Noël : le casse-tête pour organiser les visites en Ehpad

Le gouvernement a édicté des règles pour les Ehpad, à l'occasion des fêtes de Noël. Les résidents peuvent en sortir pour voir leurs familles. Ce n'est pas le cas dans tous les établissements pour personnes âgées. 

Pendant la période des fêtes de fin d'année, les conditions de visites et de sorties sont assouplies dans les  établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.
Pendant la période des fêtes de fin d'année, les conditions de visites et de sorties sont assouplies dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. © AFP/Geoffroy Van Der Hasselt

Le 15 décembre dernier, le Gouvernement change les règles de visites et de sorties de résidents en Ehpad. Ils peuvent rejoindre leurs familles, entre la mi-décembre et le 3 janvier. Les établissements pour personnes âgées doivent prévoir plus de créneaux de visites, pour les proches. Ces mesures doivent prévenir la propagation du Coronavirus, en évitant que les résidents n'infectent les autres occupants à leur retour ou à la suite des visites. Pour les directions des Ehpad, il est difficile d'appliquer ces règles. Elles font face à plusieurs problèmes : l'augmentation des visites pour Noël, le maintien de mesures efficaces contre la Covid-19 et le manque de personnel. 

Pour Marielle, voir sa grand-mère en Ehpad à Noël n'a pas été simple. L'établissement pour personnes âgées de Seurre (Côte d'Or) avait d'abord interdit les visites. Elle écrit alors un mail à la direction de l'établissement, pour se plaindre. 

« Les visites ne sont pas possibles les week-end par manque de personnel ; celles-ci ne le seront d'ailleurs pas plus pour les mêmes raisons les 25, 26, 27 décembre et les 1 2 et 3 janvier. Aucun élargissement des visites n’a eu lieu depuis le 15 décembre, le rythme des visites est toujours celui d’une par quinzaine voire plus », explique alors la dijonnaise. 

La direction de l'Ehpad répond aux familles, le 11 décembre dernier : « Au regard de la propagation du virus, la possibilité des sorties en famille n’est pas envisageable ». Les visites, quant à elles, étaient maintenues sur rendez-vous, mais dans des espaces dédiés. 

Pour Noël et Nouvel An, il a été longtemps été question pour l'Ehpad de ne pas autoriser les visites. La raison, c'est le manque de personnel. « Nous avons fait face à une grande tension sur nos ressources humaines », justifie François Poher, directeur de l'établissement. 

La direction infléchit finalement sa décision : elle trouve des volontaires non-hospitaliers pour assurer les visites, y compris pendant les fêtes de fin d'année. C'est sans doute aussi l'absence de cas de Covid-19 à l'Ehpad de Seurre, qui l'amène à changer d'avis. 

Le 21 décembre, la direction autorise les visites et les sorties, pour les résidents. « Une trentaine de bénévoles vont être déployés, pour permettre la tenue de ces visites sur les établissements de Beaune, Nuits-Saint-Georges et Seurre, à l'occasion de Noël et du Nouvel An », explique François Poher, le directeur de l'Ehpad. 

Visites élargies et sur rendez-vous

Dans la majorité des établissements pour personnes âgées, le choix est fait d'adapter les conditions de visites. Elles se font toujours sur rendez-vous, et sont soumises à des conditions sanitaires strictes. Il y a notamment l'obligation de passer un test de dépistage PCR pour les visiteurs, avant leur venue. « On augmente les créneaux de visites. Pour la période de Noël, on pourrait augmenter le nombre de visiteurs à 3 par résident, au lieu de 2 actuellement » affirme Bertrand Buteau, directeur de l'Ehpad Les Jardins d'Alice, à Dijon. 

