Coronavirus : "On est dans le flou", les enseignants inquiets par la reprise des classes à Marseille

La reprise des cours, annoncée le 11 mai, inquiète le corps enseignant marseillais. Les professeurs craignent ne pas pouvoir accueillir les élèves dans un cadre sanitaire et pédagogique serein.

La rentrée des classes annoncée le 11 mai inquiète les enseignants.
La rentrée des classes annoncée le 11 mai inquiète les enseignants. © Antoine TOMASELLI / MaxPPP
"On est dans le flou". Ces professeurs ont entendu les discours d'Emmanuel Macron et de Jean-Michel Blanquer. Ils dénoncent "des annonces qui sont essentiellement de la com'", comme le déplore Caroline Chevé, porte-parole du syndicat FSU-13.

Les cours reprendront le 11 mai sur la base du volontariat. Au-delà de cette annonce, très peu d'informations.

C'est du moins ce que dénoncent ces enseignants marseillais. La porte-parole regrette : "On est assez abasourdis par l’effet d’annonce permanent, sans véritable plan. Quid de la restauration scolaire ? Quid de la récréation ? Quid des sanitaires ? Quid des travailleurs ? [...] Nous n'avons aucune garantie que l’État soit en mesure de fournir les protections nécéssaires".

Pour Isabelle, institutrice non syndiquée du neuvième arrondissement de Marseille, cette reprise est infaisable. "Admettons qu’on ait le matériel nécessaire pour protéger tout le monde, il faudra encore apprendre les gestes barrières aux élèves, la distanciation en récré, à la cantine... c’est impossible. "

L'institutrice déplore surtout le manque d'informations : "On ne sait rien. Mon directeur n’a aucune info. J’imagine l’inquiétude des parents... Je sais déjà que lundi je vais être envahie de questions, et que je n’aurai aucune réponse à leur apporter".

Chaos sanitaire et pédagogique

Le 11 mai, le corps enseignant craint un "chaos sanitaire et pédagogique". Laurent Tramoni, représentant Snes-FSU, met en garde : "Les établissements scolaires ne doivent pas se transformer en nouveaux clusters et relancer l’épidémie."

Le syndicat réclame une concertation et davantage de moyens : "Remettre des milliers d'élèves dans un établissement signifie réaménager les emplois du temps, contrôler les entrées et sorties, établir des parcours pour circuler dans l’établissement, trouver suffisamment de salles de classe pour faire des cours en plus petit nombre... Tout ça demande une concertation collective."

Pour lui, rouvrir les écoles le 11 mai ne peut pas se faire dans de bonnes conditions sanitaires à Marseille : "Déjà en temps normal, combien d'écoles marseillaises ont du savon ?", demande-t-il, désabusé.

Sur Twitter, Laurent Tramoni annonce qu'il sera intransigeant :

Nous sommes pressés de retrouver les élèves

Pour l'heure, les syndicats n'évoquent pas de droit de retrait ou de blocage. "Tous les profs me disent la même chose : 'Nous sommes pressés de retrouver les élèves'". 

Les enseignants l'assurent, ils ont conscience de l'urgence à reprendre les cours au plus vite, pour limiter les inégalités sociales entre élèves : "Les collègues mesurent bien qu’il y a énormément de perdition. On annonce qu'environ 10% des élèves auraient décroché. Dans les établissements difficiles, ça concerne un élève sur deux", rappelle laurent Tramoni.

S'ils sont plutôt favorables à une reprise le 11 mai, les enseignants veulent le faire dans de bonnes conditions. "Nos fonctionnaires sont impliqués, dévoués, pour rester au contact des élèves. Mais nous demandons que les conditions sanitaires soient respectées pour que nous ne soyons pas infectés", réclame le représentant.

Quant à la notion de "volontariat" avancée par le ministère de l'éducation, les professionnels sont plutôt sceptiques. "Le gouvernement dit  qu'il ne veut pas lâcher les élèves décrocheurs, mais on sait que ce sont ces élèves-là qui ne se présenteront pas volontairement en classe", se lamente Maeva Bollon, professeure d'Arts Plastiques dans plusieurs établissements de Gap.

Selon elle, il serait préférable de rouvrir des classes réservées exclusivement aux élèves en difficulté : "On devrait faire des petits groupes, imposés, avec uniquement ceux qui ont pris du retard. Un accompagnement personnalisé, qui aiderait à réduire les inégalités et les risques".

L'impossibilité de gérer tous les élèves

Tel que l'a présenté le gouvernement, les enseignants devront assurer le suivi pédagogique des élèves revenus en classe, tout en continuant à suivre ceux en télétravail. Une ubiquité impossible, selon Isabelle, l'institutrice marseillaise : "Le ministre nous demande à la fois d’être en présentiel et en distanciel. Ce n'est pas gérable."

Elle l'assure, le télétravail est parfois plus prenant qu'un temps-plein classique : "Ça demande beaucoup d’organisation et de disponibilité. En plus de préparer les cours, il faut guider les parents, être présente tout le temps. Si en plus je dois être en classe, je ne dors plus ! Sans compter qu'à l'école, il n'y a pas de wifi".

Dans cette vidéo publiée sur Twitter, le syndicat Snes-FSU dit "non" au cumul des mandats imposé aux professeurs : 

 Le cas des cours d'EPS

Parmi les syndicat d'enseignants, un seul demande le report de la reprise : le Snep, syndicat des professeurs d'éducation physique. Pour le représentant Jean-Claude Dumas, les cours de sport ne peuvent pas reprendre. Il s'interroge : "Beaucoup d'établissements dépendent de gymnases ou piscines municipales. Ces installations seront-elles ouvertes et opérationelles ?"

Il affirme que sa discipline n'est pas compatible avec les consignes sanitaires actuelles : "Quelles activités allons-nous pouvoir pratiquer, en respectant les gestes barrières ? La pratique du sport avec un masque est fortement déconseillée". 

Le personnel territorial inquiet

Les agents territoriaux qui travaillent dans les écoles sont également inquiets quant au sort qui leur est réservé. "On demande des protections : tout agent doit avoir les moyens de travailler", réclame Serge Tamano, représentant de la Territoriale.

Du même avis que les enseignants, il ajoute : "On attend des mesures précises, sur les masques, sur les cantines... Comment va-t-on fonctionner ? Beaucoup de questions restent en suspens. On veut des informations claires. On a un rôle à jouer, on veut bien le jouer, mais sans mettre la santé des agents en jeu".
 
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