PORTRAITS. Heythem, Soumeya, Metah, Khara, Janis, Oumay : six nouveaux visages du rap marseillais

Dans le domaine du rap, c'est bien connu, Marseille regorge de talents. Il y a les grands noms du moment : SCH, Jul, Naps, Soso Manes, Alonzo et Soprano. Et puis ceux qui sont moins célèbres. Voici les portraits de trois rappeurs et trois rappeuses émergents.

Marseille, ses calanques, sa bonne mère, son accueil... et son rap. Le rap fait partie intégrante de la cité phocéenne depuis ses prémices, dans les années 1990. IAM d'abord, puis la Fonky Family et les Psy 4 de la rime ont construit cette image. Et puis Jul, SCH, Naps ou encore Soso Manes l'ont renforcée. À tel point que la ville pèse lourd dans l'industrie musicale.

Dans le top 10 des artistes français les plus écoutés de la plateforme de streaming Spotify on retrouve deux Marseillais : Naps à la 6e place et Jul, première position. Autour d'eux, des dizaines de rappeurs et de rappeuses tentent de se faire une place. Pas facile. Mais une nouvelle génération, qui a l'air solidaire, est en train de voir le jour. Ils sont nombreux. Coup de projecteur sur six d'entre eux : Heythem, Soumeya, Metah, Khara, Janis et Oumay. 

Heythem : le gamin espiègle

Son truc à lui, c'est l'originalité. Quand il sort un EP (ensemble de quatre à six morceaux), il se creuse la tête pour que le tout ait un sens. Par exemple, pour savoir qui il est, pour connaître toutes ses facettes : il suffit d'écouter DARWIN. Sorti en 2021, ce premier EP est composé de six morceaux, six lettres, six ambiances qui lui correspondent. Tel un schizophrène, il se présente tantôt comme un homme de la nuit, un voyageur, un sentimental, mais surtout un gamin. C'est d'ailleurs le titre de son tout premier morceau, sorti il y a trois ans. Car Heythem se définit comme un enfant, pur produit du sud, "qui navigue entre technique, flow et punchlines piquantes". Il fait rapidement parler de lui, notamment grâce à ses apparitions dans Planète rap (Skyrock). 

Heythem, féru de rap depuis son plus jeune âge, commence à partager ses écrits en 2020. Il aime la scène. Alors quand ce n'est pas pour y interpréter ses musiques, il y va pour être speaker. Un métier qu'il exerce au Bounce club, haut lieu des soirées hip-hop marseillaises. Dernier projet en date : "Imbécile heureux", un EP de six titres, d'un style bien différent de ce qu'il chantait jusqu'ici.

Soumeya : la tenniswoman poète

Vous l'avez peut-être entendue sur Arte concert ou dans l'émission de compétition de rap "Nouvelle école", sur Netflix. Soumeya, 25 ans, est une rappeuse engagée, originaire de Marseille et Salon-de-Provence. Elle commence la musique à l'âge de 13 ans d'abord parce qu'elle aime écrire, elle apprécie particulièrement la poésie. Soumeya qualifie ses textes de profonds, revendicateurs et parfois personnels. "Ils sont remplis d'espoirs", considère celle qui se définit comme une chroniqueuse. Le succès et le buzz sont progressifs. Pourtant, elle ne se destinait pas forcément à cette profession. Car Soumeya a d'abord été joueuse de tennis professionnelle. Mais la championne de France voit sa carrière s'arrêter brutalement à cause d'une opération et d'une maladie qui la fragilise, l'endométriose. Elle commence alors à se consacrer à donner des cours de tennis dans les quartiers nord de Marseille avant de se dédier à sa musique.

Soumeya aimerait toucher un public intergénérationnel et de "toutes les catégories". Pour cette rentrée, elle prépare un nouvel album et un documentaire.

Metah : le rap de la rue

Hatem, 21 ans, choisi Metah comme nom de scène. Il grandit à Saint-Gabriel, dans le 14ᵉ arrondissement de Marseille. Après un "bon parcours scolaire", comme il dit, jusqu'à l'école de commerce, il décide de se consacrer à ce qui a toujours été sa seconde vie : le rap. Une passion qu'il débute à l'âge de 12 ans, mais à laquelle il se dédie entièrement depuis deux ans. 

Les textes de Metah racontent sa vie, ses expériences et ses "conneries", explique-t-il. "J'essaie de me placer d'un point de vue objectif par rapport aux autres. Je parle beaucoup de ma vie, mais c'est l'itinéraire typique d'un jeune des quartiers nord de Marseille", développe-t-il. Hatem se dit prêt à tout pour s'en sortir et raconter la vie, "l'école de la rue". À l'avenir, Metah assure avoir l'intention de créer son style propre, "un boom bap moderne, électro et old school". Il perçoit Jul comme un chef de file, comme celui qui a ouvert une marche à suivre. "Il a électronisé le rap et nous a donné envie de faire des hits", détaille celui qui a été invité sur l'un des morceaux du phénomène Jul.

