Dijon, douzième étape de la commission d'enquête sur les abus sexuels dans l'église catholique

Les victimes d'abus sexuels au sein de l'église catholique depuis les années 1950, sont appelés à témoigner dans le cadre d'une vaste enquête menée en France, par une commission indépendante composée d'experts. Une réunion d'information et d'échanges a lieu à Dijon mardi 29 septembre.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église est chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs commis par des clercs et des religieux en France, et de donner un avis et des préconisations par rapport aux mesures de prévention qui ont été prises.
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église est chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs commis par des clercs et des religieux en France, et de donner un avis et des préconisations par rapport aux mesures de prévention qui ont été prises. © pixabay
Créée  en novembre 2018, à la demande de la Conférence des évêques de France, en partenariat avec la Conférence des religieux et religieuses de France, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) est chargée de faire un état des lieux le plus complet possible. Au terme de ses travaux, prévus pour durer 18 mois à deux ans, elle devra rendre un rapport à l'église catholique, qui sera public et auquel tout le monde pourra avoir accès. 

La commission est composée de 22 membres, hommes et femmes, choisis pour leur expertises dans des domaines aussi variés que le droit (pénal, canonique, protection de l'enfance), la psychiatrie, la psychanalyse, la médecine, mais aussi l'éducation, le travail social, l'histoire, la sociologie, la théologie. Toutes les confessions religieuses sont représentées, pratiquants, non-pratiquants, mais aussi des agnostiques et des athées.  
 

Un vaste tour de France pour recueillir des témoignages

La commission, présidée par Jean-Marc Sauvé, vice président honoraire du Conseil d'Etat, a commencé son périple par Lille en novembre 2019, puis Bordeaux,Strabourg, Nantes, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Fort-de-France (Martinique), Toulouse, Orléans, Rennes. Le confinement et la crise sanitaire ont interrompu ses déplacements.

L'itinérance a repris en Septembre : Rouen, Lyon, Dijon, puis Aix-en-Provence et Bastia. La participation à ces réunions peut se faire en présentiel ou à distance via l'application Zoom : https://us02web.zoom.us/j/83521066750

Chaque réunion a jusqu'à présent, réuni entre cent et cent cinquante personnes. La commission se présente pendant une vingtaine de minutes avant un échange avec la salle et la prise de parole des personnes qui souhaitent témoigner publiquement. 

"Ce sont des réunions qui sont souvent très émouvantes et très poignantes" dit Jean-Marc Sauvé, très touché par ce qu'il entend.

Des extraits de réunions ont été diffusés en juillet, dans l'émission "Le Jour du Seigneur". Les victimes qui témoignaient ont été filmées de dos. "J'étais à ces réunions, je les ai vécues, dit-il, mais c'est un nouveau choc de revoir ces personnes qui ont aujourd'hui 50, 60 ans et qui racontent à quel point leur vie ont été brisées par ce qui leur est arrivé".

Il est également possible de témoigner :
• par téléphone au 01 80 52 33 55
• par mail : victimes@ciase.fr
• par courrier : Service CIASE – BP 30132 – 75525 Paris cedex 11

Les personnes qui prennent contact pour témoigner sont orientées, si elles en ont besoin, vers des associations d'aide aux victimes. Elles peuvent bénéficier d'un accompagnement ou d'un soutien psychologique ou juridique, médical aussi.


Briser l'omerta

Jean-Marc Sauvé, salue le travail fait par les associations de victimes, ainsi que les victimes qui ont été parmi les premières à parler.  "Dans l'église catholique comme dans le reste de la société, c'était l'omerta, la loi du silence", dit-il.

Il rappelle que les choses ont commencé à bouger à la fin des années 90, notamments aux Etats-Unis (le diocèse de Boston), puis au début des années 2000 en Irlande. C'est maintenant l'Amérique Latine et la France. 

"Dans notre pays, maintenant, il ne se passe plus de mois sans que dans tel ou tel milieu, on apprenne que se sont produites des horreurs, c'est à dire des violences sexuelles sur mineurs". 
 

Un questionnaire et des auditions

Pour les besoins de l'enquête, les personnes qui souhaitent témoigner reçoivent un questionnaire détaillé, à remplir, sur ce qui leur est arrivé. Elles sont reçues pour une audition d'environ deux heures, par deux membres de la commission : un homme, une femme (un psy et un non-psy).

Actuellement 150 auditions ont été faites. D'ici la fin de l'année, il en reste 65.

Ce travail donne lieu régulièrement à des compilations à des synthèses :"C'est un véritable mémorial de la souffrance des victimes qu'on est entrain de faire au travers de ces témoignages qui sont enregistrés et dactylographiés", dit Jean-Marc Sauvé.

 

Comprendre comment et pourquoi

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a accès aux archives de l'église catholique et à celles de la justice à partir des expertises psychiatriques et des enquêtes de personnalité qui figurent dans les dossiers des tribunaux.

Elle examine comment ces affaires ont été traitées (ou ne l'ont pas été), par l'église catholique, et peut procéder à auditions dans les diocèses et les congrégations. Une étude a été lancée sur les auteurs des abus, ceux qui acceptent de répondre aux questions de la commission, pour comprendre comment et pourquoi les abuseurs sont passés à l'acte.

Tout ce travail devrait permettre de recueillir des données sur 70 ans, afin de faire un diagnostic sur les faits de violences sexuelles subis par des enfants dans l'église catholique, mais plus largement dans notre pays. La commission devra enfin évaluer les mesures qui ont été prises par l'église catholique pour lutter contre les abus sexuels, en particulier depuis les années 2000 et faire des recommandations sur le sujet.  

 








 
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