Témoignages. Pompiers, sinistrés, maire... Ils nous racontent comment ils ont vécu les terribles incendies dans le Var

Rencontre avec ceux qui ont traversé le plus grand incendie de France. Pompiers, sinistrés, maires et vacanciers évacués nous livrent leurs témoignages et permettent de retracer le fil de cette semaine sous haute tension dans le Golfe de Saint-Tropez dans le Var.

Le violent feu qui s'est déclaré le 16 août près de Gonfaron dans le Var, est considéré comme le plus important survenu en France cette année. Deux personnes sont mortes, plus de 7000 hectares de forêt ont été détruits, au moins une centaine de maisons complètement sinistrées. Le feu a été annoncé comme maîtrisé un semaine plus tard.

Comment les pompiers, élus, habitants et vacanciers ont vécu cette nuit de cauchemar ? Voici leurs témoignages. 

Les pompiers au coeur du brasier

Un camion de pompiers pris au coeur du brasier qui s'est déclaré le lundi 16 août, en fin d'après-midi.

Sur cette vidéo de 38 secondes devenue virale, on voit des images rares et impressionnantes. Le chef d'agrès donne ses indications avec beaucoup de sang-froid : "à gauche", "à droite", "accélère", alors que les flammes menacent le véhicule des sapeurs-pompiers de part et d'autre. Les essuie-glaces sont activés, difficile de distinguer la route en pleine nuit et savoir si elle est praticable. 

Quelques minutes avant cette vidéo, les pompiers du SDIS 06 venus en renfort dans le Var, avaient activé la bulle d'auto-protection, celle qui sauve des vies. Cet équipement arrose l'extérieur du véhicule qui traverse l'incendie.

Un camion qui roule parfois encore sur des braises incandescentes. Ce système maintient une température supportable dans l'habitacle et protège aussi les pneus qui peuvent fondre en cas de surchauffe. 

Des situations extrêmes assez habituelles pour les soldats du feu.

Un pompier des Alpes-Maritimes témoigne de la violence de l'incendie devant les journalistes de France Télévisions. Le lieutenant David Sautron était en reconnaissance lundi, au moment du départ du feu à Gonfaron. Très vite, il doit rebrousser chemin : 

Il fait tellement chaud que je ne peux pas passer, je fais marche arrière et je rejoins d'autres éléments... je savais que j'avais chaud, au feu on a chaud on peut pas s'en cacher, mais quand j'ai su que j'avais les camions derrière moi, je savais que j'étais en sécurité." Il précise : "les déplacements des camions étaient compliqués, le feu allait trop vite,

le lieutenant David Sautron du SDIS Var.

Treize pompiers seront légèrement blessés sur les 1.200 mobilisés durant cette semaine. ce 24 août, quelque 400 pompiers restent encore mobilisés pour traiter les lisières et cette phase durera encore plusieurs jours.

Depuis, la relève est arrivée pour remplacer des hommes éprouvés par des nuits sans sommeil. 

Stéphan Gady, un maire sur tous les fronts

Le maire de La Mole, Stéphan Gady (Sans Etiquette) a averti ses habitants via Facebook : "ça brûle sur le secteur on fait tout pour que le feu reste sur la ligne de crête" explique le maire, qui demande aussi aux habitants de rester calfeutrés chez eux. Une recommandation entendue par beaucoup d'habitants. 

C'est son premier mandat et aussi son premier incendie en tant que maire. Un baptême du feu en quelque sorte...

J'ai fait le choix d'être sur le terrain avec mes gars en étant à 30 mètres du feu. Ça nous a permis de cibler l'intervention des pompiers. C'était impressionnant ! Il y a la fumée qui rentre dans les yeux dans la gorge, le feu ça fait un bruit terrible,

Stéphan Gady, maire de La Mole

Ils ont été rejoints par les Comités Communaux Feux de Forêt (CCFF) de Collobrières, Pierrefeu, Cuers, La Croix Valmer "pour éviter que le feu aille jusqu'à la mer". Car si le feu avait franchi la ligne de crête, La Mole village et Cavalaire, l'incendie aurait pu se propager jusqu'à la mer. "C'est la raison pour laquelle j'étais en liaison constante avec le maire de Cavalaire", ajoute le maire. 

Le maire s'est donc retrouvé dans la prolongation du quartier de Val de Gilly, près de la forêt dans le quartier Teissonnière.

