Procès de Rudy Kurniawan à New-York: «c’est une affaire de cupidité»

Menteur âpre au gain ou bouc émissaire? Accusation et défense se sont affrontées hier, lundi 9 décembre, au premier jour du  procès à New York de Rudy
Kurniawan, le faussaire des grands crus.

L’accusation

"C'est une affaire de cupidité", a affirmé d'entrée de jeu le procureur Jason Hernandez. "Pendant des années, Rudy Kurniawan a gagné des
millions de dollars avec ce qu'il affirmait être des vins très anciens, très spéciaux, faits par des viticulteurs français très spéciaux",
poursuit le procureur alors que Kurniawan, costume gris impeccable et visage poupin caché derrière de grosses lunettes, visiblement amaigri, écoutait immobile. Mais ces vins étaient "fabriqués dans sa cuisine, en banlieue de Los Angeles", a asséné le procureur.

Sa générosité faisait partie de l'escroquerie



Le procureur a ensuite raconté comment l'accusé, adulé pendant des années comme l'un des meilleurs experts en grands crus anciens, avait fabriqué un "laboratoire de contrefaçon de vins" dans sa maison, bloquant même une fenêtre de sa cuisine pour qu'on ne voit pas ce qu'il faisait.

"Sa générosité faisait partie de l'escroquerie", a ajouté le procureur. Pour gagner la confiance de ses victimes, dans un monde où les collectionneurs n'hésitent pas à payer des dizaines de milliers de dollars pour un grand cru rarissime, il leur faisait déguster de vrais grands crus, dépensant sans compter. Il dépeint l’accusé comme étant un jeune homme qui avait une "soif inextinguible" pour les belles voitures et autres biens de luxe, et qui « mentait pour obtenir des prêts », dont un de 3 millions de dollars en 2008.

La défense


L'avocat de la défense, Jerome Mooney, a invité les 12 jurés à attendre d'avoir une image complète de Kurniawan avant de se faire une idée.

"Rudy est un jeune homme d'origine chinoise, né en Indonésie. Il y a grandi comme un paria, est venu aux Etats-Unis pour son éducation, a rencontré le monde des grands vins".

Il voulait trouver sa place


"Rudy avait un très bon palais", a-t-il expliqué, "il pouvait vraiment distinguer et apprécier les différences entre les vins".  "Et il voulait trouver sa place", a ajouté l'avocat, racontant comment le jeune homme invitait experts et collectionneurs richissimes à dîner et à déguster d'excellents vins, en payant la note. Il était rapidement devenu "l'acheteur de vins le plus prolifique" des Etats-Unis, a-t-il ajouté.

La question des complicités éventuelles de Kurniawan ne pourra pas être éludée. "Dans le marché du vin, il y a beaucoup de contrefaçons et ça continue", a souligné l'avocat de l'accusé, estimant que celui-ci était "accusé de tout", alors que cet univers est "un château de cartes".

Kurniawan, qui a plaidé non coupable, estime être "devenu le bouc émissaire", a également déclaré lundi le juge Richard Berman.

Les grands domaines de Bourgogne seront entendus au procès


Laurent Ponsot, propriétaire du domaine Ponsot doit témoigner au procès. C’est lors d’une vente de faux crus de son domaine, en 2006, que le doute commence à pointer sur les activités de Kurniawan. L’une des bouteilles mise aux enchères était datée de 1929 alors que le domaine n’avait commencé sa mise en bouteille qu’en 1934.

Deux autres représentants de grands domaines français de Bourgogne témoigneront à la barre : Christophe Roumier et Aubert de Villaine.