Abus sexuels dans l'Eglise : "nous allons réfléchir à la mise en place d'un geste financier" pour les victimes

Deux évêques bourguignons se montrent ouverts au dédommagement financier de certaines victimes d'abus sexuels par des prêtres. 

© Eric Debief - France Télévisions

A partir du 22 février, et jusqu'au 24, les évêques de France tiennent une assemblée exceptionnelle sur la question de la responsabilité de l'Eglise dans les nombreux cas d'abus sexuels commis par des dignitaires de l'Eglise. "Les victimes souhaitent que l'on reconnaisse la responsabilité collective de l'Eglise et pas seulement celle, individuelle, des prêtres fautifs", explique Mgr Hervé Giraud, évêque du diocèse de Sens-Auxerre et membre de la CEF. Il assistera à cette assemblée, en visioconférence, comme tous les évêques de France.

Les vcitimes pas assez écoutées dans le passé

Quelles que soient les réponses apportées à la question de la responsabilité de l'Eglise, Mgr Giraud reconnait que la façon dont ont été traités les cas d'abus sexuels dans le passé n'a plus lieu d'être : "la culture systémique des années 1970-80, qui consistaient à muter un prêtre lorsque celui-ci avait commis une faute, ne peut plus continuer. Nous avons trop laissé les victimes de côté".

Mgr Benoit Rivière, évêque d'Autun, juge, lui, que "les abus sexuels sont des atteintes gravissimes à la dignité des personnes. Ils ont été commis dans un contexte où la société entière ignorait ou méconnaissait ces actes".

La culture systémique des années 1970-80, qui consistaient à muter un prêtre lorsque celui-ci avait commis une faute, ne peut plus continuer. Nous avons trop laissé les victimes de côté. 

Hervé Giraud, évêque du diocèse de Sens-Auxerre.

Les deux évêques bourguignons estiment que les victimes n'ont pas été assez écoutées. Dans leur diocèse, comme dans la plupart des diocèses de France, une cellule d'écoute a été créée pour entendre la parole des victimes et pour avant tout la libérer. "Le but c'est de donner une suite judiciaire dans les cas qui le nécessite", estime Mgr Giraud. "On entend souvent «plus jamais ça». Nous savons bien que ce genre d'actes va encore se produire mais nous avons le devoir de libérer la parole car il y a encore des personnes qui n'osent pas parler".

Vers la prise en charge financière d'une psychothérapie pour les victimes qui le souhaitent ?

Ces trois jours d'assemblée sont essentiellement théoriques et abordent le sujet de la responsabilité sur un plan théologique et philosophique. Ils devraient néanmoins aider à la prise de décisions qui aura lieu en mars, lors de l'assemblée plénière de la CEF à Lourdes. Celles-ci devraient être plus concrètes.

Par exemple, Mgr Giraud, laisse la porte ouverte à une mesure financière pour aider les victimes d'abus sexuels par un prêtre ou une personne d'autorité dans l'Eglise : "nous allons réfléchir à la mise en place d'un geste financier comme celui de leur payer une psychothérapie".

"Surtout quand un procès ne peut pas se tenir en raison de la prescription des faits ou de la mort de l'agresseur, ma position personnelle est de penser que l'Eglise peut aider financièrement les victimes dans leur reconstruction. Mais cela doit être étudié au cas par cas, l'aide financière ne doit pas être automatique", réfléchit à haute voix Mgr Rivière, évêque d'Autun.

Mgr Rivière estime à "six ou sept" le nombre de cas "avérés" d'abus sexuels depuis les années 1950 dans son diocèse. Selon un rapport de la CEF sur la lutte contre la pédocriminalité dans l'Eglise, sortie en novembre 2020, 763 victimes se sont manifestées auprès des évêques pour rapporter des faits d'abus sexuels. 

La Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (C.I.A.S.E.) devrait rendre un rapport prochainement pour faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique depuis 1950.

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