Le maire a été appelé pour obliger quelqu'un à évacuer. Une mère de famille s'inquiétait pour son oncle qui refusait de quitter les lieux. "De l'exfiltration, on s'est retrouvés à faire de la défense incendie. On ne le trouvait pas, on était en liaison téléphonique avec la famille qui revenait de vacances dans les Pyrénées. On a cumulé toutes les difficultés et le feu progressait. Maintenant, c'est nous qu'il fallait exfiltrer."

Sauf qu'à Val de Gilly ou à Teissonnière, il n'y avait aucune colonne de pompiers. "On s'est retrouvés encerclés par le feu. Dans ces circonstances, le CCFF a eu l'idée d'allumer un contre-feu sur la partie gauche, le feu s'y est engoufré en nous contournant. Nous n'avions aucune indication de la progression de l'incendie, la seule info, c'était que le feu était sur la ligne de crête. Ce qu'on a découvert sur place, c'est que le feu avait entouré ce quartier, il était pris en tenailles." 

L'élu explique : 

"On a eu une coupure réseau pendant 30 minutes entre 23h00 et minuit. On était coupés du monde. En allant dans une partie du terrain où le feu était déjà passé, on a recapté le réseau. Ça brûlait de partout, les bouteilles de gaz explosaient... A l'instant où l'on a décidé de quitter le site, car la maison était sauvée des flammes, il y a eu une saute du feu en bordure de la RD98, la route qui relie La Mole et Cogolin. On s'est mis en route pour recharger les véhicules en eau. Entre lundi et jeudi on a dormi 9 heures. Jeudi, tout le monde est tombé de fatigue."

Stéphan Gady, maire SE de La Mole.

La bataille contre le feu n'est pas la seule à mener. Il a fallu tout coordonner dans l'urgence : gérer les équipes sur place, les centres d'hébergement pour les personnes évacuées, les services de police et de secours dans le cadre de la propagation de l'incendie. 

Dans ce village de 1500 habitants, les Comités Communaux des Feux de Forêt (CCFF) ont joué un rôle déterminant. Il est intervenu avec un groupe de 8 personnes. Il y a aussi un groupe de logistique et un groupe de gestion de l'accueil des sinistrés. Le maire Stéphan Gady, s'est appuyé sur eux pour faire les reconnaissances, guider et épauler les pompiers. 

Car ce sont ces bénévoles, habitués à patrouiller tous les jours, qui connaissent leur territoire par coeur.

"La vraie victoire, c'est que le feu n'est pas allé jusqu' à la mer"

Sur Facebook, un habitant de La Mole, dans le quartier Teissonniere remercie le maire : "Bravo Stephan, c'est grâce à vos CCFF et à vous que notre maison a été sauvée des flammes. Étant pompier, j'étais déjà sur le terrain pendant que ma femme était seule. Je vous serai reconnaissant éternellement."

Son intervention sur les réseaux sociaux a été très suivie : "C'était toute une pédagogie de la gestion des incendies à laquelle les gens ne sont pas habitués. Ça a déclenché une prise de conscience des rôles des CCFF et on a eu une vague de dons incroyable."

Pour le maire ce feu est "bien pire que 2003, la vraie victoire, c'est que le feu n'est pas allé jusqu' à la mer."

Pour les maisons sinistrées, l'inventaire est en cours mais il y en aurait une dizaine. D'après la préfecture du Var, 131 maisons ont été endommagées d'après le dernier recensement. 

A Cogolin, les pompiers sont remerciés par les habitants 

Pour les pompiers venus en renfort, la difficulté, c'est d'arriver à se repérer sur un territoire qu'ils ne connaissent pas. Loïc Kempen, pompier venu de Périgueux en pleine nuit, explique que la colonne était déjà prépositionnée à Aix-en-Provence en raison du risque élevé sur les massifs. 

Le jeudi 19 août, une mère et ses deux filles sont venues à la plateforme logistique installée à Cogolin pour remercier les pompiers (photo). Ses filles leur ont donné des dessins. Elle a aussi apporté des vivres. Les pompiers ont été touchés par ces gestes de sympathie. Ils précisent :

les habitants ont été formidables, ils nous disaient où aller, ils nous ont donné de l'eau, à manger. Ça fait chaud au coeur !

Sans eux, sa maison aurait été détruite par les flammes. Même si ce ne sont pas forcément eux qui sont intervenus ce soir-là, la mère de famille était encore très émue.

