid, soit se dégrader jusqu'a être impotent, à force de rester enfermés dans leur chambre", témoigne Sabrina D.,  sur la plateforme My Smart Cab, qui rassemble les plaintes collectives concernant des affaires de santé.



Cette parisienne a dû entamer une grève de la faim et prendre un avocat pour obtenir le droit de visiter sa mère en établissement.



Comme elle, de nombreuses voix s'élèvent dorénavant. Toutes émanent de familles de résidents des Ehpad. Certaines ont perdu leurs proches, d'autres les ont retrouvés fortement diminués. 40 % des décès dus au coronavirus ont eu lieu en Ehpad.



Elles soulèvent de nombreuses questions concernant la gestion de la crise sanitaire dans les Ehpad. Si les trois quarts des établissements ont su réagir à cette situation inédite de pandémie, d’autres ont compté de nombreux morts : 14 061 décès ont été constatés dans les Ehpad et maisons de retraite au 25 mai.



Trois avocats réclament à la ministre de la justice de réunir les plaintes pénales visant les Ehpad auprès d'un pole d'instruction unique, le pôle Santé Publique de Marseille.



Il s'agit de Me François Ruhlmann (Strasbourg), Me Christophe Lèguevaques (Paris) et Me Géraldine Adrai-Lachkar du barreau de Marseille.

"Le pôle de Marseille a déjà fait ses preuves dans les dossiers PIP et Levothyrox. Ce sont des magistrats ultra-spécialisés", explique cette dernière.



Spécialisée dans le droit de la santé, Me Adrai Lachkar a travaillé sur l'affaire volumineuse du Lévothyrox, en association avec les avocats de My Smart Cab. C'est à partir de cette plateforme que les trois avocats souhaitent faire remonter l'ensemble des plaintes contre les Ehpad.

"On nous a caché quelque chose"

"Nous avons été contactés par de nombreuses familles de victimes", poursuit l'avocate.



"Toutes se posent les mêmes questions... Elles veulent savoir de qui les établissements ont reçu leurs ordres ? De l'Etat via les agences régionales de santé ? De la direction de leur enseigne ? Elles veulent connaître quelles mesures de prévention, et quels traitements ont été appliqués... Et la raison pour laquelle certaines sont restées sans aucune nouvelle de leurs parents".



Pour Me Adrai Lachkar, nombreux sont les plaignants portant le sentiment "qu'on leur a caché quelque chose".



Des familles ayant placé leur proche en Ehpad, disent avoir appris après coup que l'établissement était déjà contaminé par le Covid-19.



"Il y a eu des souffrances incroyables dans les Ehpad, dans les maisons de retraites, beaucoup plus qu'à l’hôpital, parce qu’il n’y a pas eu de réanimation, de prise en charge médicale", confie pour sa part Me François Ruhlmann à nos confrères de France 3 Grand Est.



"Là, on parle de personnes qui se trouvaient seules dans leur chambre. Elles sont mortes parfois par manque de soins, de médicaments".

Le Pôle de santé de Marseille, "plus adapté"

Il existe deux pôles de santé publique à Paris et à Marseille. "Marseille sera mieux appropriée", explique Me Géraldine Adrai-Lachkar.



"Il y a une volonté d'être détachés de Paris et de l'ensemble des services de l'Etat. Et dans le Sud, il y a eu un grand nombre d'Ehpad concernés par les décès". Pour exemple, l'Ehpad de Mougins dans les Alpes-Maritimes a enregistré un tiers de décès par suspiscion de coronavirus parmi ses résidents. Des familles de victimes ont porté plainte contre X et le parquet de Grasse a ouvert une enquête.



A Banon, dans les Alpes de Haute-Provence, l'Ehpad est devenu un véritable cluster avec six décès liés au Covid19, 15 autres résidents contaminés ainsi que huit membres du personnel.



"En rassemblant tous les dossiers, le juge d'instruction du Pôle de santé publique peut avoir une vision plus globale de la politique de santé menée par les entités qui ont en gestion ces établissements pour personnes âgées dépendantes. Il peut arriver à savoir quelles étaient les instructions de l'Etat, ses lignes fortes".
Tout regrouper, "c'est ne rien laisser au hasard". Sans compter que la justice pourrait réaliser certaines économies.



"On ne sera pas obligés de refaire certaines expertises, ou reproduire des demandes d’actes ou de pièces au niveau de l’Etat, au niveau de l’ARS, au niveau de certaines entités", rajoute l'avocate marseillaise.



Pour Me François Ruhlmann, "l’objectif : c’est de permettre à tous les futurs plaignants, victimes, soignants, résidents, familles, directeurs d’établissement, d’accéder à un tribunal spécialisé".



Philippe H. a souhaité témoigner sur la plateforme. Il a perdu ses deux parents en Ehpad, durant la crise sanitaire.



Il pourrait être le porte-voix de bien d'autres lorsqu'il écrit que "la crise a pointé du doigt la grande détresse et la grande souffrance des résidents, le manque de considération pour les familles souvent mal ou tardivement informées (...)"



"Vu l'hypocrisie des directives, nos parents ont été sacrifiés en toute conscience, et les familles ont été tenues à l'écart pour ne pas que l'on réalise l'hécatombe qui se déroulait derrière les murs des EHPAD", ajoute-t-il.



Pour Philippe H, comme pour beaucoup de familles, "il faut que les responsables (...) soient jugés, condamnés, pour ne plus jamais que cela se reproduise".

 
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