Démission de Michèle Rubirola : cinq questions qui se posent après la décision surprise de la maire de Marseille

La maire de Marseille Michèle Rubirola a annoncé sa démission mardi après-midi. Elue en juillet, la première femme à la tête de la deuxième ville de France aura tenu près de cinq mois. Elle souhaite être remplacée par son 1er adjoint Benoît Payan.

Michèle Rubirola avec son écharpe tricolore lors de sa prise de fonction.
Michèle Rubirola avec son écharpe tricolore lors de sa prise de fonction. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Michèle Rubirola n'aura été maire de Marseille que pendant cinq mois. L'édile de la deuxième ville de France a annoncé sa démission mardi 15 décembre dans une conférence de presse, juste après une réunion de crise avec les élus de la ville.

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Même si de nombreuses rumeurs faisaient état ces dernières semaines d'une lassitude de la part de Michèle Rubirola à la tête de Marseille, la nouvelle de sa démission provoque une situation chaotique et soulèvent de nombreuses questions. 

• 1. Pourquoi Michèle Rubirola démissionne ?

Elue début juillet, Michèle Rubirola a décidé de démissionner de son poste de maire de Marseille. Des rumeurs annoncent depuis plusieurs semaines ce retrait. Selon Julien Bayou, secrétaire national du parti Europe Écologie Les Verts, l'élue va démissionner pour raisons "de santé", a-t-il déclaré à l'AFP mardi. "J'ai connu dès l'été les premières difficultés liées à ma santé. (...) Ces épreuves (de santé) limitent l'énergie que je peux mobiliser. Etre maire de Marseille c'est 300% de son temps", a confirmé mardi la maire de gauche lors d'une allocution devant la presse

Selon les informations de franceinfo, cette démission est, en effet, d'abord liée à des problèmes médicaux. Michèle Rubirola s'était d'ailleurs absentée pendant un mois, à la fin août, début septembre et c’est Benoît Payan qui avait pris le rôle de maire. Mais des raisons politiques sont également avancées. Il va notamment y avoir des combats très durs, comme sur le budget qui sera très difficile à boucler et elle ne souhaite pas rentrer dans cette lutte aujourd’hui.

Dans un article publié à la mi-octobre, Le Monde revenait sur ses difficultés dans un article où la maire lâchait comme une prémonition : "Tu es au courant que je ne reste que trois mois ?''.

• 2. Que va-t-il se passer maintenant ?

Selon les articles L.2122-14 et L.2122-15 du Code général des collectivités territoriales, dans le cadre de la démission d'un maire, la suppléance est alors assurée par un adjoint non-démissionnaire, dans l’ordre de nomination, ou à défaut, par un conseiller municipal.

La démission est effective à compter de son acceptation par le représentant de l’État, ou à défaut, un mois après un nouvel envoi par lettre recommandée. Le maire démissionnaire peut toutefois garder son mandat de conseiller municipal ou conseiller communautaire. Dans les quinze jours suivant la démission, le conseil municipal doit se réunir afin de procéder à l’élection d’un nouveau maire et de ses adjoints. Le vote pourrait avoir lieu lundi 21 décembre, lors du dernier conseil municipal de l'année. Le nouveau maire devrait être connu ce jour-là. Dans l'opposition, ils sont nombreux à droite et à l'extrême droite à s'interroger sur une prochaine élection. 

Un processus qui ne satisfait pas le Rassemblement national. Stéphane Ravier, sénateur RN de Marseille, souhaite qu'il n'y ait pas d'arrangement de partis "dans le dos des Marseillais""J'en appelle à un nouveau vote, j'en appelle à un retour aux urnes, a-t-il affirmé sur franceinfo. Cela mérite une véritable clarification." 

Une position partagée par Claire Pitollat. "C'est une élection volée aux Marseillais, le Printemps marseillais nous fait la preuve de son hold-up électoral", a fulminé sur BFMTV la députée LREM des Bouches-du-Rhône. "Il faut repasser par les urnes, il faut respecter les Marseillais" afin qu'ils aient "le maire qu'ils méritent", a-t-elle ajouté.

• 3. Qui peut succéder à Michèle Rubirola ?

Dans un premier temps, la suppléance devrait être assurée par son premier adjoint, Benoît Payan, comme lors de sa mise en retrait en septembre. Dans un second temps, le conseil municipal va se réunir lundi 21 décembre afin de procéder à une nouvelle élection. "Ce n'est plus à moi de mener ce collectif. (...) Je souhaite que notre binôme continue mais s'inverse et que Benoît [Payan] devienne maire", a de son côté expliqué, mardi, Michèle Rubirola.

Le Printemps marseillais soutiendra-t-il la candidature de Benoît Payan ? Les Verts vont-ils créer un groupe à part ? Samia Ghali va-t-elle soutenir à nouveau la candidature du Printemps marseillais comme Lisette Narducci ? La droite peut-elle revenir dans la course à la mairie ? Ces questions, qui avaient déjà rythmé, l'élection en juillet, vont de nouveau être d'actualité.

Interrogé sur franceinfo, le député Les Républicains Éric Diard estime que "les Marseillais peuvent être déçus" de l'équipe de Michèle Rubirola. Elle a plutôt une "image bienveillante", souligne-t-il. Une image opposée à celle de Benoît Payan, qui "ne fait pas l'unanimité". Un premier adjoint à la mairie "aux dents longues (...) apparatchik du Parti socialiste", estime Éric Diard.

• 4. Quelles vont être les conséquences pour la majorité municipale ?

Michèle Rubirola pourrait récupérer le rôle de premier adjoint de Benoit Payan, s'il devient maire de Marseille. Mais si Samia Ghali soutient à nouveau le Printemps Marseillais, elle pourrait avoir de sérieux arguments pour briguer le poste. Certaines rumeurs autour de la mairie de Marseille font état d'un désir d'Olivia Fortin, de monter dans la hiérarchie et de devenir premier adjoint. Cette fidèle de la nouvelle maire de Marseille Michèle Rubirola, a été élue dans le 4e secteur lors des élections municipales, fief de Jean-Claude Gaudin, en battant Martine Vassal.

• 5. Est-ce la première fois qu'un maire d'une grande ville démissionne ainsi ?

Non. La démission du maire d'une grande ville en cours de mandat - sauf s'il est nommé à de plus hautes fonctions - n'est pas une première. Mais est en général, cette décision est liée à une mise en cause par la justice, comme ce fut le cas pour l'ancien maire de Nice Jacques Médecin en 1990 à la suite de sa mise en examen pour délit d'ingérence. L'ancien maire de Bordeaux Alain Juppé avait également dû renoncer à ses fonctions électives en 2004 après sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

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