Six questions sur le phénomène de tassement de terrain qui a touché un immeuble à Martigues

L'apparition de la fissure du bâtiment K, du quartier Notre-Dame-des-Marins à Martigues, est dûe à un mouvement de terrain, lié à un phénomène de retrait-gonflement des argiles. Vous n'avez rien compris ? On vous explique.

Dans la nuit du 9 au 10 septembre, une fissure allant au sol au plafond a été responsable de l’évacuation de près de 150 personnes de leur habitation, à Martigues.

Après une expertise, le bailleur social 13 Habitat a indiqué qu’un mouvement de terrain serait la cause de cette dégradation, et plus particulièrement le retrait-gonflement des argiles. Qu’est-ce que ce phénomène ? France 3 Provence-Alpes vous explique, avec l’expertise de Guillaume Leriche, directeur de la société Analyse et expertise de sol France.

Qu’est-ce qu’un tassement de terrain ?

"Il s’agit d’une partie du terrain qui va se mettre à se tasser sur lui-même, à s’écraser", explique l’expert. Si la définition est simple, les causes, par contre, peuvent être multiples et "chaque cas est unique". Le ministère de la Transition écologique ajoute que ces mouvements de terrain peuvent être plus ou moins brutaux et être d’origine naturelle ou anthropique. Il existe différentes typologies du mouvement de terrain, telles que le retrait-gonflement des argiles, les effondrements de cavités souterraines, les tassements et les affaissements, les écroulements et les chutes de blocs, et d'autres.

Quelles sont les causes d’un retrait-gonflement des argiles ?

Les terrains argileux superficiels peuvent voir leur volume varier à la suite d'une modification de leur teneur en eau, en lien avec les conditions météorologiques. "L’argile est un matériau gonflant qui absorbe l’eau et se rétracte pendant les périodes de sécheresse. Lors du phénomène d’absorption, l’argile gonfle et lorsque l’eau s’évapore, il se rétracte. C’est un phénomène qui n’est pas visible à l’œil nu et qui est naturel", explique Guillaume Leriche.

Quelles sont les conséquences ?

Le ministère de l’Écologie est très clair sur la question : "ces phénomènes sont souvent très destructeurs, et les dommages aux biens sont considérables et souvent irréversibles. Les bâtiments, s’ils peuvent résister à de petits déplacements, subissent une fissuration intense en cas de déplacement de quelques centimètres seulement. Le phénomène de retrait-gonflement des argiles engendre chaque année des dégâts considérables.

Selon Guillaume Leriche, le directeur de la société Analyse et expertise de sol France, il s’agit d’un phénomène très courant, à partir du moment où l’immeuble en question n’a pas été fondé correctement. "Si l’ancrage n’est pas suffisant en termes de profondeur, il est susceptible de subir ce phénomène."

Qui peut être concerné ?

Il existe, en France, des zones d’aléa de retrait des argiles. "Suivant la région dans laquelle vous habitez, vous pouvez être plus ou moins impacté par le phénomène, relate l’expert. Ce n’est pas parce qu’un immeuble a subi un tassement que le voisin va le subir. Cela dépend de comment l’immeuble a été construit", souligne-t-il.

Il existe une carte d’exposition du territoire au phénomène de retrait-gonflement des argiles, qui a pour but d’identifier les zones exposées au phénomène et de contribuer à diminuer le nombre de sinistres qu'il provoque. Sur ces zones s’appliqueront ensuite des dispositions réglementaires introduites par l'article 68 de la loi ELAN.

Avec le réchauffement climatique, doit-on s’attendre à ce que ce phénomène se reproduise davantage ?

Si la première cause des dégâts reste la mauvaise construction du bâtiment, la sécheresse est aussi une cause à prendre en compte. "Comme nous l’avons expliqué, l’argile se rétracte lors des périodes de sécheresse, ce qui provoque ce phénomène. Un autre vient s’ajouter, celui de la diminution du niveau des nappes phréatiques. Avec les deux associés, cela peut provoquer des phénomènes de plus en plus importants", assure Guillaume Leriche.

Peut-on prévenir le retrait/gonflement des argiles ?

"Il est très difficile de le repérer, explique l’expert. On ne peut pas détecter les ondes. Aussi parce que le seul moyen de le prévenir est la météorologie, qui est une science inexacte".

Selon lui, le seul moyen de l’éviter, est de renforcer les fondations des habitations.