ARCHIVES. Il y a trente ans explosait le pétrolier Haven, provoquant la pire marée noire de l'histoire en Méditerranée

Transportant 144.000 tonnes de brut, le pétrolier a pris feu en Méditerranée au large de Gênes en Italie, le 11 avril 1991, polluant la Côte-d'Azur aux hydrocarbures pendant de nombreuses années.

Naufrage du pétrolier le MT Haven au large de Gènes le 11 avril 1991.
Naufrage du pétrolier le MT Haven au large de Gènes le 11 avril 1991. © Extrait reportage France 2

Long de 333 mètres (l'équivalent de trois terrains de football), haut de 46 mètres (quasiment l'Arc de Triomphe), le pétrolier Haven est le plus grand navire dont on peut visiter l'épave, aujourd'hui en Méditerranée, trente ans jour pour jour après son incendie, le 11 avril 1991, et la marée noire qui s'en est suivie. 

"C'est une plongée remarquable, à inscrire à son tableau de chasse, même si c'est très dangereux en raison des courants et de l'immensité des lieux" prévient Jérôme Espla, auteur varois d'un documentaire sur les restes du pétrolier.

Lui s'est retrouvé une centaine de fois nez à nez avec le bateau, dont la dépouille gît par 80 m de fond, à 2 km des côtes d'Arenzano, dans la baie de Gênes, en Italie. 

"Là-bas, c'est carrément devenu un business, raconte-t-il, des restaurants se sont développés, des bars, il y avait une centaine de plongeurs par jour, avant l'apparition du coronavirus !"

Coquillages et crustacés

Qui prend le risque de descendre vers la carcasse fantomatique du Haven, monstre des mers vaincu par les flots, se retrouve au beau milieu des castagnoles, salue, s'il est chanceux, quelques mérous, fait la connaissance d'une ou deux langoustes, deux ou trois daurades.

Après la désolation, c'est toujours la vie qui gagne.

"L'épave a joué le rôle de récif artificiel, confirme Jérôme Espla, dans ce golfe de Gênes sablo-vaseux, où la roche est quasi absente."

En attestent de nombreuses vidéos amateur, publiées sur YouTube, ou ce cliché réalisé sur place par le documentariste :

Des bancs de poissons autour de l'épave du Haven, à 80 m de fond.
Des bancs de poissons autour de l'épave du Haven, à 80 m de fond. © Jérôme Espla

Conséquence de son incendie en 1991, le pétrolier s'est retrouvé débarrassé de ses élements plastiques. Ne subsiste plus que le fer, un excellent substrat où peuvent s'épanouir les huîtres, les éponges et les moules.

Seule ombre au tableau, et pas des moindres : la présence aujourd'hui encore d'hydrocarbures, remontant de temps à autre à la surface, trente ans après la catastrophe. 

Au pays de l'or noir

On n'efface pas du jour au lendemain 144.000 tonnes de brut, contenues dans un million de barils : le chargement du Haven, lorsqu'il périt, le 11 avril 1991. 

Ce jour-là, le pétrolier chypriote mouille au large de Gênes, à un mille marin des côtes italiennes. Il prend feu lors d'un mauvais transfert de cuve, explose et se brise en trois parties, dont l'une coulera sur place. Le commandant du navire et cinq marins perdront la vie.

Antenne 2 y consacre un reportage le 13 avril, disponible ci-dessous :

De la côte, on voit les flammes lécher l'embarcation quatre jours durant, de gigantesques panaches de fumée noire obscurcissent l'horizon.

C'est la plus grosse catastrophe écologique de l'histoire de la Méditerranée, une mer fermée, qui se déroule sous les yeux impuissants des habitants.

SOS mer en péril

Les autorités italiennes décident de laisser brûler le pétrole en surface, afin qu'il disparaisse au maximum. Une nappe de 12.000 m de long sur 4.000 m de large n'en dérive pas moins vers l'Ouest, direction la Côte-d'Azur.

Les responsables français, dont un très jeune Jean-Yves Le Drian, alors secrétaire d'État à la Mer, détaillent leur plan de bataille dans cette archive d'Antenne 2, le 26 septembre 1991 : 

Joyau du Var, le parc national de Porc-Cros est atteint lui aussi par la marée noire.

Le 23 mai 1991, France 3 déplore dans un reportage "les outrages de la pollution", bien que celle-ci ait largement pu être endiguée, permettant aux côtes varoises de limiter la casse : 

Au total, 110 mètres de côte sont à l'époque nettoyées, les bénévoles ramassent écoeurés de petites boulettes de pétrole, échouées sur des plages paradisiaques. 

Selon le Cedre, une association bretonne proposant son expertise en matière de pollutions accidentelles des eaux, une centaine d'oiseaux sont englués, et l'on constate "une diminution de de 43 % des populations de poissons dans certaines zones de pêche".

Quant au poisson pêché dans le golfe de Gênes, "il était recommandé de ne pas en manger plus d'une fois par semaine", se souvient Jérôme Espla. Sans préciser s'il a lui-même goûté la marchandise. 

Belote et rebelote

Aujourd'hui, l'explosion du Haven est largement effacée des mémoires. On se souvient davantage du naufrage de l'Erika, le 12 décembre 1999, au large de la Bretagne.

Ou encore de cette collision entre deux navires, au large de la Corse, en octobre 2018, provoquant l'arrivée d'hydrocarbures sur la plage de Saint-Tropez

Mais ce que l'on sait encore moins, c'est que le Haven est le frère jumeau de l'Amoco Cadiz, un pétrolier s'étant échoué lui aussi, au Nord-Ouest du Finistère, le 16 mars 1978, occassionnant l'une des pires marées noires que la Terre ait jamais connues.

L'histoire se répète, au grand désespoir des bénévoles de la cause environnementale, travaillant sans cesse pour nettoyer nos plages. Jérôme Espla leur consacre un autre documentaire, Au nom de la mer, à voir lundi 26 avril à 22h50 sur France 3 Provence-Alpes-Côte-d'Azur. 

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