Quelles sont les conséquences des expulsions locatives qui reprennent mercredi 1er avril ?

Des milliers de familles replongent dans l’angoisse, car elles pourront de nouveau être expulsées de leur domicile à partir du mercredi 1er avril, date de la fin de la trêve hivernale.

Par avec AFP


C’est quoi la trêve hivernale ?

La trêve hivernale des expulsions a été obtenue par l'Abbé Pierre après l'hiver 1954. Elle débute le 1er novembre. Pendant tout l'hiver, elle a protégé les plus démunis, empêchant l'intervention de la force publique jusqu'au 31 mars à minuit.
Maintenant, "des milliers de personnes" vont se retrouver à la rue, disent les associations, car au même moment, les 8 000 places d'hébergement d'urgence ouvertes durant l'hiver pour les sans-abri vont progressivement fermer.

Samedi, des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs villes contre cette situation. "On n'a jamais connu autant de jugements d'expulsion, ni autant de personnes sans abri", dit Jean-Baptiste Eyraud de l'association Droit au logement. 126 000 jugements d'expulsion ont été rendus en 2013, et 140.000 SDF recensés.



Peut-on prévenir les expulsions ?

"Il n'y a pas de volonté politique de prévention des expulsions", regrette Benoit Fillippi, du Réseau Stop aux expulsions (Résel). Il rappelle que selon une circulaire de 2012, les préfets doivent informer les personnes menacées d'expulsion qu'elles peuvent recourir au droit au logement opposable (dalo), qui oblige l'Etat à trouver un logement social aux familles en difficulté.

La Fondation Abbé Pierre souligne que sur l'ensemble des jugements d'expulsion, 12 760 ont abouti à une expulsion par la force publique, sans compter "les dizaines de milliers de familles" qui anticipent l'intervention policière et quittent leur logement d'elles-mêmes, en catimini ou sous la pression des propriétaires.

Quelles sont les conséquences sociales des expulsions ?

"Les expulsions c'est un drame humain", insiste Jean-Marie Bonnemayre, du Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal). De plus, avec les conséquences sociales et psychologiques (placement des enfants, etc.), cela coûte plus cher à l'Etat d'expulser que de maintenir une famille dans son logement, assure-t-il.



Certaines familles se retrouvent à devoir solliciter le 115, numéro d'urgence pour SDF, déjà saturé. Et la situation risque d'empirer avec la fermeture des centres qui hébergeaient les sans-abri au coeur de l'hiver.

Malgré la création de 2 000 places supplémentaires pérennes annoncées par la ministre du Logement Sylvia Pinel, "l'angoisse pour les sans-abri perdure", déplorent plusieurs associations, en réclamant "la mobilisation en urgence  des immeubles et locaux vides".



De son côté, la Chambre nationale des huissiers de justice recommande aux locataires défaillants "de se rapprocher le plus en amont possible de l'huissier" qui peut, dit-elle, aménager la dette, solliciter des aides, intervenir dans des démarches de relogement. Une adresse hotline trêve hivernale est mise en place jusqu'au 30 avril 2015.

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