Violences policières à Marseille : ce que l’on sait de la nouvelle enquête ouverte après la plainte d’un jeune éborgné

Un Marseillais de 21 ans, cousin d'un homme mort en marge des émeutes à Marseille début juillet lors des émeutes, accuse la police de l'avoir éborgné par un tir de LBD.

C'est la troisième plainte pour violences policières à Marseille dans le cadre des émeutes liées à la mort de Nahel fin juin. Abdelkarim, 22 ans, affirme avoir été blessé par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, vers 00h30, alors qu'il marchait dans le 1er arrondissement de Marseille, a appris franceinfo, lundi 24 août, qui a pu consulter la plainte. Le jeune homme a perdu l'usage de son œil gauche, selon Mediapart. France 3 Provence-Alpes revient sur ce que l'on sait de ces nouvelles accusations de violences policières à Marseille.

Une enquête pour "violences volontaires en réunion"

Le jeune homme a déposé plainte contre X, contre le directeur du Raid et contre le directeur général de la police nationale pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, commises en réunion, par personne dépositaire de l'autorité publique, avec usage d'une arme". La plainte est également déposée pour "tentative d'homicide volontaire". 

Le parquet de Marseille a confirmé à France 3 Provence-Alpes avoir ouvert une enquête, du chef "de violences volontaires en réunion ayant entrainé une mutilation ou infirmité permanente par personne dépositaire de l’autorité publique et avec arme". Elle a été confiée à l'IGPN.

Le lendemain, dans la nuit du 1er au 2 juillet, le cousin du plaignant, Mohamed Bendriss mourrait vraisemblablement des suites d'un tir de LBD à Marseille.

Une enquête citoyenne

La Ligue des droits de l'homme à Marseille a déclaré sur Twitter mener, avec d'autres collectifs marseillais, "une enquête citoyenne" pour faire la lumière sur la mort de Mohamed et les blessures de son cousin. Mediapart raconte comment s'est déroulé, samedi, les investigations des collectifs : "Les volontaires passent plusieurs heures à sonder les commerçants et à sonner aux portes, espérant reconstituer le trajet de Mohamed la nuit de sa mort. Les voisins répondent volontiers mais n’ont pas vu grand-chose. Le pillage du magasin Speedway, la veille, les a plus marqués que cette nuit-là. M6 est déjà passé leur poser des questions, pas la police."

Un contexte tendu à Marseille

L'avocat d'Abdelkarim, Arié Alimi, demande "le dessaisissement de tous les services d'enquête dépendant du directeur général de la police nationale, DGPN, et du ministère de l'Intérieur." Il estime sur Twitter que "les propos tenus par le DGPN et le ministère de l'Intérieur ont définitivement corrompu l'intégralité des services de police du fait de la partialité affichée".

Cette plainte intervient en effet dans un contexte tendu à Marseille : les policiers contestent le placement en détention provisoire d'un policier de la BAC et le placement sous contrôle judiciaire de trois autres agents, dans une affaire de violences policières. Ils sont accusés d'avoir passé à tabac et laissé pour mort Hedi, 21 ans, dans la nuit du 1er au 2 juillet.

Les policiers marseillais assurent un service minimum depuis lundi dans les commissariats et de nombreux fonctionnaires de police ont décidé de se mettre en arrêt maladie, pour contester la décision de justice. Les propos de Frédéric Veaux, le directeur général de la police national, considérant qu'"un policier n'a pas sa place en prison", ont suscité l'indignation d'une partie de la classe politique et de représentants de la magistrature.