Suspension du vaccin AstraZeneca : seconde dose, médecins, pharmaciens... tout savoir sur la réorganisation en Paca

Lundi, Emmanuel Macron a annoncé la suspension du vaccin AstraZeneca dans l'attente d'un avis de l'autorité européenne. Que faire si l'on a déjà reçu une première dose ? Comment se réorganisent les médecins, pharmaciens, centres de vaccination ? France 3 Paca répond à vos questions.

La vaccination AstraZeneka a été suspendue lundi "par précaution" en France.
La vaccination AstraZeneka a été suspendue lundi "par précaution" en France. © Johan NILSSON / AFP

La France a décidé de suspendre "par précaution" l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 après l'apparition en Europe de problèmes sanguins parfois mortels comme la formation de caillots sanguins (thrombose). L'annonce faite par Emmanuel Macron lundi après-midi intervient après une série de suspension similaire au niveau européen et international.

Pour l'instant, les autorités de santé n'établissent aucun lien avéré entre les problèmes de santé et le vaccin d’AstraZeneca, si ce n'est l’enchaînement chronologique.

La suspension permet donc de s’assurer que la causalité n'existe pas. En attendant, l'annonce d'Emmanuel Macron a nécessité une réorganisation de dernière minute dans les lieux de vaccination. France 3 Paca vous dit tout sur la réorganisation de la vaccination en Paca.

Lundi, le stade Vélodrome transformé exceptionnellement en centre de vaccination, a ouvert ses portes à Marseille. Une partie des 500 personnes inscrites ont reçu une première dose d'AstraZeneca, avant sa suspension. D'autres ont été vaccinées avec le vaccin Pfizer.

Au moment de l'annonce de la suspension, certains étaient en train de recevoir le vaccin en question. Il a donc fallu réagir rapidement.

© X. SCHUFFENECKER / FTV

Du côté des marins-pompiers, le docteur Daniel, chargé de la coordination entre le bataillon et la ville de Marseille, assure que les doses d'AstraZeneca ont été immédiatement remplacées par des Pfizer. L'agence régionale de Santé (ARS) a fourni 300 doses de Pfizer supplémentaires.

Ce mardi, le stade Vélodrome dispose ainsi des doses nécessaires, 500, pour vacciner tous ceux qui ont pris un rendez-vous.

Pour les jours suivants, les marins-pompiers avaient déjà prévu de vacciner uniquement avec des doses de Pfizer à partir de mercredi. Donc la question ne se posera pas. 

Les doses d'AstraZeneca sont conservées en attendant les décisions de l'Union européenne. 

Les pharmaciens ont attendu ce lundi 15 mars pour pouvoir commencer à vacciner les personnes de plus de 50 ans avec comorbidités et les plus de 75 ans... avec le vaccin AstraZeneca. L'annonce d'Emmanuel Macron a mis la vaccination dans les officines en stand-by. 

Pharmacienne à Nice, Elsa avait prévu dix premiers rendez-vous de vaccination ce mardi. Hier, c'est par ses propres clients qu'elle apprend la suspension d'AstraZeneca. Aucune information officielle n'est transmise aux pharmaciens avant 21h.

"Les personnes qui avaient un rendez-vous pour se faire vacciner nous ont appelés d'elles-mêmes, explique-t-elle. Nous avons tout suspendu en attendant les conclusions européennes"

"Je crois qu'il ne faut pas stresser, réagit Antoine Faure, pharmacien et maire d'Aups dans le Var. Cela va générer un retard par rapport au nombre de personnes vaccinées, mais l'AstraZeneca nous ne l'avions pas il y a 15 jours... Donc ce n'est pas utile de stresser". 

Les médecins traitants ont reçu l'autorisation de vacciner leurs patients le 25 février dernier avec le vaccin AstraZeneca. Cela concernait les personnes entre 50 et 64 ans avec comorbidités. Comme pour les pharmacies, la suspension d'AstraZeneca met un coup d'arrêt à la vaccination au sein de cabinets médicaux.

"Je pense qu'il faut répondre à la population de manière sereine, estime le docteur Rémi Malhomme, au centre de vaccination d'Antibes. Après, là, c'est peut-être un excès de prudence je ne sais pas. Moi, de la littérature que j'ai lue je ne comprends pas pourquoi on le suspend"

"Il faut prendre des précautions pour que la population adhère. C'est sûr qu'avec une population qui n'adhère pas à la vaccination, on ne va pas y arriver. Surtout qu'en France on a quand même beaucoup de réticences face à la vaccination qui sont souvent infondées, en tout cas à mon sens". 

AstraZeneca va-t-il être finalement autorisé en France et dans les autres pays qui l'ont suspendu ? L’agence européenne des médicaments, EMA, doit rendre un avis sur le recours à ce vaccin dans les prochains jours, probablement jeudi.

De son côté, l’OMS tente de rassurer : "Nous ne voulons pas que les gens paniquent et, pour le moment, nous recommandons que les pays continuent de vacciner avec AstraZeneca", a déclaré Soumya Swaminathan, la cheffe scientifique de l’Organisation mondiale de la santé, lors d’une conférence de presse à Genève lundi soir.

En Paca, 89.176 personnes ont reçu une première dose d'AstraZeneca, contre 297.216 pour Pfizer et 28.216 pour Morderna. Si le vaccin AstraZeneca est bel et bien suspendu, se pose la question de la deuxième injection pour ces quelque 90.000 personnes.

Les gens ne sont pas en danger parce qu’ils auraient été vaccinés par AstraZeneca.

Olivier Véran

Ce mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé que les personnes déjà vaccinés par AstraZeneca n'étaient "pas en danger".

"Je fais partie de ces Français qui ont reçu une injection d’AstraZeneca. Il n’y a pas de démarche particulière à entamer, les gens ne sont pas en danger parce qu’ils auraient été vaccinés par AstraZeneca", a-t-il déclaré lors d'une visite dans une école du Val d'Oise. 

"Pour ceux qui l'ont déjà reçu, qu'ils se tranquilisent, abonde Olivier guérin, chef du pôle gériatrie du CHU de Nice et nouveau membre du Conseil scientifique. Ce sont des événements (les thromboses, ndlr) qui sont très rares, nous ne sommes pas sûrs du tout à l'heure actuelle qu'ils soient liés au vaccin lui-même et quand bien même ça le serait, cela nécessiterait des ajustements de précaution d'emploi".

Selon le docteur Daniel, chargé de la coordination entre le bataillon et la ville de Marseille, à partir du moment où quelqu'un a reçu une première injection d'un vaccin, il faudrait recevoir une deuxième injection du même vaccin. 

L'efficacité de la combinaison de deux vaccins différents n'est en effet pas prouvée pour 'instant. L’université d’Oxford au Royaume-Uni a lancé en février une étude sur plus de 800 volontaires âgés de plus de 50 ans vaccinés avec un duo Pfizer/Astra Zeneca. Les conclusions sont très attendues.

Outre la question de la deuxième injection, reste la question centrale de la défiance par rapport à ce vaccin qui avait déjà mauvaise presse.

 

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