60 ans du PGHM de l’Isère : ces interventions en montagne qui ont particulièrement marqué les secouristes

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Écrit par Joane Mériot
Un sauvetage au sommet de la dent de Crolles en 2015
Un sauvetage au sommet de la dent de Crolles en 2015 © PGHM 38

A l’occasion des 60 ans du peloton de gendarmerie de haute-montagne de l’Isère, Patrick Poirot, chef d’escadron et commandant de ce peloton revient sur les interventions qui ont le plus marqué ses secouristes. Retour sur six décennies de secours dans les montagnes iséroises.

Depuis six décennies maintenant, ils veillent sur les sommets de l'Isère. Ils sont prêts à intervenir, 7 jours sur 7, pour des missions de sauvetage dans les endroits les plus inaccessibles. Le peloton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM) du Versoud, en Isère, célèbre en octobre 2021 son soixantième anniversaire. Une unité de secours au service de tous, alpinistes, randonneurs, promeneurs mais aussi skieurs. Elle intervient en haute-montagne et connaît le bonheur de sauver des vies mais aussi le deuil.

"Une intervention marquante pour un secouriste ne sera pas forcément marquante pour un autre secouriste, cela dépend de la place qu’on a à ce moment-là, du rôle qu’on joue dans l’intervention, si on est proche de la famille de la victime ou non. C’est propre à chacun ", explique Patrick Poirot, chef d’escadron et commandant du PGHM de l’Isère. D’ailleurs, son récit, il le commence en évoquant les interventions qui ont marqué ses équipes non pas parce qu’elles étaient difficiles sur la plan physique, mais parce qu’elles étaient compliquées sur le plan affectif.

La dernière qui l'a particulièrement marqué, c'était en janvier 2020. Le PGHM est appelé très tôt le matin pour une avalanche au Grand Colon dans le massif de Belledonne. Patrick Poirot supervise la cellule de crise, les victimes sont deux militaires. "L'opération a duré toute la journée, les militaires ont été découverts en fin de journée. Les conditions étaient très difficiles ce jour-là et on avait en tête qu'il fallait se dépêcher parce que l'une des deux victimes était encore en vie. On a réussi à le sauver mais malheureusement il a perdu la vie quelques jours plus tard à l'hôpital. C’était très difficile pour nous, parce que les deux victimes étaient deux militaires, donc des collègues et les familles des victimes nous ont suivies tout au long des opérations. L’affectif avait une place très importante dans cette opération."

 

Un milieu hostile et dangereux

"D’autres opérations ont été très difficiles pour nous parce qu’elles ont directement touché la famille des secouristes. Les interventions difficiles sont celles où l’on perd nos collègues, ajoute le chef d’escadron, c’est rare mais le risque existe et il faut le souligner."

 

La première fois où le PGHM de l’Isère est touché par la mort de secouristes, c'est en décembre 1989. "Nous sommes appelés pour nous rendre au col de la temple dans le massif des Ecrins. Il y a eu une avalanche importante et une cordée d’alpinistes espagnols est ensevelie sous la neige. Les conditions sont très difficiles, le temps vraiment mauvais, raconte le chef d’escardon, une sur-avalanche est arrivée et a emporté deux de nos secouristes."

Aujourd’hui les noms de ces secouristes, on ne les oublie pas, André Chatain et François Albert, parce qu'ils ont sauvé des vies au péril de la leur.

Patrick Poirot, chef d'escadron et commandant PGHM

Cinq ans plus tard, en 1994, un autre secouriste perd la vie lors d’une intervention. « Ça s’est passé dans le massif des Ecrins. Nous intervenons pour extraire de la montagne des alpinistes et au moment de cette opération une des victimes a accroché un de nos secouristes au sommet de la montagne, Pierre Nicollet, et ça l’a projeté dans le vide, il en est mort. C’est un accident dramatique, mais ça nous rappelle que même sur des opérations « classiques » il peut y avoir un risque."

Le chef d’escadron terminera ce récit en évoquant, le terrible crash de l’hélicoptère de la sécurité civile qui a eu lieu mi-septembre et qui a coûté la vie à Pierre-François, un mécanicien de la Sécurité civile de 42 ans. "Aujourd'hui, nous travaillons beaucoup avec la sécurité civile, ils font partie intégrante des secours en montagne, nous sommes la même famille."

 

Les opérations les plus longues 

Et puis il y a ces interventions qui restent des prouesses parce qu’elles sont compliquées physiquement. La plus longue de ces intervention date de 1967. " L'opération de secours a duré près de 32 heures. Nous devions porter secours à un alpiniste blessé dans la face nord de l’Olan dans le massif des Ecrins. Cette opération s’est faite par voie terrestre car nous n’avions pas d’hélicoptère à l'époque et le lieu était difficilement accessible. Dix secouristes sont montés lourdement chargés pour rapatrier cet alpiniste, qui finalement a eu la vie sauve."

 

 

Aujourd'hui le PGHM de l'Isère possède un hélicoptère pour intervenir plus rapidement sur les opérations de secours. Mais celui-ci reste immobilisé quand les conditions météorologiques sont mauvaises. "Des mauvaises conditions, explique le commandant, c'est quand il n'y a aucune visibilité, du brouillard ou des chutes de neige importantes."

"Même si nous avons plus de moyens, il nous arrive encore d'intervenir à pied et de faire face à des longues opérations. En septembre 2018, une dizaine de secouristes sont intervenus par voie terrestre pour sauver un alpiniste qui avait chuté au sommet du mont Aiguille.

 

Les conditions météorologiques sont mauvaises et ne permettent pas de faire décoller l’hélicoptère, il y a beaucoup de brouillard et des chutes de neige importantes, au total l’opération dure près de 20 heures. Avec l'hélicoptère cela aurait duré 1h30 à peine.

Patrick Poirot, chef d'escadron et commandant PGHM

Aujourd’hui 96% des interventions du PGHM se font en hélicoptère, 4% se font par voie terrestre quand les moyens aériens sont bloqués au sol.

 

Sur le pont été comme hiver

Mais le PGHM intervient également en période estivale. La dernière grosse opération dont se souvient le commandant a eu lieu en juillet 2019 et a duré près de 72 heures. "C’était au gouffre Berger dans le massif du Vercors, un spéléologue de 21 ans a disparu à plus de 600 mètres de profondeur. Pour cette opération, on a fait appel à plus de 100 secouristes et des renforts venus du Rhône, de la Côte-d’Or et du Jura. Au final le jeune de 21 ans est retrouvé avec juste une entorse à la cheville, mais il est resté bloqué deux jours dans le gouffre. Tout ça pour dire qu'été comme hiver, nous intervenons dans des endroits périlleux et dangereux en mettant à chaque fois la vie des secouristes en danger.

Depuis sa création en 1961, le PGHM de l’Isère est intervenu près de 12.000 fois en montagne et a porté secours à près de 13.000 personnes. Samedi 9 octobre, pour célébrer les 60 ans du PGHM de l'Isère, une cérémonie est organisée au chateau du Touvet, des photos des interventions marquantes seront également exposées. 

 

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