Marseille sélectionnée pour le programme "100 villes neutres en carbone d'ici 2030", mission impossible ?

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La Ville de Marseille a décroché le label européen "100 villes neutres en carbone en 2030". Un défi de taille pour une ville qui cumule de nombreux retards dans ce domaine.

Votre mission si vous l'acceptez, c'est d'atteindre la neutralité carbone en 2030. En clair : arriver à un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine et leur retrait de l'atmosphère.

Marseille, comme huit autres villes françaises, se lance ce défi. La nouvelle est tombée jeudi 28 avril. La cité phocéenne fait partie des villes d'Europe à recevoir le label "100 villes neutres en carbone d'ici 2030". Une "victoire" largement saluée par la municipalité. 

Opportunité de "rattraper le retard accumulé"

Le maire de Marseille, Benoît Payan, s'est félicité de cette "grande victoire", évoquant "l’acte fondateur d’une nouvelle ère de transformation écologique".

"Ce projet commun est un moyen historique pour rattraper un retard accumulé depuis de trop longues années, pour lutter contre les inégalités et rétablir un cadre de vie à la hauteur des attentes et des besoins formulés par les Marseillaises et les Marseillais".

Pour Benoît Payan, cette labellisation va permettre de travailler sur "des projets concrets" dans les "prochains mois". Parmi eux : le retour de la nature en ville, les transports, la réhabilitation thermique du parc immobilier et des équipements publics de la Ville, la production d’énergies renouvelables et durables, ou encore l’inclusion citoyenne et l’innovation.

Un "contrat Ville climatique" dans les tuyaux

La Ville détaille les prochaines étapes à venir, à commencer par la mise en place d'un groupe de travail pour l'écriture du "Contrat Ville climatique", puis vient la construction de ce contrat et du plan d'actions et d'investissements entre juin et décembre 2022.

La mise en œuvre de ce contrat est quant à elle programmée de 2023 à 2030. Déjà, ce vendredi 29 avril, la Région Sud a voté une subvention de 3 millions d'euros à destination du Grand Port maritime de Marseille pour l'installation de panneaux solaires sur ses toitures. Une initiative inscrite dans la feuille de route de la candidature de la Ville de Marseille au label européen.

"Ce label nourrit notre ambition de faire de Marseille un phare de la transition en Méditerranée. C’est une formidable opportunité pour accélérer nos politiques de transition écologique", a réagi l'adjoint EELV Sébastien Barles.

"Fière du travail/engagement sans relâche de notre équipe municipale, renchérit l'adjointe Sophie Guérard. Sortir Marseille de la pollution, des embouteillages, faire enfin une ville plus verte. Depuis 2 ans, la phrase 'ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait' nous va comme un gant".

"Il faut maintenant travailler un contrat climatique pour rendre notre ville sobre et résiliente", ajoute Sébastien Barles. L'élu demande "une feuille de route précise, un conseil scientifique et l’Assemblée citoyenne du futur associée aux travaux car la transition ne se fera pas sans les citoyens et sans la solidarité". 

Pour Fabien Perez, conseiller municipal écologiste délégué au financement européen, l’idée c’est d’"inciter, accompagner, l’ensemble des initiatives privées".

"On a été frappés par l’enthousiasme des entreprises marseillaises qui savent que c’est le chemin de leur survie, et qui ont déjà des solutions dans leurs bagages mais elles ont pour la plupart besoin d’un coup de pouce financier."

"Ces financements on n’a pas encore la grille des critères, certains seront financés entre 50 60 ou 80% et on trouvera des partenaires des autres collectivités. La Métropole, le conseil départemental et bien sûr la région." 

Pour l'élu, les solutions ne peuvent passer que par les Marseillais. "Dans notre candidature, on a essayé de montrer le formidable enthousiasme des Marseillaises et Marseillais sur un tel projet."  

A l'impossible nul n'est tenu ? 

Un objectif qui semble ambitieux. Selon le classement de Clean Cities Campaign paru en février 2022, Marseille est la 26e ville la plus polluée d'Europe et la première de France. 

L'étude se base sur plusieurs critères : sécurité des cyclistes et des piétons, l’espace réservé aux cyclistes et aux piétons (trottoirs et pistes cyclables), l’accessibilité des transports en communs (densité stations de trams et métros), critère sur la qualité de l’air. Mais aussi sur les politiques générales pour accélérer la transition vers le "zéro émission", avec aucune ambition concernant la sortie des moteurs thermiques.  

L'étude notait que la ville n’avait aucun plan ambitieux pour améliorer la qualité de l’air. Celle-ci récolte un 3/10 et l'accès aux transports en communs un 3.2/10. A Marseille, seulement 2 % de ses rues ont des pistes cyclables.