Elle a préféré laisser faire les professionnels du feu et se mettre à l'abri avec ses filles. Comme beaucoup d'habitants, elle a vécu une nuit d'angoisse.

"Qu'on ne crame pas au prochain incendie"

Croisée au centre d'hébergement d'urgence de Grimaud, Laurence Rist a pu retrouver sa maison au hameau du Val de Gilly, miraculeusement épargnée par les flammes. A 61 ans, elle sait qu'elle a échappé au pire.

Elle vient passer ses vacances dans une maison rénovée par ses parents depuis qu'elle a 16 ans.

Elle se souvient de cette nuit où tout aurait pu basculer : "on a bien compris que notre vie a tenu à un fil. L'intervention des deux petits camions de pompiers a tout changé."

Tout ce qui n'avait pas brûlé dans le hameau a été sauvé. Moi, la mienne n'a rien. A 12 mètres, il n'en reste rien, l'autre en face qui elle devait être à 18 mètres, il ne reste que les murs.

Six maisons ont été complètement détruites. Ses parents avaient acheté et rénové une maison en 1976. La famille y vient en vacances à différents moments de l'année, Laurence y séjourne depuis qu'elle a 16 ans. 

Laurence connaît deux personnes qui ont tout perdu. "On a eu une chance folle, merci aux pompiers de Brignoles et de Salernes", lâche-t-elle.

Le hameau se situe à une dizaine de kilomètres de Grimaud, il y a 30 habitants l'hiver, mais l'été c'est plutôt 200 à 250 personnes. C'est l'endroit qui a été le plus touché. C'est aussi là que l'on a retrouvé les deux personnes décédées, un homme âgé d'une cinquantaine d'années et une jeune femme de 32 ans en vacances.

"La route est coupée par les flammes, on ne passe plus !"

Au début, la route est bitumée mais après, c'est la piste qui traverse toute la forêt des Maures.

"Quand il y a du Mistral et que le feu est parvenu aux Mayons, pas très loin de Gonfaron, la question n'est pas est-ce que le feu va arriver là mais combien de temps il va mettre", explique Laurence Rist. 

Mais cette année, il est allé beaucoup plus vite qu'en 2003 et qu'en 1979. La propriétaire se souvient : "avec la collaboration des habitants, on peut sauver les maisons. C'était le cas en 1979 et en 2003."

En 2003, il y a eu un survol d'un hélicoptère de la gendarmerie pour dire qu'il fallait évacuer et calfeutrer par précaution les maisons. 

Comme beaucoup d'habitants, Laurence Rist a reçu le coup de fil automatique de la mairie de Grimaud disant d'évacuer à 22h19 très exactement. Elle a même été rappelée. Depuis la fin d'après-midi, elle était très inquiète :

"le 18 des pompiers disait de ne pas évacuer et je fais confiance aux pompiers. J'avais déjà préparé quelques affaires, mis le linge mouillé aux fenêtres."

Heureusement, dans ce hameau, tout le monde s'est entraidé. 

"Je suis allée chercher Annick 82 ans, ma voisine. Dans la maison d'à côté, Line est allée chercher une autre voisine Colette, 88 ans. Une dizaine de voitures a quitté le hameau à ce moment-là. Les premières voitures du convoi sont passées en traversant les flammes. Moi, j'étais la dernière du convoi, et à ce moment-là je vois quelqu'un qui revient. On me dit :"La route est coupée par les flammes, on ne passe plus ! Alors là, j'ai rebroussé chemin."

Laurence Rist, habitante du hameau de Gilly

Jusqu'à 22h45, rien n'était tombé sur la route, c'était dégagé. Ceux qui sont sortis de cet enfer ont averti les secours. Mais entre temps, des arbres et des poteaux électriques en bois sont tombés sur la route. Après, il fallait des engins pour y accéder.

Elle s'interroge : "pourquoi on s'est débrouillés plus mal qu'en 2003 et qu'en 1979 ? Pour la prochaine fois, on ne voudrait pas mourir grillés !"

"Je remontais pour surveiller les flammes"

Même si cette nuit a été particulièrement éprouvante, elle a encore le moral : "Je me rends compte que ça m'a aidé de m'occuper d'Annick, vous êtes dans "l'agir" et pas dans "le subir". On est descendues dans la salle de bains pour échapper aux fumées. Je remontais régulièrement pour faire une reconnaissance et surveiller le niveau des fumées et les flammes à 12 mètres."