À part Naps, Jul, Alonzo et SCH, les gens ne prêtent pas beaucoup d'attention au rap marseillais alors que Marseille fascine dans le monde entier pour ce que cette ville représente.

Metah, rappeur

Metah prévoit un long format dans les prochains mois. 

Khara : la chanteuse de rap

Le jour, Khara travaille au musée, en tant que surveillante de salle. La nuit, elle fait de la musique. L'année dernière, cette rappeuse de 24 ans s'est montrée au festival Marsatac. Originaire du centre-ville de Marseille, Khara dit avoir écrit ses premières chansons il y a dix ans. À l'époque, elle demande à sa mère de lui offrir une guitare, mais elle n'a pas les moyens financiers de payer des cours. Alors, elle apprend seule. Elle commence à inventer des chansons. "La musique, c'est comme un truc qui m'appelle depuis longtemps", tente d'expliquer la jeune artiste. À 14 ans, elle rencontre le rap. "Un moment de rupture brutale et frontale" avec le chant d'abord, puis elle comprend qu'elle n'a pas besoin de dissocier les deux. Elle qualifie son rap d'alternatif et se définit comme une chanteuse de rap. Khara écrit sur elle, ses questionnements et sur "la rage de vivre", résume-t-elle. Et de préciser : "je parle peu d'amour parce que j'ai du mal à capitaliser sur ça, en tant que femme. Je préfère appeler à la réflexion".

Après cinq années de fac de psychologie, Khara se tourne vers l'art du spectacle et le cinéma pour combler ses lacunes au niveau des clips. La chanteuse peint elle-même les pochettes de ses morceaux. Khara aime aussi la sculpture, et toutes les autres formes d'art. Elle dit emprunter une double direction artistique : mélancolique et turn-up. Le prochain EP de Khara devrait sortir ce mois de septembre 2023. Le titre sera son vrai prénom : Marie.

Janis : le rappeur électro

Janis est un rappeur de 21 ans originaire de Marignane. Depuis deux ans, il s'est mis sérieusement à la musique. Son délire, c'est l'électro. Il s'inspire aussi de bandes sons de jeux vidéo. "J'aime la technicité dans les paroles et les rimes, les assonances", explique-t-il. Pour écrire, il lui suffit de lever les yeux, affirme celui qui raconte ce qu'il se passe autour de lui. Cette année Janis sort son EP "Multivers", avec notamment un feat avec AM La Scampia, puis un deuxième EP : "bonne étoile" qui comprend cinq titres d'été.

"Au début, c'est choquant. Tu te retrouves à moins 1 000 euros pour un clip et une prod. Il faut avoir du courage pour se financer soi-même", remarque le jeune artiste. Alors pour vivre, il travaille dans un restaurant à l'aéroport de sa ville en attendant que sa passion devienne son métier. Et pour cela, il est soutenu par un petit groupe de rappeurs émergents. Car dans ce domaine, tout le monde se connait. Ceux que nous avons interviewés nous ont tous assuré qu'ils espéraient percer tous ensemble. 

Oumay : la footballeuse rappeuse

Oumay, 24 ans, a été footballeuse avant de se lancer dans le rap. Elle jouait en U19 à l'OM et a étudié en sport étude au lycée. Après un bac et un master 2 en droit, elle décide de tenter de vivre de sa passion : la musique. Plus jeune, elle apprend, seule, à jouer de la guitare. Pendant le confinement, elle prend le temps de se consacrer à son art. Sa musique est un mélange de chant, de rap, de pop-afro et de sonorités orientales. Ses thématiques : l'amour, la vie quotidienne, le féminisme. 

Elle commence sa carrière en publiant des freestyles sur les réseaux sociaux comptants aujourd’hui des milliers de vues. Au mois de septembre 2022 Oumay présente à son public son titre "Salam Aleykoum", qui mêle le français et le Darija. À travers cette chanson, Oumay vise son public français et marocain, qui lui voue un soutien solide.

Ces rappeurs et rappeuses s'auto-produisent pour l'instant. Ils sont si nombreux, que chaque jour de nouveaux visages apparaissent sur la toile. Solazone, Gomil, Saf, Achim, Missane font également partie des rappeurs émergents. Des Marseillais bien sûr, car la cité phocéenne occupe une large place dans le rap actuel. Le rap marseillais n'a donc pas fini d'ambiancer vos étés... mais pas que.