TEMOIGNAGE. Aux urgences de l'hôpital de Moulins, "On arrive à la limite"

L’épidémie de grippe bat son plein depuis la fin du mois de janvier : une tension supplémentaire pour les urgences qui doivent déjà gérer le manque d'effectif. A Moulins, Thomas Dupuy, responsable d’un Pôle de médecine d’urgence, tire la sonnette d'alarme. 
Thomas Dupuy, médecin urgentiste et responsable d’un pôle de médecine d’urgence à l'hôpital de Moulins, alerte sur la situation. Photo d'illustration.
Thomas Dupuy, médecin urgentiste et responsable d’un pôle de médecine d’urgence à l'hôpital de Moulins, alerte sur la situation. Photo d'illustration. © ALAIN JULIEN / AFP
Les médecins urgentistes sont débordés, en plus du manque d'effectif récurrent, l'épidémie de grippe renforce la tension sur leurs services. "Depuis 15 jours, c'est atroce", témoigne Thomas Dupuy, médecin urgentiste et responsable d’un pôle de médecine d’urgence à l'hôpital de Moulins, épuisé. Il a décidé d'alerter sur la situation car "la population voit le temps d'attente aux urgences mais n'a pas forcément la visibilité sur le problème de fond".
 
Il estime que la situation est critique dans toutes les structures hospitalières d'Auvergne et encore plus à Moulins. "Mardi 12 février, on a dû garder aux urgences trois patients qui avaient besoin d'une surveillance continue car il n'y avait plus de lits disponibles dans le service de réanimation", regrette-t-il. 
 

"10 temps pleins pour 26 postes d'urgentistes"

A l'hôpital de Moulins, il y a envrion 100 passages aux urgences par jour, un chiffre qui augmente d'envrion 4% chaque année, indique-t-il. Le sous-effectif est criant : "Nous sommes 10 temps pleins pour 26 postes d'urgentistes", évalue le responsable de pôle de médecine d’urgence. Avec plus de 20 ans d'expérience dans le milieu hospitalier, Thomas Dupuy dit n'avoir "jamais vu ça".

La direction a mis plusieurs choses en place pour corriger la situation selon le médecin urgentiste. Au-delà du recours à l'intérim, "l'hôpital partage avec le CHU des assistants urgentistes, dans le cadre du Groupement hospitalier de territoire. Un volontariat a également été organisé pour permettre à des médecins de différents services d'assurer des soirées aux urgences", affirme-t-il. C'est entre 20 heures et minuit que le nombre de passages est le plus important.

"Ces solutions ont été suffisantes un temps mais là on arrive à la limite quantitative et qualitative", alerte le médecin urgentiste. Selon lui, le problème n'est pas tant que les patients sont mal orientés mais qu'ils ne sont pas orientés du tout, soit parce qu'ils n'ont pas le réflexe d'appeler le 15, soit parce qu'il n'y a pas d'alternative en médecine de ville.
 

Proposer une alternative en médecine de ville

Sur ce point, Thomas Dupuy demande la création d'une plateforme SAMU-Santé qui associerait "la régulation du SAMU avec le COGERT (coordination gériatrique), le service de psychiatrie et une assitante sociale et qui recevrait les appels en étant aussi capable d'organiser d'autres parcours de soins". Chaque année, le SAMU voit une augmentation du nombre de dossiers régulés de 8%, selon ce dernier. Le médecin urgentiste considère en outre qu'un vrai relais doit être établi avec la médecine de ville mais regrette que le plan Ma santé 2022, présenté en Conseil des ministres mercredi 13 février, ne propose que des "mesures incitatives". 

"L'avenir", pour ce dernier, c'est aussi la présence de médecins généralistes aux urgences afin de pouvoir orienter les patients au sein-même de l'hôpital. Le numerus clausus, qui limite le nombre de nouveaux médecins admis à exercer chaque année, devrait être supprimé avec la loi Santé afin de permettre à plus de médecins d'être formés. Mais la situation est urgente et les médecins actuels ne peuvent pas se permettre d'attendre la relève.
 



 
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