Macron à Marseille. Parents et profs déçus par les annonces : "Nos élèves ne sont pas des rats de laboratoires"

Après deux jours de visite, Emmanuel Macron a présenté son plan "Marseille en grand" au Pharo. Parmi les sujets incontournables : l'état catastrophique des écoles marseillaises. Peu détaillées, les annonces ne convainquent pas les syndicats d'enseignants et de parents d'élèves.
 Le 2 septembre, dans le cadre de sa visite de 3 jours à Marseille, Emmanuel Macron a fait la rentrée des classes dans les quartiers nord, à l'école Bouge (13e).
Le 2 septembre, dans le cadre de sa visite de 3 jours à Marseille, Emmanuel Macron a fait la rentrée des classes dans les quartiers nord, à l'école Bouge (13e). © Antoine TOMASELLI / La Provence / MaxPPP

"174 écoles de la ville sont dans un état de délabrement tel que, l'apprentissage y est devenu impossible."

Jeudi 2 septembre, le président a fait le même constat que font depuis des années les professeurs et les parents d'élèves. La situation des écoles à Marseille est catastrophique, avec des bâtiments insalubres. 

Pluie qui s'infiltre par le plafond, murs imprégnés d'amiante, rats dans les couloirs, les problèmes s'accumulent et les solutions tardent. 

Ni calendrier, ni budget

Si le président a indiqué le nombre d'écoles à rénover, il n'y a pas annoncé de mesures pour les travaux. Chiffrage, calendrier, les syndicats attendaient plus de précisions. 

"Quand des enfants ne peuvent pas aller aux toilettes à cause de l'insalubrité, on ne peut pas attendre cinq ans la mise en place du plan, s'exaspère Christophe Merlino, président de l'association des parents d'élèves FCPE 13. L'état des écoles c'est avant tout un drame humain."

Pour chapeauter ces rénovations et ces reconstructions d'écoles, Emmanuel Macron a annoncé la création d'une société ad hoc "présidée par la mairie", mais "pilotée par l'État". 

Elle pourrait ressembler à celle créée pour la gestion du logement insalubre, qui a attendu deux ans pour être active.

"Ça fait 20 ans qu'on réclame que le sujet de l'école soit mis sur la table, résume Sébatien Fournier, secrétaire départemental du  syndicat des instituteurs Snuipp. On attendait avec beaucoup d'impatience les annonces, elles sont décevantes."

Selon le syndicaliste la rénovation ne suffit pas, il faut aller plus loin pour accueillir dignement les élèves. "Il faut construire entre 10 et 12 groupes scolaires supplémentaires à Marseille."

Emmanuel Macron a annoncé 200 policiers. Aujourd'hui dans les quartiers nord, on manque de moyens : on a une psychologue scolaire pour 1.500 élèves.

Sébastien Fournier, secrétaire départemental du Snuipp

Les écoles laboratoires ne passent pas

Autre annonce présidentielle qui a fait bondir les syndicalistes. La mise en place de 50 écoles "laboratoires" dès la rentrée 2022.

Dans ces écoles les directeurs pourront entre autres choisir leurs enseignants. Une ligne rouge pour les enseignants

"Faire passer des entretiens de motivation, ça laisse supposer que nous ne sommes pas motivés, Sébastien Fournier est exaspéré. Ça fait des années qu'on se mobilise pour l'égalité des chances dans les quartiers nord et qu'on innove."

Nos élèves ne sont pas des rats de laboratoires. Ils ont besoin de moyens pour avoir le même cadre scolaire que les autres, pas de servir de test pour les réformes gouvernementales.  

Caroline Chevé, Secrétaire départementale FSU13

Décrochage scolaire

Pour le second degré, Emmanuel Macron a annoncé la "création de 10 micro-collèges et 10 micro-lycées dans les quartiers difficiles". Des classes en petit comité qui s'adressent aux décrocheurs scolaires. 

Insuffisant pour Caroline Chevé, secrétaire générale du syndicat d'enseignant FSU des Bouches-du-Rhône. "Ça ne va concerner qu'une infime minorité d'élèves. On a besoin de plus de moyens : en région parisienne, il y a 24 élèves en moyenne par classe, il y en a 26 dans l'académie d'Aix Marseille."

Pas assez de moyens annoncés pour les syndicats, qui craignent une instrumentalisation de cette visite aux airs de campagne présidentielle. 

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