Visite de Macron à l'IHU du professeur Raoult à Marseille : les réactions se multiplient

Ce jeudi 9 avril, Emmanuel Macron a rendu visite au professeur Didier Raoult, à l’IHU de Marseille. Un déplacement confidentiel, durant lequel le président a pu visiter les laboratoires et échanger avec les équipes. Dans la région, cette visite n'a pas plu à tout le monde.

Emmanuel Macron a rencontré le professeur Didier Raoult au cours d'une visite restée confidentielle jusqu'au dernier moment.
Emmanuel Macron a rencontré le professeur Didier Raoult au cours d'une visite restée confidentielle jusqu'au dernier moment. © Antoine Tomaselli/MaxPPP
La visite présidentielle dans les locaux du professeur Didier Raoult a suscité de vives réactions, chez les soignants marseillais comme sur la scène politique. Certains y voient une opération de communication malvenue en période de confinement, quand d’autres y percoivent un signe d’espoir.

Le virologue a rendu compte de la venue d'Emmanuel Macron sur son compte Twitter, publiant une des rares photographies de leur entrevue dans l'enceinte de l'IHU.

Un feu vert pour l’hydroxychloroquine ?

Pour certains défenseurs du protocole marseillais, cet entretien d’Emmanuel Macron avec l'infectiologue est une main tendue encourageante, en faveur de l’hydroxychloroquine.

Le président de la Région Sud, Renaud Muselier, fait notamment partie des premiers à s'en féliciter. Médecin de formation, il affirme : “Je pense que c’est une très bonne nouvelle. [...] Le président a voulu se faire expliquer la méthodologie de travail sur la nouvelle publication du professeur Raoult. Il n'exclut aucune piste, et celle du professeur Raoult est manifestement bonne à étudier.

Le soir-même de la visite, il s’est réjoui sur son compte Twitter, en appuyant à nouveau son soutien au professeur Didier Raoult Pour lui, ce déplacement se justifie logiquement. “Le président a besoin de s'informer et vient sur le terrain pour voir ce qu'il se passe, [...] pour être efficace dans son arbitrage et sa prise de décision”.

La députée LR des Bouches du Rhône Valérie Boyer s'interroge  : “Je veux savoir pourquoi il vient là aujourd’hui après avoir laissé Didier Raoult être conspué par des professeurs, en partie de son comité scientifique ?

Testée positive au Covid-10, l'élue marseillaise est elle-même traitée à la chloroquine depuis plusieurs semaines.

"La situation n'était plus tenable"

Pour le médecin généraliste Bruno Giral, président de la Communauté territoriale professionnelle de santé du Pays d'Arles qui soutient le Didier Raoult, cette rencontre est un signal positif, même si elle s’est faite sous contrainte médiatique, selon lui.

Je pense qu’il a rendu visite au professeur Raoult sous la pression de nombreux patrons d’infectiologie, de médecins, de pétitions qui circulent, et la situation n’était plus tenable”, affirme le docteur. 

Il ajoute : “Ce qu’on veut, c’est récupérer la prescription de la chloroquine (jusque-là réservée aux hôpitaux pour les patients graves, NDLR) tant qu’il est temps. Ça suffit de faire des morts, qu'on laisse partir sans traitement.” 

Un déplacement mal perçu en période de confinement

Au sein de la communauté scientifique et médicale, beaucoup restent sceptiques quant à ce déplacement présidentiel, effectué en pleine période de confinement. 

Selon le docteur Daniel Latil d’Albertas, président du du Syndicat des Médecins d'Aix et de Région (SMAER) : “si Macron ne comprend pas la philosophie du bonhomme (Didier Raoult, NDLR), sa visite ne sert à rien.  Pas la peine de risquer de se déplacer pour s’en rapprocher. Il pouvait très bien rester chez lui et l’avoir en visioconférence. Raoult est très joignable.

Sa visite va changer quoi ? Il va juger l’organisation de l’IHU ? C’est de la politique politicienne pour rassurer les foules,” déplore le médecin, pourtant pro-chloroquine.

"Des mouvements de communication"

Même discours du côté du professeur Jean-Luc Jouve, chirurgien orthopédiste et traumatologue à la Timone. “Se déplacer en période de confinement général pour aller voir tel ou tel laboratoire, c’est une disposition que je ne comprends pas bien," estime-t-il. 

Le chef de service poursuit : “Ce sont des mouvements de communication qui m’échappent et qui me paraissent loin du caractère médical que représente cette épidémie.

Une visite pour jouer l'apaisement

Enfin, Laurent Sacomano, président de l’URPS Médecins Libéraux PACA tempère le tout. 

"Il est utile que le président aille voir toutes les personnes qui peuvent être utiles. C’est bien qu’il ne joue pas la compétition stérile entre les différents centres infectiologie. Il doit maintenir une cohésion de la nation. C’est plus important que la lutte des égos," affirme-t-il avant d’ajouter : “Concernant l’hydroxychloroquine, on attend avec impatience des résultats probants.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société emmanuel macron politique