REPORTAGE. Présidentielle 2022 : Existe-t-il d'autres solutions pour nos séniors ?

Dans le cadre du dispositif "Ma France 2022", nous nous sommes rendus pendant deux jours dans le Sud de Dijon, à la rencontre des séniors. Peut-on se passer des Ehpad, en restant près de chez soi et ses proches ? On vous raconte.

Comment peut-on "bien vieillir" en Côte-d'Or, alors que le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus dans les 30 prochaines années devrait représenter plus du quart de la population du département ?
Alors que les scandales éclatent sur la maltraitance dans des établissements hébergeant des personnes âgées, la défiance à l'égard de ces établissements augmente.
Au travers de la consultation en ligne Ma France 2022, sur les sites de France 3 et France Bleu en régions, de nombreuses personnes ont réagi à la proposition de Monique, 68 ans, qui estime qu’il "faut promouvoir le service à la personne : aides à domicile, auxiliaires de vie, pour le maintien à domicile de personnes fragiles."

Le département le plus peuplé de la Région en 2050

Tout d'abord, il faut s'intéresser à la démographie : les projections et simulations démontrent que la Côte-d’Or compterait d'ici trente ans, selon l'INSEE, entre 525 600 et 612 700 habitants selon les différentes hypothèses concernant la fécondité, l’espérance de vie et les migrations du département.
Si les tendances démographiques se poursuivaient telles qu’observées récemment, 566 400 personnes résideraient en Côte-d’Or en 2050.

En 2050, plus du quart des habitants de la Côte-d’Or pourraient être âgés de 65 ans ou plus, et 17 %, de 75 ans ou plus. Ces parts seraient parmi les plus faibles de la région et assez proches de celles de la France métropolitaine.

Le nombre de personnes âgées d’au moins 75 ans pourrait presque doubler entre 2013 et 2050, passant de 49 900 en 2013 à 73 900 en 2030 puis à 95 600 en 2050.

Perrigny-lès-Dijon, à l'écoute de ses séniors

Perrigny est une commune satellite de l'agglomération dijonnaise. Son histoire est liée à son passé industriel et ferroviaire : cette commune-dortoir s'est construite dans les années 50 autour de la gare de triage ferroviaire. De nombreux habitants sont des anciens cheminots. 

Cette commune fait partie de l'agglomération de Dijon Métropole, mais les résidents que nous avons rencontré sont attachés à leur qualité de vie à Perrigny, "aux portes des Climats de Bourgogne". En effet, la campagne et la Côte Dijonnaise sont limitrophes et à portée de main. 

Nous avons rencontré les habitants un jeudi en fin de matinée, sur la place derrière la mairie. Le camion d’un commerçant ambulant y est installé, et tous les jeudis sa clientèle fidèle est au rendez-vous.
Parmi ses clients, beaucoup de séniors, originaires de Perrigny, ils sont ravis de la qualité des produits achetés. Cela a été l’occasion aussi de discuter de la qualité de vie à Perrigny, et comment la vie se déroulait pour ces séniors, dans cette commune.

Par exemple, Chantal, 70 ans, anime une petite troupe de théâtre avec les enfants des écoles de Perrigny. Elle qui a toujours vécu sur la commune ne tarit pas d'éloges : "On se plaît bien ici ! On a tout, on a deux médecins, quatre kinés ! On n’est pas à la ville tout en étant tout de même pas loin. Maintenant, avec les transports en commun, on peut aller à l’hôpital, on prend un bus, un tram !" 

Pour Michel, 69 ans, le seul problème est la liaison avec les transports de la Métropole : "Au niveau transports c’est pas top, Dijon pense trop à lui. Et ne pense pas au Sud de Dijon. On avait une clinique à Chenôve, elle est partie dans le Nord de Dijon. Tout part dans le Nord ! A une époque où on veut nous faire prendre les transports, il faudrait qu’on nous facilite la vie. La banlieue Sud est mal desservie."

