Saône-et-Loire : un colloque pour alerter sur l’avenir de la Saône face au changement climatique

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Écrit par Sophie Mercier

Face au changement climatique et à la multiplication des crues, quel avenir pour le fleuve de la Saône et ses habitants ? Pour répondre à cette question, près de 500 personnes ont assisté à un colloque ce jeudi 3 février à Fragnes-La Loyère, en Saône-et-Loire.

Des villages inondés, des champs dans l’eau avec des cultures qui pourrissent sur pied. Un scénario catastrophe de plus en plus fréquent pour les riverains des bords de Saône. Avec le changement climatique, les crues de la rivière sont de plus en plus fréquentes. De quoi soulever de nombreuses inquiétudes. Préparer l’avenir, c’est l’objectif de ce tout premier colloque « Ça Saône » qui s’est tenu ce jeudi 3 février à Fragnes-La Loyère, en Saône-et-Loire.

Organisé par le comité de rivière Saône, l’EPTB Saône & Doubs et l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, ce colloque a réuni près de 500 personnes en visio-conférence. Le but : réunir tous les acteurs de la Saône, pour éveiller les consciences.

"Aujourd’hui nous souhaitons sonner l’alerte, explique Marie Claire Bonnet-Vallet, présidente du comité rivière Saône. Parce que l’eau rassemble tous les enjeux majeurs du 21e siècle. On réunit tous les acteurs pour envisager de manière collective le devenir du Val de Saône et de cette rivière, en intégrant un phénomène majeur, qui est celui du dérèglement climatique. Chacun peut constater dans son quotidien cette alternance de phénomènes climatiques excessifs : des sécheresses et des crues intenses. La crue qui déborde on connaît ça très bien en Val de Saône, mais ce qui est complètement inédit, c’est de voir une crue au mois de juillet, comme l’année dernière." 

Une catastrophe économique

La Saône a en effet débordé en juillet 2021. Une crue inhabituelle en cette période de l’année. En temps normal, cette rivière ne sort de son lit qu’en hiver. Si les crues provoquent systématiquement de nombreux dégâts, celle-ci a été particulièrement désastreuse.


Selon l’établissement public territorial du bassin (EPTB), les dégâts sont estimés entre 30 et 100 millions d’euros. C’est le monde agricole qui a été le plus touché : sur le Val de Saône (Côte d’Or et Saône-et-Loire principalement) les cultures ont été fortement impactées. L’inondation des prairies a entraîné la perte de fourrage, des pâturages impraticables pour plusieurs semaines, des retards ou impossibilités de moissons… Plusieurs digues agricoles ont cédé.

Les principaux dégâts matériels (bâtiments, véhicules) ont été relevés sur la Seille, notamment à Louhans, où une digue amovible a cédé, coupant la ville en deux. De nombreuses installations touristiques (campings, piscines, restaurants) ont également été touchées. 

Ici, on avait plus de 2 mètres d’eau de hauteur. Les maïs étaient en floraison et on ne voyait plus que la fleur.

Hélène Doussot

Agricultrice

Une source d’angoisse

Pour les agriculteurs, les crues de la Saône sont devenues une source d’angoisse permanente.  Hélène Doussot est agricultrice sur la commune de Gergy. En juillet 2021, la moitié de ses terres ont été inondées. Une centaine d’hectares de maïs et de soja, engloutis sous les eaux. "Ici, on avait plus de 2 m d’eau de hauteur. Les maïs étaient en floraison et on ne voyait plus que la fleur. Ce sont des images qui nous ont choqués". 

La totalité de la récolte a été perdue. "La demande du milieu agricole, ce serait d’avoir des prévisions, même deux jours avant, pour pouvoir anticiper et retirer nos animaux à temps. Parce qu’évacuer des animaux apeurés dans l’eau, c’est dangereux"affirme-t-elle.

Le maire de la commune de Gergy, Philippe Fournier, a assisté au colloque. Comme de nombreux élus, il est fréquemment confronté à la détresse de ses administrés.  

" On entend beaucoup de cris d’alarme, de désespoir. Moi, je vois régulièrement des gens dont la maison est inondée trois fois dans l’année et c’est très compliqué." Malgré tout, il reste positif. "C’est un travail de très longue haleine, mais je suis assez confiant. Si tout le monde cherche ensemble des solutions, on va dans la bonne direction."

Développement territorial et protection des ressources naturelles 

Pour Marie-Claire Bonnet-Vallet, il faut trouver un équilibre entre développement territorial et protection des ressources naturelles.

"Les pluies sont indispensables, il faut que les nappes, qui sont notre ressource en eau potable, se rechargent. Les collectivités peuvent acheter d’anciennes peupleraies pour les transformer en prairies, qui vont permettre à la nappe de se recharger. Mais il faut apprendre à ne plus piloter avec les outils du passé, et donner à disposition des agriculteurs des outils de prévention des inondations, c’est fondamental."

Des solutions qui devront être trouvées et activées au plus vite, pour pouvoir agir sur la vie des habitants des bords de Saône, dans les 15 à 20 prochaines années.