Meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon : pourquoi ce procès est très attendu par les policiers

Un jeune Vauclusien de 22 ans est jugé ce lundi par la cour d’Assises de Vaucluse pour le meurtre du brigadier Éric Masson, le 5 mai 2021, à proximité d'un point de deal à Avignon. Il est aussi poursuivi pour tentative de meurtre sur son coéquipier. Le procès doit durer deux semaines.

Eric Masson avait 36 ans, il était père de deux fillettes de 5 et 7 ans. Son meurtre lors d'un contrôle anti-stupéfiant le 5 mai 2021 à Avignon a ému la France entière. Hommage national, rassemblement populaire, cagnotte... La mort du brigadier avait aussi suscité une vive colère chez les forces de l'ordre. Le principal suspect, Ilias A., 19 ans au moment des faits, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Près de trois ans après le drame, son procès va se tenir du 19 février au 1ᵉʳ mars, devant la cour d'assises de Vaucluse.

France 3 Provence-Alpes vous explique pourquoi ce procès est très attendu par les policiers. 

Eric Masson a été abattu dans une intervention banale

Le 5 mai 2021, vers 18h30, un équipage du groupement départemental d'intervention (GDI) de retour d'une intervention à Carpentras, est redirigé pour une intervention de routine dans la vieille ville d'Avignon. Les policiers, habillés en civil, procèdent à un contrôle à proximité d'un point de deal, où ils ont vu une femme acheter du cannabis. Deux jeunes dealers viennent vers eux et leur demandent ce qu'ils font là. 

Alors qu'un policier s'avance, un des jeunes sort une arme de poing de sa sacoche et fait feu à bout portant, atteignant le brigadier Eric Masson de deux balles de 9 mm. L'une se loge dans la poitrine, l'autre dans l'abdomen, a expliqué le procureur de la République à l'époque des faits. Le policier décède sur place quelques minutes plus tard. Le tireur vise aussi le gardien de la paix Romain Reynes, sans l'atteindre, avant de prendre la fuite.

Le tireur présumé nie, son complice l'accuse

Quatre jours après le meurtre d'Eric Masson, deux jeunes de 19 et 20 ans, sont interpellés, sur l'autoroute A9, à une vingtaine de kilomètres d'Avignon, en direction de l'Espagne. Ilias A., nie les faits en bloc. Mais son comparse, Ayoub A., reconnaît sa présence sur les lieux du meurtre et désigne "son collègue" comme le tireur. Un troisième homme est jugé dans ce procès, pour avoir logé les fugitifs dans sa cave et les avoir aidés dans leur tentative de fuite.

Les deux suspects ont déjà été "condamnés plusieurs fois pour violences et infraction à la législation sur les stupéfiants", notamment par le tribunal pour enfants, indique à l'époque le procureur Philippe Guémas. 

Le jeune dealer savait-il qu’Eric Masson était policier quand il lui a tiré dessus ? La cliente toxicomane a déclaré que le brigadier tenait son brassard "police" à la main. Le binôme du policer affirme, quant à lui, avoir crié "Police" à deux reprises quand il a compris que le jeune allait sortir une arme.

Le parquet estime que le tireur savait, et il a retenu la circonstance aggravante de "meurtre et tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique". La peine encourue pour ces faits est de trente ans de réclusion criminelle à la perpétuité.

La profession reste traumatisée

"Ce procès aura un retentissement national et il va remuer à nouveau beaucoup d'émotion", selon Bruno Bartoccetti, délégué Unité SGP Police, qui sera à l'ouverture du procès lundi à 9 heures : "Nous attendons une peine sévère et exemplaire à la hauteur de la dignité de la famille" du brigadier.

Le dimanche suivant le meurtre, le 9 mai 2021, des milliers de personnes étaient venues se recueillir et déposer des fleurs devant l'hôtel de police d'Avignon. Le 11 mai, un hommage national avait été rendu à Eric Masson, décoré de la Légion d'honneur à titre posthume par le Premier ministre, Jean Castex. Le recueillement et l'émotion ont fait place à la colère, et trois ans après, elle n'est pas retombée. 

Pour les dealers, le policier n'est pas un représentant de la République, c'est un ennemi, un adversaire, et ils n'hésitent pas à tirer de sang-froid.

Bruno Bartocetti, Unité SGP Police

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"On se sent tous concernés, à tout moment, ça peut arriver à n'importe lequel d'entre nous, indique Bruno Bartocetti. Tous les jours, on se met en danger, cette année, on a battu les records, 15 000 policiers ont été blessés en service". Le syndicaliste marseillais rappelle que les policiers sont confrontés toutes les 20 minutes à des refus d'obtempérer, qui sont, pour lui, "des tentatives d'homicides"

"C'est un métier qui est difficile à porter pour la famille, les femmes, les maris, les enfants, ils sont psychologiquement touchés par ce qu'on vit au quotidien, mais on n'en parle pas", souligne le syndicaliste, qui espère qu'au procès, l'accusé reconnaîtra les faits et exprimera ses regrets aux proches du brigadier.