"Il n'y a pas de queues devant les musées", des maires bourguignons demandent la réouverture des lieux culturels

Expliquant que les chances de contaminations au Covid-19 ne sont pas plus importantes dans les musées que dans les supermarchés, certains maires de Bourgogne proposent d'expérimenter la réouverture de certains lieux culturels dans leur ville.

© Ville d’Autun

Les maires de Bourgogne s'activent pour tenter de faire rouvrir les lieux de culture. Le 17 février, c'est l'association des petites villes de France (APVF), qui compte plusieurs dizaines d'adhérents dans la région, qui s'est positionnée en ce sens.

Dans un communiqué, l'association explique avoir écrit à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, "pour lui demander de bien vouloir autoriser la réouverture de certains lieux culturels (musées, petits cinémas, châteaux ou jardins publics, ndlr) dans les petites villes".

Vincent Chauvet, maire (Modem) d'Autun (Saône-et-Loire), et membre du conseil d'administration de l'APVF, fait remarquer que les musées sont classés comme des établissements recevant du public circulant (ERP), comme les grandes surfaces, et qu'à ce titre, le risque de contamination au Covid-19 n'est pas plus importants. "Il n’y a en effet pas plus de risques de contamination dans ces lieux que dans les magasins ou centres commerciaux, qui ont pu rester ouverts depuis l’instauration du couvre-feu", abonde le communiqué. Et la moindre densité de population de ces villes rend les risques de cohues moins important : "il n'y a pas de queues devant les musées des petites villes", ajoute-t-il.

Il n’y a en effet pas plus de risques de contamination dans ces lieux que dans les magasins ou centres commerciaux, qui ont pu rester ouverts depuis l’instauration du couvre-feu.

L'association des petites villes de France.

Si la réouverture des musées n'est pas rapidement prononcée, l'exposition de l'artiste espagnol Miro, visible au musée Rolin à Autun, n'aura jamais été exposée au grand public. "Nous avons les oeuvres jusqu'au 11 avril, et à part les scolaires, personne ne l'aura jamais vu." Lui souhaite que les seules expositions temporaires soient à nouveau à la disposition du public. 

Le Québec en exemple

De son côté, l'association des maires de Côte-d'Or (AMF 21) a écrit au préfet pour demander l'autorisation, pour les maires qui le souhaitent, de mener des expérimentations. "Il ne s'agit pas d'ouvrir à tout va mais de démontrer par des expérimentations que rouvrir les lieux culturels n'a pas de conséquence sanitaire", explique Ludovic Rochette, président (LR) de l'association. Les musées et les cinémas sont souvent cités dans le type de lieux qui pourrait bénéficier de ces expériences car les flux de personnes sont facilement maîtrisables et que les mairies sont rodées sur le protocole à appliquer. 

Si l'AMF 21 communique avec le préfet, son président sait que l'enjeu se situe plus haut dans la hiérarchie : "le ministre doit autoriser les préfets à mener des expérimentations locales." Voilà pourquoi Alain Suguenot, le maire (LR) de Beaune a sollicité directement la ministre "pour lui dire que notre Hôtel-Dieu pouvait montrer l'exemple", a-t-il déclaré dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux

Il ne s'agit pas d'ouvrir à tout va mais de démontrer par des expérimentations que rouvrir les lieux culturels n'a pas de conséquence sanitaire.

Ludovic Rochette, président de l'AMF 21.

Pour tenter de convaincre le gouvernement, les maires de l'association des petites villes de France font valoir que "la culture est essentielle pour le vivre-ensemble et le moral des citoyens" et jugent qu'une telle décision serait une "bouffée d’oxygène pour le monde de la culture". Autre argument avancé, l'entrée dans ces lieux pourrait être conditionnée à certaines mesures sanitaires : jauges, tests ou prises de température par exemple. "Des solutions existent et elles pourraient être validées par l'ARS et le ministère de la Santé", continue Ludovic Rochette. 

Au Québec, exemple cité par les maires, les musées ont rouvert sur rendez-vous et avec une jauge limitée, sans que cela ait une incidence sur les taux de contamination au Covid-19.

Laurence Porte, la maire de Montbard, propose concrètement que le musée Buffon, qui possède une capacité d'accueil de 150 personnes, rouvre dans la limite de 10 personnes maximum, comme ce fut le cas de mai à octobre lors du déconfinement.

Les petites villes avant les grandes villes ?

En mars, deux concerts devraient être organisés au Dôme de Marseille dans le cadre d'une expérimentation menée avec l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Le groupe de rap IAM se produira notamment devant 1.000 personnes, qui seront testées avant et après le spectacle. Si les salles de spectacles n'ont pas été intégrées dans la demande de l'APVF, l'association regrette que ce soit dans les grandes villes que les expérimentations sont faites : "c’est au niveau des collectivités à taille humaine plutôt que dans les grandes agglomérations que cette réouverture progressive pourrait être tentée, dans les meilleures conditions de sécurité possibles." 

Certains maires n'ont pas attendu la décision de l'Etat pour agir. Le maire de Perpignan, Louis Aliot (RN), avait choisi de rouvrir les musées de sa ville en dépit des consignes (une décision suspendue par le tribunal de Montpellier depuis). Vincent Chauvet, le maire d'Autun, lui, prévient : "nous agissons en responsabilité, nous n'irons pas à l'encontre des consignes de l'Etat."

 

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