Le vélo, cheval de bataille à Marseille

Pour le collectif "Vélos en Ville", c'est une bonne avancée, le témoignage d'une volonté de la Ville. Mais "il y a urgence". "Ce n'est pas 'est-ce qu'on peut y arriver', mais 'on doit y arriver'". Or c'est la Métropole qui gère la voirie, les transports en commun. Et la communication avec la mairie et les associations semblent encore compliquée.

"Ça manque aujourd’hui d’une concertation efficace ou il y aurait systémiquement les trois parties réunies en même temps dans les réunions, explique Cyril Pimentel, coordinateur du collectif Vélos en Ville. Si on veut que la ville relève les défis, il faut plus d’efficacité, et cela passe par de bonnes relations entre la Ville et la Métropole".

Pour le collectif, le plus urgent et le moins cher serait de développer les mobilités dites actives : la marche, le vélo. 

Il y a une volonté forte de la Ville mais ne elle ne peut rien faire. La Métropole peut mais freine des quatre fers. On se sent un peu otage.

Cyril Pimentel, Vélos en Ville

"Le retard ne cesse de s'accumuler. On est encore plus en retard qu'il y a 10 ans.  Il faut se retrousser les manches, et peut-être avoir une politique de sobriété par rapport à l’argent public. Et donc, faire ce qui coûte le moins cher, c’est-à-dire le vélo". Cela pourrait passer par la généralisation des doubles sens cyclables ou encore limiter la vitesse des voitures à 30km/h en ville. "Ca coûte rien, contrairement à une ligne de tramway". 

"On ne comprend pas pourquoi la Métropole freine autant des quatre fers. C'est hallucinant par rapport aux autres villes. On se bat pour avoir des réunions. On a fait plusieurs procès à la Métropole. Et il ne se passe rien"

Et pourtant les Marseillais semblent prêts à changer leurs habitudes. Vélos en Ville observe une augmentation de la pratique du vélo. Sur 10 ans : +200% , et sur le Vieux-Port où des aménagements ont été effectués : +400%. 

Une ZFE qui ne convainc pas encore

Marseille va mettre en place une Zone à faible émission (ZFE) à partir du 1er septembre. Certains véhicules ne pourront donc plus circuler dans cette zone.

Le périmètre est délimité par le Prado, Rabatau, le Jarret, Plombières et intégrant Euromed. Une zone qui ne fait pas plus de 19.5 km2  sur les 240 km2 du territoire de la ville, et il n’y a pas encore de date effective de sortie du diesel. "Alors que Marseille fait partie des villes les plus polluées de France, mais aussi d’Europe ", explique Pierre Dornier, coordonnateur de l’étude pour la France.

"On met la charrue avant les bœufs dans la mesure où les transports en commun sont déficitaires", selon Patrick Pappalardo, président Automobile Club de Provence et conseilleur métropolitain. 

"Il va falloir accélérer de façon très très importante sur les transports en commun en parallèle de la mise en place de cette ZFE, l'un ne peut pas se faire sans l'autre", témoignait Audrey Gatian, dans notre reportage de février dernier. "Autrement, si on fait une ZFE sans transports en commun, là on a une ZFE socialement injuste et pour nous ce n'est pas acceptable". 

Autre point noir de la ville, le transport maritime. Selon l’Atmo Paca, le transport maritime représente 30% de la pollution NO2 (dioxyde d'azote), à cause des ferries et des paquebots.

Selon AtmoSud, qui effectue des mesures en continu, le transport routier représente 45% des émissions de NO2 à Marseille. Sur la ville de Marseille, 30.000 personnes vivraient dans des endroits qui ne respectent la réglementation sur le dioxyde d'azote.

Une nouvelle mission de l'Union Européenne 

En France, 9 villes ont été sélectionnées dont Paris, Dunkerque, Lyon, Nantes ou encore Grenoble. 377 communes avaient candidaté dans toute l'Union Européenne.

Le label "villes neutres pour le climat d'ici 2030" fait partie des nouvelles missions de l'Union européenne.

Ces 100 villes sélectionnées vont être soutenues financièrement dans leur transformation vers la neutralité climatique. 360 millions d'euros de financement sont prévus pour cette mission "afin d'engager les trajectoires d'innovation vers la neutralité climatique d'ici à 2030".

"L'idée c'est que ces 100 villes pilotes, dont Marseille, puissent inspirer l’ensemble des autres villes européennes pour une neutralité carbone en 2050", projette Fabien Perez. L'objectif de la loi européenne sur le climat.