Emploi du temps, gestes barrières : premiers pas d'écoliers à Marseille en mode déconfinement

Après deux mois de coupure, de nombreux écoliers ont regagné la classe mardi matin. A Marseille, ces primaires ont tout de suite été initiés aux règles sanitaires. De la cours de récré à la cantine, tout a été repensé pour accueillir les enfants, avec plus ou moins de succès...
En rang, les élèves marseillais ont repris l'école, bien à distance les uns des autres.
En rang, les élèves marseillais ont repris l'école, bien à distance les uns des autres. © Paul Géli
Ce matin devant la grille de l’école publique de Saint-Barnabé, dans le 12ème arrondissement de Marseille, une petite file d’attente se créé.

Séparés par des traits de peinture au sol, quelques élèves se tiennent en rang, cartable sur le dos. Contrairement à d'habitude, ils attendent d'être appelés pour entrer un à un dans l'établissement.

À la porte, une maîtresse fait l’appel. Elle a entre les mains, une liste bien précise des élèves qui peuvent entrer, ceux qui ont été inscrits au préalable, une semaine à l’avance. Et déjà, le protocole montre ses failles.

Bassim, élève de CP, ne semble pas apparaître sur la liste. Son papa sort alors son portable et prouve sa bonne foi en montrant les mails d’inscription qu’il a envoyés. Après discussion avec la directrice, l’écolier finira par être accepté.

"C’est compliqué, assure l’institutrice. On a des règles très strictes. Nous sommes en effectifs réduits, donc on ne peut pas accueillir tout le monde", regrette-t-elle.

Une scolarisation à contre-cœur

Sur le trottoir, parmi les parents qui déposent leurs enfants, certains l'avouent, ils le font un peu à contre-cœur : "Je suis enseignante, donc je reprends le travail et je n’ai pas le choix. J’aurais préféré les garder à la maison", témoigne Juliette.
 
De par son métier, Juliette connaît les conditions de rentrée à Marseille. Et elle s’inquiète pour son fils Romain, qui reprend le CP ce matin. "Il y a un écart énorme entre la com’ de la ville et la réalité", déplore-t-elle.

"Ils ont dit que tout était prêt, alors qu’il manque beaucoup de personnels. Le savon n’est pas adapté aux enfants, il est livré par bidons de 2 litres. Tout a été fait dans l’urgence, c’est très chaotique", selon l'enseignante.
 
Un peu plus loin, une autre maman est davantage confiante. Si elle dépose son enfant ce matin, c’est par choix.

"Le confinement, ça commençait à faire long pour lui. On a voulu éviter un relâchement au niveau du travail, explique Donia, la maman de Sandro, élève de CE1. On essaye de faire confiance au gouvernement, on joue le jeu".  
 
8h30, la quasi-totalité des élèves inscrits est arrivé. Quelques sanglots inévitables se font entendre, comme pour une vraie rentrée. Après presque deux mois auprès de leurs parents, les enfants arrivent finalement tous à quitter leurs parents, et se retrouvent timidement sous le préau.

Dans la cour de récréation, pas de place pour l'excitation des jours de rentrée. Les élèves sont tous réunis pour un premier entraînement aux gestes barrières. Ils doivent se tenir debout, dans des cerceaux disposés sur le sol, bien écartés les uns des autres.

Les enseignantes leurs rappellent les consignes sanitaires à suivre, la distanciation sociale et la raison pour laquelle elles portent un masque. "C’est pour vous protéger", insiste la directrice, Valérie Domergue. 

Les classes et la cour de récréation réaménagées

Une fois ce cours anticontamination terminé, les écoliers regagnent leurs classes par groupe de dix maximum. L’aménagement des classes a été repensé : toutes les tables sont séparées de plusieurs mètres.

Là, les institutrices poursuivent l’enseignement des mesures sanitaires. En classe, une grande partie de la matinée sera consacrée à cette prévention. 
 
