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Comment la crise du volontariat a révélé “un problème managérial” chez les pompiers

80 nouveaux engagés ont intégré le corps des sapeurs-pompiers de Côte-d'Or en septembre 2014
80 nouveaux engagés ont intégré le corps des sapeurs-pompiers de Côte-d'Or en septembre 2014

Les pompiers ont perdu 15 000 volontaires depuis dix ans. Marc Riedel, sociologue, a travaillé avec les pompiers de Saône-et-Loire pour les aider à recruter. Pour lui, cette crise est révélatrice d'un "problème organisationnel et managérial".

Par Propos recueillis par Stéphane Jourdain (AFP)

Avant, c'était très facile de trouver des volontaires. Il n'y avait pas toutes les contraintes actuelles


Les pompiers sont réunis du 1er au 4 octobre 2014 pour leur 121e congrès national à Avignon.
A cette occasion, vingt-cinq soldats du feu de Saône-et-Loire ont d’ailleurs parcouru les 500 km qui séparent Mâcon d'Avignon en vélo.
Marc Riedel, sociologue, a été invité par le colonel Michel Marlot, chef du SDIS 71, à se pencher sur l'organisation du Service départemental d’incendie et de secours. Au final, cette étude (menée dans le cadre de sa thèse de doctorat) a conduit à modifier l'organisation du service.



Comment expliquer la crise du volontariat ? Les Français sont-ils de plus en plus égoïstes?

"Le premier réflexe est de pointer l'individualisme grandissant de la société. Moi je n'y crois pas. Je vois toujours des gens qui s'entraident. Ils sont peut-être moins idéalistes qu'avant, mais ils veulent toujours donner, à des voisins ou à un proche. Le problème n'est pas là. La crise du volontariat révèle un problème organisationnel et managérial chez les pompiers.

Et c'est une bonne nouvelle, car si nous n'avons pas de prise sur la société, nous en avons une sur nos casernes. Avant, c'était très facile de trouver des volontaires. Il n'y avait pas toutes les contraintes actuelles, au niveau du travail, des familles recomposées, de la société. Les gens allaient et venaient, ils étaient remplacés, mais on n'avait pas de mal à en recruter de nouveaux. Les méthodes managériales qui étaient efficaces hier ne le sont plus aujourd'hui".


Concrètement, qu'avez-vous fait entre 2006 à 2011 pour aider les pompiers de Saône-et-Loire à recruter des volontaires?

"Comme toute administration, l'administration des pompiers produit de la règle, de la stabilité, de la rigidité. Or, il faut de la souplesse, il faut pouvoir s'adapter. Nous avons eu recours à des techniques de porte-à-porte et de management de proximité, au contact des personnes, sur le terrain.

On a appris à faire du sur-mesure. Par exemple, pour un père de famille seul, on recule son astreinte d'une heure pour qu'il puisse aller chercher ses enfants. On s'arrange (...). On a aussi recruté des gens de 50 ans, ce qui ne se faisait pas. Mais à 50 ans, si quelqu'un passe les tests physiques, c'est qu'il est apte (...).

Pendant cinq ans, l'encadrement a suivi une formation managériale continue. On leur a appris à faire du management de proximité, en dehors des règles (...) Par ailleurs, le monde des sapeurs-pompiers est très fermé, très soudé. C'est efficace en opération, mais en dehors, ça veut dire que le groupe est beaucoup plus difficile à intégrer. On a fait en sorte que les casernes s'ouvrent aux gens".

Les pompiers sont des hommes ordinaires qui font des choses extraordinaires


C'est donc aussi un problème de communication?

"Les gens ne connaissent pas bien le métier. Ils voient des beaux camions et ils pensent que tous les pompiers qui sont à l'intérieur sont des pros, alors que 80% sont volontaires.
On note aussi l'empreinte des reportages télé sur les pompiers de Paris et leurs exercices très exigeants ou sur les groupes d'élite qui interviennent sur la tour Eiffel. Le message qui passe de facto, c'est grosso modo : "pompiers, ça ne peut pas être vous". Les gens pensent qu'il faut être Steve McQueen dans la Tour infernale.

Mais les pompiers, dans la réalité, ce sont surtout des volontaires, civils, à qui on demande d'intervenir très vite, souvent chez un voisin, pour faire un massage cardiaque. Et pour ça, pas besoin de soulever 150 kg en développé-couché. Il y a des critères physiques, il ne s'agit pas recruter au rabais. Mais nous, nous avons pris le contre-pied en expliquant que les pompiers sont des hommes ordinaires qui font des choses extraordinaires".

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