Marseille : la journaliste Valérie Simonet a testé les repas de cantine scolaire pendant un mois

Journaliste et réalisatrice marseillaise, Valérie Simonet s’attaque cette fois-ci aux cantines scolaires. Elle a avalé le même repas que ses enfants pendant un mois. Une expérience peu gustative qui l'a conduite à mener l'enquête.
 

Valérie Simonet a mangé "comme à la cantine", durant 20 jours
Valérie Simonet a mangé "comme à la cantine", durant 20 jours © CSP
Dans un studio aménagé comme une salle de cantine, Valérie Simonet se met à table, face caméra.

Elle a décidé de tester le repas livré chaque midi aux 50.000 petits Marseillais de maternelle et de primaire.

"Si je fais un film sur les cantines scolaires, je veux manger les mêmes plats que les enfants, je veux savoir de quoi je parle", a décidé la réalisatrice avant de se lancer dans cette aventure durant un mois.

A Marseille, les 50.000 à 55.000 déjeuners des enfants de l’école publique sont fabriqués et fournis par une seule et même entreprise, la Sodexo.

Valérie goûte et goûte encore, mais savoure peu : la Moussaka a un aspect de "déjà mâchée", l’omelette a "quelque chose de spongieux quand on la porte à la bouche", la pastèque n’a "pas de goût et est hors saison"….

 

Ce que je mangeais était insipide. Ce qui fait qu’au bout de deux fourchettes, j’étais lassée.

Valérie Simonet, réalisatrice

 

" Je n’arrivais pas à finir, poursuit-elle. Comme bon nombre d’enfants. J’avais l’impression de m’alimenter seulement, sans la part de plaisir".
Chaque jour, la journaliste teste le plateau repas des cantines scolaires de Marseille
Chaque jour, la journaliste teste le plateau repas des cantines scolaires de Marseille © CSP
Les enfants qu’elle met à table avec elle ont aussi un point de vue très critique sur leur assiette de cantine.

"Chaque jour, je leur demandais de me décrire, et on comparaît. C’est incroyable, on avait toujours la même critique sur les repas. Quand j’avais trouvé ça bon, ils avaient trouvé ça bon aussi. Quand je n’avais pas aimé, ils n’avaient pas aimé non plus".

Jusqu'à "18 mois de conservation" pour une omelette

Fort de ce constat, la journaliste part à la rencontre d’autres parents d’enfants, de collectifs, d’élus et d’associations. Elle rencontre également des cuisiniers et des producteurs locaux…

En approchant les parents des membres de la commission des menus, elle apprend des choses étonnantes sur les produits comme le temps de conservation d’une omelette… "jusqu’à 18 mois". Les plats sont faits trois à cinq jours avant d’être consommés.

Si les normes draconiennes en matière d’hygiène alimentaire sont respectées, le goût n’est pas au rendez-vous.
A la cantine, 30% des repas sont refusés par les écoliers
A la cantine, 30% des repas sont refusés par les écoliers © CSP
"Ce que j’affirme dans ce documentaire, c’est que la cantine étant à l’école, elle a un rôle pédagogique essentiel, un rôle d’éducation", souligne la journaliste.

"On ne peut pas imaginer que les gamins aient le pire de ce qui se fait en terme d’alimentation industrielle dans notre société. Ils devraient avoir ce qu’il y a de meilleur".

30% des repas sont jetés

Le chiffre est connu dans la plupart des villes : 30 % des repas de cantine partent directement à la poubelle. Les enfants ne sont pas forcés de les manger : ils compensent par le pain, le yaourt et/ou le dessert.

30 % de 50.000 repas... La proportion de déchets est importante.

"Marseille, c’est "le monstre français". Nulle part ailleurs on ne trouve un tel nombre d’écoliers nourris par une seule cuisine centrale", estime Valérie Simonet.

Le problème est-il pour autant marseillais ? Apparemment non, selon l'enquête menée par la documentariste. Il est même récurrent dans les grandes villes, comme à Paris où les parents des enfants scolarisés vont jusqu’à fouiller les poubelles, pour s'informer sur le contenu des repas de leurs enfants :

"On fait les poubelles pour aller vérifier que l’appellation bio d’une poire locale correspond bien", raconte la maman d'un élève. On se rend compte qu’elle vient de Nouvelle Zélande… Et la "tomate bio locale", vient du Maroc..."
Cuisinier et enfant face à face
Cuisinier et enfant face à face © CSP
Le lobbying de l’agroalimentaire plane sur toutes les écoles, avoue une élue de Paris :

"On leur a tellement donné les clefs qu’on a perdu toute compétence", explique l’élue aux écoles du 18e arrondissement de Paris en parlant de la Sogeres, qui a mission de service public dans les cantines scolaires de la capitale.

"On a, en face de nous, une entreprise dont l’objectif est de faire des profits".

Selon l'association "Les pieds dans le plat", rencontrée par la journaliste, au delà de 2.000 couverts, il n'est plus possible de maîtriser l'ensemble de la chaîne de production.

Les sociétés doivent faire appel à des sous-traitants qui leur fournissent des poudres industrielles, des conserves, des produits surgelés.
Des repas aux normes, mais peu goûteux
Des repas aux normes, mais peu goûteux © CSP
Des initiatives de cantine locale et bio ont déjà été lancées comme à Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes.

A Marseille, des élus projettent le rachat de terres en friches pour y installer des producteurs locaux de fruits et légumes capables d'alimenter des cantines plus petites, à l'échelle d'un arrondissement.

Valérie Simonet recueille leurs expériences et leurs points de vue. Car, "après un mois de nourriture industrielle sans goût, ça ne donne pas envie".

"Y avait quoi à la cantine?" est le titre de son documentaire, coproduit par Comic Strip Production et France Télévisions.

Il est diffusé le 21 septembre à 23h00 sur France 3 Provence-Alpes Côte d'Azur, puis le 26 septembre à 21h00 sur la chaîne Public Sénat.
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