Les recommandations gouvernementales préconisent aussi la tenue d'animations, pour Noël. « Nous allons organiser des goûters à vin chaud, et faire venir un chanteur qui se produira dans les couloirs de notre établissement » décrit Hugo Vidal-Rosset, directeur de l'Ehpad de Saint-Julien du Sault (Yonne). Certains tentent même d'organiser un semblant de repas de Noël. Sonia Tauzalgan, directrice de l'Ehpad Le Bocage, à La Chapelle-de-Guinchay, prévoit quant à elle « des déjeuners avec les familles, étalés sur trois jours, avec un plan de table et une distanciation sociale ».

Pour cela, les familles doivent, là encore, faire d'abord un test PCR, 3 jours avant leur venue. Si elles n'ont pas pu se faire tester ou si elles n'ont pas eu le résultat, « elles pourront faire un test TROD (NDLR : dépistage rapide par le sang) sur place », rassure Sonia Tauzalgan. 

Peu de sorties de résidents pour Noël

Là où on a offert la possibilité de sortie, il y a peu de demandes. Les sorties pour Noël sont autorisées pour la plupart des résidents, mais les familles ne recourent pas forcément à cette possibilité. La faute à un protocole exigeant, lors du retour dans leur établissement. « On a surtout eu des demandes d'informations » explique Bertrand Buteau, directeur de l'Ehpad Les Jardins d'Alice, à Dijon. Parmi les établissements interrogés, les résidents sont dépistés à leur retour, et observent un isolement de sept jours.

Selon les responsables de l'Ehpad de l'Yonne et celui de Dijon, il n'y aucune volonté réelle des familles, en faveur des sorties à l'occasion de Noël. En Saône-et-Loire, Sonia Tauzalgan, directrice d'établissement à La Chapelle-de-Guinchay (Saône-et-Loire) est plus pondérée. « Sur nos 90 résidents, nous avons une dizaine de demandes. Les équipes sont informées des personnes qui vont sortir, et les familles sont auparavant reçues par notre médecin coordonnateur. Il vérifie les conditions dans lesquelles ils vont passer Noël dans leur famille. Les résidents seront testés quand ils reviennent, et seront selon leur situation, isolés », explique Sonia Tauzalgan, la directrice de l'Ehpad Le Bocage.

Si la situation peut varier d’un établissement à l’autre, elle est aussi différente selon les personnes âgées. Il faut distinguer plusieurs catégories de résidents : tous n'ont pas forcément le droit de sortir à Noël. C'est le cas pour les résidents ayant la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée. « Elles ne sont pas autorisées à sortir, car elles ne comprendraient pas l'isolement obligatoire au retour. Elles ne peuvent pas rester dans leur chambre, de leur plein gré. On ne peut pas les isoler et nous ne voulons pas avoir recours à la solution médicamenteuse » indique Hugo Vidal-Rosset, directeur de l'Ehpad de Saint-Julien du Sault (Yonne). 

Le vaccin, c'est la seule porte de sortie de la crise

Hugo Vidal-Rosset, directeur de l'Ehpad de Saint-Julien du Sault

D'autres résidents sont aussi soumis à des règles particulières, selon les établissements. Il s'agit de ceux ayant eu précédemment le Coronavirus. Dans l'Ehpad de Saint-Julien du Sault (Yonne), ils pourraient être autorisés à sortir au-delà d'une journée. « Leur risque de recontamination est faible, d'après les dernières études scientifiques », justifie le directeur Hugo Vidal-Rosset. En revanche, c'est un refus absolu, du côté de l'Ehpad Les Jardins d'Alice, près de Dijon. 

Quelque soit l'établissement, tous sont d'accord sur une chose : l'arrivée du vaccin aidera au retour au fonctionnement normal des établissements. « C'est la seule porte de sortie de la crise », clame Hugo Vidal-Rosset, directeur de l'Ehpad de Saint-Julien du Sault (Yonne). Les résidents et soignants des Ehpad volontaires ont la priorité pour la vaccination. Ils doivent être vaccinés dès la « dernière semaine de décembre », selon le Premier ministre Jean Castex. 

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