Municipales à Marseille : la droite déchirée, l'heure du bilan pour Jean-Claude Gaudin

Pendant 25 ans, Jean-Claude Gaudin a tenu les rênes de la deuxième ville de France. A 80 ans, après quatre mandats, le maire de Marseille laisse sa place et un bilan. Alors que la droite se déchire pour conserver la mairie, retour sur le parcours de celui qui a marqué la cité phocéenne.

Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille pendant 25 ans, le dimanche 28 juin pour le second tour des élections municipales.
Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille pendant 25 ans, le dimanche 28 juin pour le second tour des élections municipales. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Jean-Claude Gaudin n'aurait sûrement pas imaginé passer un dernier jour aussi agité dans le fauteuil de maire de Marseille.

Alors que les conseillers municipaux nouvellement élus désignent le maire de la ville samedi 4 juillet lors d'un vote à bulletin secret, la destinée de la cité phocéenne est encore dans l'inconnue.

Le maire de Marseille se mord peut-être les doigts de n'avoir pas désigné de successeurs... tant les prétendants se déchirent actuellement à droite pour monter sur le fauteuil tant convoité.

Après le retrait de Martine Vassal (LR) en faveur du député Guy Teissier, c'est au tour de Lionel Royer-Perreaut de briguer la fonction d'édile, en dénonçant des "accords en cours" avec l'extrême-droite. Personne ne sait qui sera le futur maire de Marseille tant plusieurs scénarios sont possibles

Pendant un quart de siècle, Jean-Claude Gaudin aura été Marseille. Un accent, une voix, une présence incomparable.

Le petit professeur d'histoire a bâti un parcours politique exceptionnel: maire, député, sénateur, ministre et maître incontesté de la droite locale.

Baron sans descendance

Jean-Claude Gaudin pensait avoir écrit sa légende, celle d'un bienfaiteur de Marseille qui a transformé sa ville, un homme chaleureux et populaire. Et puis, il y a eu le mandat de trop. A la fin de son quatrième mandat il affronte une autre réalité, celle d'un bilan effroyablement écorné.
 

"Ma vie c'est ma ville, ma vie, c'est la vie politique"

Jean-Claude Gaudin


Baron sans descendance, confronté aux critiques, aux fractures de sa ville et aux conséquences de ces choix, Jean-Claude Gaudin est usé, retranché, accusé depuis le drame de la rue d'Aubagne qui avait coûté la vie à huit personnes, d'avoir trop pensé à la politique.

Dans le même temps, la gauche marseillaise se fédère pour proposer un autre projet pour la ville.

Gaudin le Marseillais, devient Gaudin l'assassin dans le cœur de la ville."Ma vie, c'est ma ville", martèle encore le vieux lion. "Ma vie, c'est la vie politique (…) l'engagement a été l'essentiel de ma vie, alors maintenant je m'inquiète pour l'avenir, vous savez, je n'ai pas de famille…".
 

Un comédien extraordinaire

Malgré l'isolement et les critiques, Jean-Claude Gaudin n'a malgré tout pas cessé de défendre son action.

La phrase reste en suspens, l'œil presque mouillé. Jean-Claude Gaudin fait encore la démonstration de son charme, de sa force de conviction, celle qui lui permet de faire croire à ses adversaires "qu'il les aime". "Je dirais qu'il a un talent de comédien extraordinaire", confie Guy Teissier, député LR de la 6ème circonscription des Bouches-du-Rhône.

"C'est Kaa, le serpent, il vous regarde, il vous hypnotise"

Renaud Muselier

Cette image d'acteur, de grand comédien, c'est ce que le maire de Marseille laisse aussi à ceux qui ont marché avec lui, ou qui l'ont affronté.

"Dans le monde politique, il y a beaucoup d'acteurs, mais c'est vrai qu'il est à l'aise dans la formule, de l'idée qui claque, qui est drôle, il s'est très bien le faire, déguiser sa pensée", complète Michel Pezet, ancien député PS et candidat malheureux à la mairie de Marseille en 1989.

Renaud Muselier, pousse l'analogie. "Dans le Livre de la Jungle, c'est Kaa, le serpent, il vous regarde, il vous hypnotise, vous savez +Ais confiance+", raconte le président la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Et si vous n'avez pas quelqu'un qui lui tape sur la tête, il fascine les gens en face de lui".

C’est comme cela que ceux qui ont croisé sa route décrivent l’animal politique dans un documentaire de 52 minutes intitulé L’heure de l’inventaire de Gilles Rof diffusé sur France 3 en novembre 2019.

Une bête politique

Le charmeur Gaudin cache une redoutable bête politique. Pendant 50 ans, tous ceux qui ont contesté son pouvoir ont goûté à sa morsure. Jean-Claude Gaudin ne s'est jamais senti trop vieux pour gouverner, même encore aujourd'hui.

Sa popularité auprès d'une certaine partie de la population, en aura toujours fait un candidat naturel. Et à la veille de la désignation du prochain maire, Jean-Claude Gaudin reste le marionnettiste de la vie politique marseillaise.
Baron sans descendance : Gaudin, l’heure de l’inventaire
Un film de 52’ de Gilles Rof
Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / 13 Productions / Public Sénat
Avec le soutien du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, de la Procirep et de l’Angoa

Pendant un quart de siècle, Jean-Claude Gaudin a incarné Marseille. Maire élu puis réélu trois fois, conseiller municipal depuis 1965, ministre, vice-président du Sénat, ce fils des classes populaires et ancien instituteur boucle en mars 2020 un parcours politique exceptionnel.

À 80 ans, il défend toujours son bilan. Mais à l’heure de l’inventaire et après la catastrophe de la rue d’Aubagne, la légende du maire bienfaiteur et humaniste s’écorne.

Vingt-cinq ans de pouvoir et de jeu politique laissent une ville fracturée comme jamais.

Avec Jean-Claude Gaudin, Jean-Michel Di Falco, Samia Ghali, Bruno Gilles, Nicolas Maisetti, Patrick Mennucci, Yves Moraine, Renaud Muselier, Lisette Narducci, Benoît Payan, Michel Pezet, Patrick Rué, Guy Teissier, Martine Vassal.
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