Réactions au projet de François Hollande sur la moralisation de la vie publique

La déclaration de François Hollande au projet de moralisation de la vie publique a suscité des réactions / © FTV
La déclaration de François Hollande au projet de moralisation de la vie publique a suscité des réactions / © FTV

A la suite du conseil des ministres ce mercredi 10 avril, François Hollande a exposé les grandes lignes du projet de moralisation de la vie publique, ainsi qu'une fin de non recevoir aux ministres de son gouvernement qui ont souhaité une inflexion dans sa politique de "sérieux budgétaire".

Par F.L. (avec AFP)

Moralisation de la vie publique
Le président a présenté son projet avec la création d'une Haute autorité chargée de contrôler le patrimoine des ministres, d'un "parquet financier" et une "mobilisation" contre les paradis fiscaux.
"Totalement indépendante", la Haute autorité contrôlera les déclarations de patrimoine et d'intérêts des ministres, parlementaires, grands élus et hauts responsables de l'administration, a-t-il annoncé lors d'une conférence de presse au ton exceptionnellement ferme, solennel et même dramatique.

En réponse à ces déclarations, François Sauvadet, président du Conseil Général de Côte-d'Or (UDI) a réagi à ces déclarations par un communiqué. Il a déclaré :
"François HOLLANDE vient d’annoncer un ensemble de mesures visant à créer le « choc de moralisation » qu’il appelle de ses voeux.
Je m’étonne tout d’abord de la multiplication des « chocs » de la part d’un Président qui désirait apaiser le pays. Pourtant, le seul choc dont le pays ait réellement besoin, le choc de croissance, celui-ci semble repoussé, oublié. Je m’étonne de la réaction précipitée du Président. Cette urgence conduit à des approximations. L’inéligibilité prononcée à l’égard d’un élu fraudeur ne serait plus que « temporaire, voire définitive ». Ce qui s’apparente à un recul qui risque d’alimenter encore la défiance des Français.
Je m’étonne que le Président présente comme une innovation la lutte contre les paradis fiscaux engagée par Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat.
Je m’étonne enfin que le Président de la République imagine que la publication du patrimoine des élus de la République soit la solution à la crise politique que nous traversons. Jeter en pâture la vie privée des élus et de leurs familles, c’est prendre un risque qui ne réglera pas le problème de fond : celui du contrôle et des sanctions. Elle constitue probablement la pire des solutions.
Le fond de la question posée, c’est de savoir comment l’Etat a pu ignorer qu’un élu, Ministre du Budget, détenait un compte en Suisse ouvert il y a plus de 20 ans. Et cette question n’a toujours pas de réponse aujourd’hui. C’est tout l’enjeu de la commission d’enquête parlementaire que nous avons demandée avec le groupe UDI à l’Assemblée nationale."



Sérieux budgétaire
Le Président de la République a aussi adressé une fin de non recevoir aux ministres de son gouvernement qui ont souhaité une inflexion dans sa politique
de "sérieux budgétaire" : "Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique conduite"

Par exemple, Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif, a déclaré dans un entretien au journal Le Monde que "le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d'ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l'Union européenne à la débâcle."
"La politique d'austérité imposée par l'Europe est-elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples", observe Arnaud Montebourg. Avant d'appeler, cinglant, à une remise en cause des directions prises par Bruxelles : "S'il y a une crise de régime, c'est au niveau de l'Union européenne, où il n'y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d'austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive."

Le député PS Thomas Thévenoud a jugé "pas inutile que des voix s'élèvent pour dire que le sérieux n'est pas l'austérité" budgétaire, en référence
aux déclarations d'Arnaud Montebourg, dans un communiqué.
Convaincu que le ministre du Redressement productif "Arnaud Montebourg a eu raison de placer le débat budgétaire (...) au niveau européen", ce membre de la commission des Finances considère que "les politiques d'austérité imposées par la droite allemande aux autres pays européens ne peuvent servir de remèdes à la crise" car "elles ne sont pas acceptées par nos concitoyens" et sont "remises en cause par la plupart des économistes".
"L'Europe est un combat et ce n'est pas parce que Madame Thatcher est décédée que le libéralisme financier est mort en Europe", lance cet élu de Saône-et-Loire, co-animateur du groupe de travail sur la TVA au sein des députés PS.
S'il affirme que "la réorientation de la politique européenne que porte François Hollande est engagée", M. Thévenoud estime que le changement
"doit s'amplifier", avec "une urgence que mettent en lumière le cas de Chypre et l'affaire Cahuzac: la lutte contre l'existence au coeur de l'Europe de paradis fiscaux".
"Avant les élections européennes de 2014, les élections allemandes de l'automne seront un rendez-vous démocratique important pour pousser la réorientation de la politique européenne (...) Il n'est pas inutile que des voix s'élèvent aujourd'hui pour dire que le sérieux n'est pas l'austérité", conclut-il.



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