Entre deux: "des années 30 jusqu'aux années 50, les Arméniens étaient vus comme des indésirables" (B.Adjemian,historien)

"Les petites Arménies de la vallée du Rhône" retrace l'histoire et la mémoire de ces milliers d'Arméniens venus s'installer dans la région. Un ouvrage de référence édité dans un contexte très tendu, entre les communautés turques et arméniennes autour de Lyon. Des tensions "qui font peur".
Boris Adjémian, historien, l'auteur du livre "Les petites Arménies de la vallée du Rhône"
Boris Adjémian, historien, l'auteur du livre "Les petites Arménies de la vallée du Rhône"
"Les petites Arménies sont le fruit d'une longue histoire d'immigration et du temps qui a été passé par les immigrants et leurs descendants dans les lieux où ils se sont installés, où ils ont fait souche, où ils se sont enracinés. C'est donc un phénomène de construction de territoire qu'on retrouve dans toutes les diasporas et en particulier dans la diaspora arménienne".

Boris Adjémian est un historien installé à Romans-sur-Isère, dans la Drôme. Il vient de publier un ouvrage de référence retraçant l'histoire de ces immigrations dans la Vallée du Rhône, où plus de 100 000 habitants seraient d'origine arménienne.

Parmi les villes accueillant une forte communauté d'Arméniens, on pense souvent à Valence ou Décines, près de Lyon, "Valence est la seule ville de France où j'entends parler Arménien au moins une fois par jour! "mais elles ne sont pas les seules: Romans-sur-Isère, Saint Chamond, Vienne, Saint-Martin-d'Hère ou Grenoble, ainsi que quelques communes d'Ardèche...

Pourquoi la vallée du Rhône ?


"C'était un bassin d'emploi important, industriel, pour des gens qui venaient de tous autres horizons professionnels mais qui sont devenus ouvriers à partir des années 20 quand ils sont arrivés en France, et puis, par la suite, d'autres plus tard, sont venus se fixer dans des zones où il y avait déjà des Arméniens, des parents, où ils savaient qu'ils allaient retrouver une vie sociale arménienne parce qu'il existait ces petites Arménies".
Le génocide arménien, reconnu par la France en 2001 est lui aussi un ciment de la communauté arménienne "ça a beaucoup joué dans cette envie de se retrouver".

Une violence exacerbée contre les Arméniens


Mardi 10 novembre, un cessez-le-feu a été signé dans la province du Haut-Karabakh après des semaines de conflit et des milliers de morts… Un conflit dans le Caucase qui semble avoir eu des répercussions jusque dans la région. Il a été source de vives tensions dans la région lyonnaise. A la clef : des expéditions punitivesdes échauffourées, des tags contre la communauté arménienne et autres profanation de monuments.

quelque chose de très triste et très préoccupant

Cette forte communauté arménienne est depuis plusieurs semaines confrontée à des actes particulièrement violents à son encontre par de la part de certains membres extrêmistes de la communauté turque, Boris Adjémian vit cela "comme quelquechose de très triste et très préoccupant. Des profanations de monument au génocide arménien, ce n'est pas la première fois qu'on en voit. Mais malgré tout. on avait l'impression qu'en France la mémoire du génocide arménien avait fait énormément de progrès ces dernières années. Néanmoins, les tentatives d'intimidation, les démonstrations de force qu'on a vu dans certaines rues derniérement de la part d'extrémistes Turcs sont des phénomènes nouveaux, directement liés à ce qui se passe dans le Caucase. Ça nous fait peur mais cela doit également beaucoup interroger les Français dans leur ensemble."

C'est une défaite, c'est très clair

Ce cessez le feu est pour l'historien "sans doute une décision de raison, le mieux aurait été qu'il n'y ait jamais de guerre mais l'Arménie n'a fait que se défendre face à une agression et des forces disproportionnées. Je pense que si le 1er Ministre a signé cet accord c'est qu'il n'avait pas d'autre choix. C'est une défaite, c'est très clair, c'est une défaite qui aura de très lourdes conséquences en Arménie. Néanmoins c'était soit ça, soit tout perdre et continuer à envoyer des gens à se faire tuer."

"Les petites Arménies de la vallée du Rhône" est disponible à  la vente depuis le mois d'octobre, "il s'adresse à un public large et varié. Les gens qui sont en France d'origine arménienne peuvent y retrouver une partie de leur histoire et de leurs racines. Sur l'immigration arménienne en France, je crois qu'il n'y avait jamais eu de livre ausi beau ! mais d'une manière générale on a fait preuve de pédagogie avec l'éditeur en faisant en sorte que les non connaisseurs de cette histoire puissent eux aussi le lire sans être rebutés par un aspect trop technique."
 

Qui ne connaît pas un Arménien qui est sympa ?

Souvent présentée comme une immigration modèle, une intégration remarquable, les Arméniens n'ont pourtant pas toujours été les bienvenus: "Par le passé on ne parlait pas des Arméniens comme ça, et si aujourd'hui on en parle dans ces termes c'est toujours avec une arrière pensée : faire allusion à d'autres immigrations sur lesquelles on a des regards plus négatifs. Il faut se rappeler que dans les années 30 jusqu'aux années 50 les Arméniens étaient vus comme des indésirables, il ne faut pas l'oublier."
 
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