Témoignages. "On attend de savoir qui l'a tué" : la famille de Mohamed Bendriss, mort durant les émeutes à Marseille, réclame justice

Publié le Mis à jour le Écrit par Karen Cassuto

L'IGPN a été saisie pour la mort de cet homme dans la nuit de samedi à dimanche et une enquête a été ouverte. Le parquet avance la piste d'un décès causé par un choc violent lié à un tir de type flash-ball.

"On veut que justice se fasse." Elles ont donné rendez-vous aux médias en fin d'après-midi, mercredi 6 juillet, dans le quartier d'Air Bel à Marseille. Trois femmes de la famille de Mohamed Bendriss, mort en marge des émeutes dans la nuit de samedi à dimanche : sa cousine, sa femme et sa tante, souhaitent livrer leur vision de cette affaire dont les circonstances restent troubles. 

Mohamed Bendriss, 27 ans, livreur, a été retrouvé mort dans le centre-ville aux alentours d'une heure du matin. Deux jours après avoir indiqué qu'il était mort d'une crise cardiaque, le parquet de Marseille a écrit, mardi, que "les éléments de l'enquête permettent de retenir comme probable un décès causé par un choc violent au niveau du thorax causé par un tir de projectile de type "flash-ball"". Mohamed Bendriss a-t-il été délibérément visé par un policier ? C'est la question qui hante sa famille.

"Le flash-ball le visait"

Nour est veuve. Elle est enceinte d'un mois, et avec son mari, Mohamed Bendriss, ils ont un fils de 2 ans. "Il m'a laissé toute seule", pleure cette femme âgée de 19 ans. "Je suis sous le choc. J'ai ses habits dans l'armoire. Je n'y crois toujours pas. Là, j'attends. J'ai l'impression qu'il est en voyage et qu'il va revenir. Je n'arrive pas le faire rentrer dans ma tête, que mon mari est vraiment parti", sanglote-t-elle. "Il a été touché au thorax, mais aussi à la cuisse."

Elle explique : "Mon mari, ils l'ont frappé avec un flash-ball. (...) Le flash-ball le visait lui, ça lui a fait un choc et provoqué un arrêt cardiaque". Elle rapporte que Mohamed Bendriss n'apparaît sur aucune vidéo de surveillance dans la soirée. À 00h45 cette nuit-là, il filme la police en train d'interpeller un individu dans la rue Saint-Féréol. Ces images, diffusées sur BFM, montrent effectivement une intervention des forces de l'ordre qui procédaient à une interpellation rue Saint-Ferréol, à 1 km environ de l’endroit où il s’est effondré. Mohamed Bendriss est mort quelques minutes après avoir publié cette vidéo sur le réseau social Snapchat. 

La cousine de Mohamed Bendriss, Lina, précise : "Ce soir-là, il mangeait avec mon cousin. Il lui a dit au revoir et sur le chemin du retour, il a vu des gens se faire attraper par la police. Il a filmé et envoyé à son père et mis en story pour montrer ce qu'il se passait à Marseille. Il n'avait rien à voir avec les émeutes".

Le policier l'a-t-il visé parce qu'il venait de le filmer ? C'est la question que se pose la famille de Mohamed Bendriss.

"Il s'est précipité chez sa mère"

"Un quart d'heure après, il allait chez sa mère, on le voit sur les vidéos de surveillance, sur son scooter. Il lâche une main pour tenir son thorax parce qu'il devait avoir mal, assure Nour. Il s'est précipité vers chez sa mère parce qu'elle habite au centre-ville, pour qu'elle appelle les pompiers ou pour qu'elle puisse le secourir. Et quand il est descendu de son scooter, il l'a garé, et il est tombé par terre."

"Sa mère est descendue en bas de son bloc et elle a trouvé un homme par terre. Elle a crié 'C'est mon fils, c'est mon bébé. S'il te plaît, mon fils, réveille-toi'. Et c'est là que les pompiers sont venus. Ils l'ont pris."

Nour, veuve de Mohamed Bendriss.

à France 3 Provence-Alpes

"Mon mari ce n’est pas le genre de personne qui casse, qui vole, qui fait des conneries. Ils pensent à ses enfants. Il sait qu'il y a une femme et des enfants et une maman qui est seule et qui l'a éduqué seul. Il n'a que 27 ans, mais il est mature dans sa tête", tient à préciser Nour.

Et d'insister : "C'était quelqu'un qui prenait soin de moi, de ses enfants. Il était aimé par tout le monde, il aidait et donnait aux gens. Il travaillait, il ne faisait pas de bêtises." Nour raconte que la police lui a demandé ce que faisait son mari dehors le soir, "j'ai répondu qu'il sortait, qu'il avait besoin de voir ses collègues, de manger dehors, comme tous les jeunes !" Sauf que "quand il est pari, il n'est plus revenu".

"On demande juste la justice"

"On demande juste la justice", résume la veuve de Mohamed Bendriss Sa cousine, Lina, renchérit : "On attend de savoir qui l’a tué. Au début, on nous a dit que c’était une crise cardiaque et deux jours après on nous dit que c’est quelqu’un qui l’a tué. C’est choquant quand même. Fallait le dire dès le début. De savoir, deux jours après, qu’il s’est fait tuer... c’est vraiment grave."

"On ne sait rien du tout encore ! On a confiance en la justice."

Lina, cousine de Mohamed Bendriss.

à France 3 Provence-Alpes

Lina explique qu'aucune vidéo ne montre le moment où Mohamed Bendriss aurait été visé par un tir. Elle précise qu'il vient d'une grande famille. "D'habitude, il est là, on est tous rassemblés et aujourd'hui, il manque une personne, une personne en or avec un grand cœur". Et de reprendre : "Il était vraiment très proche de sa maman. Vous ne pouvez même pas voir l’état de sa maman. Elle prend des cachets pour être calme, elle n’y croit pas. Elle croit que Mohamed va rentrer. Elle avait accepté qu’il ait fait une crise cardiaque, pour que deux jours après, on entende qu’il s’est fait tuer."

"Le procureur fait son possible, ajoute la tante de Mohamed Bendriss Juste, donnez-nous le corps de Mohamed"

Mohamed Bendriss serait mort en bas de l'immeuble où résidait sa mère, au cours Lieutaud. Une enquête pour coup mortel avec usage d'une arme est ouverte. La police judiciaire et l'IGPN, la police des polices, sont en train d'analyser les vidéos de surveillance pour déterminer où, quand et comment est mort cet homme de 27 ans. 

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