En discutant avec Jean-Louis, 64 ans, qui se définit comme "jeune retraité", son regard sur l'évolution des habitants de la commune est un peu critique : "C’est vrai qu’ici la moyenne d’âge est très élevée. C’était une cité-dortoir avant tout, Perrigny. Ça fait 25 ans qu’on est là, on croise très peu de gens. Le Covid, ça a beaucoup coupé les liens. Les comportements individualistes ont pris le dessus."   

D'une façon générale, les remarques que nous avons entendues sont celles d'une petite commune qui serait trop près d'une métropole, mais suffisamment éloignée pour avoir une bonne qualité de vie, ce que reconnaît le maire de Perrigny, Patrick Baudement (SE). Son but, vis-à-vis de la population des séniors, est "de pouvoir installer des services". Il évoque la création d'un futur pôle paramédical sur la commune, avec "kinésithérapeutes, diététicienne, orthophoniste".

La commune recense environ 210 personnes âgées de plus de 74 ans, pour un ensemble de 2150 habitants. Les anciens sont nombreux sur la commune.
A cet effet, le maire a mis en place un système de porte-à-porte, avec la personne en charge des animations intergénérationnelles : "le listing est celui des personnes âgées isolées, il est vrai qu'on a encore des personnes de plus de 90 ans qui vivent en zone pavillonnaire."
Cette personne va aussi aider pour les courses et la prise de rendez-vous. Le maire évoque ensuite les autres solutions sur sa commune, comme la résidence "âges & vie", une petite structure autonome en colocation, et les Ehpad. 

Perrigny, une commune amenée à se transformer

Il est difficile de ne pas ignorer les travaux d'extension de la commune, qui va se doter d'environ 900 logements supplémentaires sur les 8 ans à venir. Patrick Baudement se félicite de l'arrivée de près de 1800 habitants, des couples avec enfants pour la plupart. Mais aussi, il ajoute qu'une part "non négligeable de séniors venant des communes avoisinantes rurales va s'installer dans des appartements". Le maire doit aussi prendre en compte ce paramètre pour l'avenir des services à destination des séniors.

Une résidence "âges et vie", à Ouges, la solution ?

Nous nous sommes rendus ensuite à Ouges, dans une résidence "âges et vie". La première qui a été créée en Bourgogne s'est installée à Perrigny-lès-Dijon.
Le principe de ces établissements est simple : c'est une colocation, où les résidents disposent d'une chambre privative de 30 mètres carrés avec une salle de bains, et où ils partagent une maison commune. 



Ils sont 7 colocataires par maison, et les établissements sont construits autour de deux corps d'habitation. Pas plus de 14 colocataires en tout occupent donc les lieux, sous la houlette d'une maîtresse de maison et d'une adjointe, qui occupent le logement de fonction à l'étage. 6 auxiliaires de vie se relayent sur la semaine, et des intervenants extérieurs viennent pour les soins (kinés, infirmiers, médecin-traitant).
Il y a toujours la présence la nuit d'une maîtresse de maison ou de son adjointe.

A Ouges, Bethy Velon est la maîtresse de maison. Elle nous accueille dans l'espace commun, qui fait office de salle à manger et de salon, ouvert sur une cuisine. 

Bethy doit gérer ses colocataires, mais elle est aussi la maîtresse de maison : préparation des repas, aide à la toilette, relations avec les intervenants extérieurs, lien avec les familles, tâches administratives... 

Les colocataires peuvent participer à la confection des repas ou bien aider à mettre la table.

Selon elle, cette petite structure "fonctionne bien", car les familles sont rassurées grâce à l'accompagnement et à la proximité avec les colocataires, leurs familles, et les auxiliaires de vie, comme Bethy nous l'explique ci-dessous.

Qu'en pensent les pensionnaires ?

Nous avons pu discuter avec un des colocataires. André Candiard, 93 ans, est originaire de Longvic (commune voisine). André est veuf, et c'est à cause de la perte de sa mobilité qu'il a dû quitter son domicile.
Il nous accueille avec un grand sourire pour nous raconter comment se déroulent ses journées, depuis qu'il est arrivé dans cet établissement fin janvier 2022.