Contrairement à la crainte de nombreux enseignants de la région, la directrice Valérie Domergue semble tout à fait sereine quant à cette reprise : "Ce n’est qu’une question d’organisation. On est prêts. C’est parfaitement jouable". 
Les emplois du temps ont été modifiés pour chaque groupe de classe, afin d'échelonner les entrées et sorties.
Les emplois du temps ont été modifiés pour chaque groupe de classe, afin d'échelonner les entrées et sorties. © Paul Géli
L'école Saint Barnabé a été entièrement désinfectée par les services de la ville.

Quelques jours avant le déconfinement, la directrice a envoyé à tous les parents le protocole scolaire de la reprise. Il y contient le nouveau règlement intérieur de l’école, avec le respect des mesures sanitaires, mais aussi les nouveaux emplois du temps de chaque classe.
 
"Certains parents ont même fait des entraînements à la maison pour préparer leurs enfants", indique-t-elle.
  
Le planning des élèves et du personnel a été modifié. Les temps de cantine sont échelonnés par classe, entre 11 heures et 14 heures. Les horaires d’entrées et de sorties ne sont pas non plus les mêmes pour tout le monde.

Quant à la restauration, la directrice assure que les enfants mangeront à deux par table, et que la cantine sera entièrement désinfectée après chaque service.
La cour de récréation est divisée en plusieurs espaces, pour séparer les groupes d'enfants et limiter les contaminations.
La cour de récréation est divisée en plusieurs espaces, pour séparer les groupes d'enfants et limiter les contaminations. © Paul Géli
Dans la cour de récréation, des rubans délimitent l’espace : "On sépare la cour par niveau. On a également créé un sens de circulation pour les toilettes, avec une entrée et une sortie", se félicite Valérie Domergue.

Pour cette reprise, l’établissement compte deux fois moins de personnel que d’habitude. Sur quatorze enseignants, seuls six sont présents ce matin-là.

Si la directrice semble tranquille, ce n’est que temporaire : "Pour l’instant, on est à l’aise, car il n’y a que les élèves de CP, CM2 et les enfants prioritaires. Mais le gros rush, ce sera le 25 mai quand on va devoir accueillir tous les enfants".

Une reprise difficile pour d'autres

Toutes les rentrées ne se sont pas déroulées comme à Saint-Barnabé. A Marseille, des écoles sont déjà en difficulté vis à vis de cette reprise, notamment dans les zones d'éducation prioritaires.

Certaines encore n'ont même pas pu ouvrir, comme l'école élémentaire Friedland, qui reste fermée jusqu'à jeudi pour des raisons de sécurité liées à l'état du bâtiment.Une infiltration d'eau aurait fait tomber "un bout de faux-plafond" dimanche, près de la salle des maîtres. Les compteurs éléctriques de l'écoles ont disjoncté, privant l'établissement d'électricité.

De quoi se questionner sur l'état des écoles et leur capacité sanitaires. Mais la directrice l'assure : "Il n'y a rien de grave. Nous avons pu prévenir tous les parents. La rentrée est simplement reportée de deux jours".

De son côté, le maire de Marseille s'est félicité d'une "rentrée réussie".  De quoi garantir "une rentrée au mois de septembre, où toutes les difficultés auront été levés", a précisé Jean-Claude Gaudin.

"Une semaine de test général"

75% des écoles de l'académie d'Aix-Marseille ont rouvert ce mardi. "46.000 élèves ont été accueillis et nous en attendons 60.000 d'ici au 22 mai", sur les 300.000 élèves que compte l'académie, a indiqué Bernard Beignier. 90% des écoles seront ouvertes d'ici à la fin de cette semaine.

Certaines difficultés sont remontées à l'issue de cette première journée, comme "du gel et du savon en quantité insuffisante" ou encore de marquage de "distanciation au sol à l'extérieur".

"Dès le début, nous avons bien dit qu'il fallait prendre un peu plus de temps pour remettre les écoles en service", a précisé le recteur de l'académie d'Aix-Marseille.

"C'est une semaine de test général de la réouverture des écoles, on ne rouvre pas pour rouvrir, le protocole est particulièrement méticuleux et il faudra l'affiner autant que nécessaire".  
 
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