Laurence s'est montrée méthodique et courageuse, elle n'a pas paniqué. Les habitants du hameau de Gilly ont malheureusement l'habitude. 

"A un moment, je me suis dit, il est possible de passer, c'était un brasier infernal, mais il faut tenter une sortie car on n'aura pas une deuxième chance. J'ai pris Annick dans le noir, en rasant la terrasse, on est arrivées à se réfugier chez Carole, une autre voisine. Une douzaine de personnes a trouvé refuge chez elle."

Un autre voisin a passé sa nuit à éteindre les reprises de feux avec des poubelles remplies de l'eau de la piscine. L'eau et l'électricité étaient coupées, le téléphone aussi. Certains ont vomi à cause de l'inhalation des fumées.

"Chapeau les gars, merci !"

Les pompiers sont arrivés à 3 heures du matin et se sont attaqués à la Magnanerie, le plus grand bâtiment du hameau, une ancienne ferme de vers à soie. C'était le dernier verrou.

Ce sont les piscines qui ont permis d'approvisionner les lances à incendie. Car l'eau était aussi coupée. 

"Il y a eu le souffle du feu et les explosions de gaz", souligne Laurence, "ils ont été incroyablement professionnels et courageux ! Chapeau les gars, merci !"

Pour l'avenir, la propriétaire se permet quelques conseils aux secours : "on a besoin de tous petits moyens, seuls deux camions suffisent, prépositionnés avec une dizaine de pompiers, plus des pompes pour utiliser l'eau des piscines. Et une citerne en plus."

Reviendra-t-elle au hameau de Gilly après avoir survécu à cet incendie meurtrier ? "Le risque on le connaît, on a une passion pour ce pays, ça fait 46 ans qu'on y est, on reviendra", affirme-t-elle

Une famille de vacanciers des Yvelines a échappé au pire

Cette semaine dans un appartement résidence au Garden City de Grimaud devait être paradisiaque. Nathalie Veret et ses enfants venaient des Yvelines pour passer des vacances dans le golfe de Saint-Tropez. 

Mais deux jours après leur arrivée, ils ont dû partir précipitamment de leur location. Nous les avons croisés sur le parking du centre d'hébergement. 

Pas d'information, pas d'activités, pas d'affaires à part les courses dans le coffre de la voiture. C'est ce qu'il leur a permis d'improviser un pique-nique sur le parking du centre d'accueil. 

Ils ont reçu des ordres contradictoires par téléphone : "restez dans votre maison, calfeutrez-vous", leur disaient les pompiers. Plus tard, les policiers leur ont dit de partir. C'est ce qui leur a sauvé la vie. De toute façon, l'air était devenu irrespirable.

Les bâtiments ont été léchés par le feu, toute la végétation a été dévastée. 

Ça a été des vacances gâchées, on a erré pendant 3 jours. Pour moi c'était difficile. Ma fille a fait une crise de nerfs, on ne savait pas où aller. Avec le soleil, c'est difficile de rester enfermés toute la journée au centre d'hébergement sinon c'est la déprime totale. On a tenté d'aller au marché pour se divertir mais il a été annulé

raconte Nathalie Veret. 

La piscine était pleine de cendres

Quand ils ont pu rejoindre leur lieu de résidence Garden City le mercredi midi, l'incendie n'était pas entièrement maîtrisé. "On nous a dit, si vous vous réinstallez, c'est à vos risques et périls."

A leur retour, la piscine était pleine de cendres. Personne n'avait envie de rester : "moi et mes enfants ont eu trop peur, il y avait encore des braises visibles du balcon et des reprises de feux à côté. Les poteaux continuaient à se consumer."

Toute la famille est restée à la réception le mercredi : "on ne se voyait pas dormir là-haut, vous vous dites ça peut reprendre à n'importe quel moment."

Sur Facebook, Garden City a communiqué sur sa réouverture "après 3 jours de nettoyage intensifs". 

Mais le mercredi, toute la famille est restée à la réception : "on ne se voyait pas dormir là-haut, vous vous dites ça peut reprendre à n'importe quel moment."

Après avoir passé la soirée à Sainte Maxime, ils sont retournés en région parisienne dès le jeudi soir. Les gérants de la résidence ont promis qu'ils seraient remboursés pour les nuits qu'ils n'avaient pas passées dans l'établissement. Leur semaine de location devait être facturée 1.400 euros.

"On est tous là, c'est l'essentiel !", lâche la vacancière soulagée d'avoir évité le pire. 

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