"J'suis tranquille, moi ici !" résume André. Le sémillant nonagénaire explique combien il lui était difficile de vivre dans son précédent appartement à Longvic : "Déjà, il y avait 7 marches pour monter jusqu'à chez moi !". Souffrant de pertes d'équilibre, André se déplace en fauteuil.
Lorsqu'il était résident à Longvic, "ça n'allait pas !" résume-t-il. "J'avais la toilette le matin, les repas, des fois la kiné. Mais les après-midi, il n'y avait personne. Les journées étaient longues."

Et pour nous montrer la différence avec son ancienne résidence, André donne des exemples : "J'ai ma petite terrasse là juste devant, je fais pousser mes fleurs ! Tout est au rez-de-chaussée ici ! Et puis je vois du monde, il y a toujours une présence ... et le personnel ici qui encadre, il est vraiment sympathique !"

André nous détaille aussi quels sont les intervenants qui peuvent passer la semaine : "j'ai gardé mon médecin-traitant qui vient me rendre visite ! Et puis il y a le pédicure aussi qui vient, et il y a une coiffeuse aussi !"
En faisant remarquer avec humour à André qu'il nous décrit une résidence idéale, il nous répond en riant que "c'est pas un palace, mais tout est conforme ici ! Et je pense que c'est parce que c'est une petite structure !"

André nous a expliqué comment il a pu rejoindre la colocation à Ouges et comment il se sent dans cette résidence :

Nous avons assisté au repas de la mi-journée : les résidents échangent avec la maîtresse de maison dans une ambiance plutôt bon enfant. Les conversations sont à la fois alimentées par les visites qu'ils peuvent avoir de leurs familles ou des intervenants extérieurs, mais aussi ils évoquent des souvenirs entre eux, la plupart étant originaires de la région ou des communes proches.
La maîtresse de maison fait remarquer aux colocataires que les légumes viennent "de l'agriculteur juste à côté", ce qui correspond à un engagement du groupe "âges et vie" de supporter les commerces locaux et circuits courts si possible.

La co-location, une solution idéale ?

Force est de constater que les petites structures comme la colocation à Ouges ont plutôt l'air de bien fonctionner. Mais cet équilibre repose sur plusieurs conditions, que les communes doivent honorer pour assurer le fonctionnement pérenne de la structure.
En effet, "âges et vie" investit lors d'une construction d'une résidence deux millions d'euros, foncier inclus. Afin de proposer un reste à charge convenable pour les familles, les communes doivent rester plutôt petites, et comporter entre 1000 et 4000 habitants. Le terrain doit être implanté en centre-ville et bénéficier de commerces pour que les auxiliaires de vie puissent faire les courses dans le secteur. De plus, la commune doit aussi pouvoir disposer de personnels soignants proches, tels que kinésithérapeutes, infirmières...

L'autre aspect séduisant de ces petites structures est le caractère rassurant qu'elles présentent aux familles. Comme le rappelle Bethy Velon, maîtresse de maison à Ouges : "Certains ont accompagné leurs parents à domicile, l'accompagnement devenait très compliqué. Une fois qu'ils les ont mis dans une maison 'âges et vie', c'est aussi un soulagement pour eux. Ils sentent leurs parents en sécurité avec un accompagnement. Ils peuvent faire les visites, participer aux activités avec nous."

L'autre constat, alimenté par les projections démographiques, est qu'il va falloir de plus en plus de structures comme celles-ci. D'ailleurs le groupe "âges et vie" n'a pas attendu et est en plein développement : 357 projets d'implantation sont en cours sur le territoire national. 

53 projets sont prévus en Bourgogne, 28 permis de construire ont été définitivement accordés et pour 24 d'entre eux les travaux ont débuté. La Saône-et-Loire, l'Yonne et la Nièvre sont concernés par ces projets.