Marseille : le naturisme bientôt officiellement autorisé dans le Parc National des Calanques ?

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Écrit par Margaid Quioc

La calanque des Pierres-Tombées, dans le parc national des calanques est depuis plus d’un siècle un lieu phare pour la communauté naturiste à Marseille. Pourtant la pratique n’est pas formellement autorisée. La ville de Marseille s’est emparée du dossier.

"Le plaisir de l'eau, du soleil en étant nu, c'est un autre rapport à la nature".

Anne-Marie Catella fréquente la calanque des Pierres-Tombées, dans le parc national des calanques depuis 40 ans.

Partage des espaces

Depuis deux ans, cette marseillaise affirme que la tranquillité de ce point de rendez-vous de la communauté naturiste est impactée par la surfréquentation du Parc National des Calanques.

"Quand la calanque voisine, Sugiton est saturée, les gens s'installent aux Pierres-Tombées".

Ce qui peut occasionner quelques frictions avec les "textiles" comme les appelle Anne-Marie, les personnes qui gardent le maillot pour bronzer.

D'autant que l'invasion textile passe aussi par la mer " Quand les bateaux s'arrêtent devant la plage, je leur fais des signes pour leur dire d’aller plus loin. Mais tout le monde ne le respecte pas".

Bruno Saurez, président de l'association naturiste phocéenne fait le même constat. "Le littoral est à tout le monde, on n’a pas le droit de dire aux gens de partir. Mais quand on est en présence de non naturistes, il n’y a pas la même ambiance, on se sent regardé."

Le naturisme, une pratique menacée?

La présence des naturistes aux Pierres-Tombées n'est que tolérée. En France, il n'est possible de se dénuder dans l'espace public que dans les endroits autorisés. La pratique est inscrite dans la charte du parc national des Calanques mais aucun endroit n'est reconnu officiellement.

"Il y a des naturistes dans les calanques depuis 1907", précise Bruno Saurez, également auteur du livre "120 ans de naturisme à Marseille".

"Jusqu'à la fin des années 1960 et l'avènement du tourisme de masse, la cohabitation se passait bien".

"Il y a quelques décennies il y avait plus de monde, des familles... Au fil du temps, le tabou de la nudité est de plus en plus pesant", estime pour sa part Anne-Marie Catella.

Elle pointe également l'impact des campagnes de prévention autour du soleil et de la santé.

Selon elle, c'est tout un art de vivre qui est menacé.

"C’est un patrimoine, on a peur que l’identité du lieu disparaisse. Si la majorité des personnes qui le fréquentent sont les textiles, on va se rhabiller".

Une pétition pour une reconnaissance

Alors depuis deux ans, l'idée de réclamer l'officialisation de la pratique dans la calanque des Pierres-Tombées trotte dans la tête de Anne-Marie Catella.

Elle a écrit une pétition et recueilli la signature de 91 personnes "tous des habitués du lieu".

Quelques semaines seulement après l'envoi de la missive à la ville de Marseille, un petit groupe de naturistes a été reçu par Hervé Menchon, adjoint au Maire (EELV) en charge du littoral.

L'élu s'est montré sensible à la cause naturiste. "Je ne pratique pas, mais je trouve dommage qu'il n'y ait pas de reconnaissance de cette pratique, liée à la tradition de la mer et du large", affirme Hervé Menchon.

Le naturisme sera-t-il officiellement autorisé aux Pierres-Tombées cet été ?

"L’étude d’opportunité et les questions ont été posées au service juridique je n’ai pas encore les retours", précise l'élu qui ne préfère pas s'avancer sur la suite de la procédure.

Anne-Marie Catella imagine déjà un grand panneau avertissant les promeneurs du caractère naturiste de la calanque.

Des sites difficiles d'accès ou dangereux

"Il faut aussi informer des dangers", signale-t-elle.

Située au pied d'une falaise, la calanque est régulièrement frappée par des chutes de pierre.

En 2006, son accès a été interdit après la mort d'un homme dans un éboulement.

Depuis, la paroi est régulièrement purgée mais les risques existent toujours. Bruno Saurez regrette que la pratique du naturisme soit reléguée sur des sites interdits d'accès ou dangereux comme au Cap Sicié à la Seyne-sur-Mer ou au Liouquet à Saint-Cyr.

"A part la plage de Piémanson, en Camargue, les naturistes se mettent en danger juste pour pouvoir bronzer nus. Sans parler de la difficulté d’accès pour les personnes âgées ou en situation de handicap", se désole Bruno Saurez.

Le président de l’association naturiste phocéenne souhaite que le naturisme soit autorisé sur d’autres plages ou calanques de Marseille. Hervé Menchon est plutôt favorable à cette idée mais reste prudent.

"Je souhaite d’abord que l’autorisation aux Pierres-Tombées soit une réussite, et que cela vienne nourrir la réflexion", précise l’élu EELV.

A Marseille, le naturisme pourrait donc bientôt sortir des calanques.