« Collèges morts » dans le Jura : parents et professeurs ensemble contre les classes fermées et la suppression de postes

Publié le Mis à jour le
Écrit par Toky Nirhy-Lanto
© Fabien Farge-Champion / France Télévisions

Jeudi 25 mars, deux collèges du Jura mènent une opération « Collège mort ». A Fraisans et à Saint-Amour, parents comme professeurs protestent contre la fermeture annoncée de classes et de postes d’enseignants.

Les parents d'élèves sont appelés à ne pas envoyer leurs enfants en classe, dans deux communes du Jura, ce jeudi 25 mars. A l’origine de cette protestation, il y a des parents d’élèves mais aussi des professeurs. A Fraisans, les premiers se sont réunis samedi 20 mars, pour décider de cette opération. Même chose à Saint-Amour, où ce sont cette fois les professeurs qui sont à l’origine de l’action. Dans les deux cas, ils sont ensemble pour protester contre la suppression de classes de Sixième et de Troisième, ainsi que la baisse des postes d’enseignants.

Pas de classe ce jeudi

Dans cette lutte, les professeurs du collège de Fraisans peuvent compter sur les parents d’élèves. Cette action a été décidée par des parents en colère, réunis le 20 mars dernier. Parmi les mesures qui fâchent, il y a d'abord la suppression prochaine de postes. Le collège doit se voir retirer un poste de professeur de lettres, à la prochaine rentrée. L'autre point de colère pour ces parents et ces professeurs, ce sont les classes qui doivent fermer

« Actuellement, il y a 4 classes de Quatrième avec 96 élèves. A la rentrée prochaine, la fermeture d’une classe de Troisième est prévue : il faudra donc placer tous ces anciens collégiens de Quatrième, sur 3 classes au lieu de 4 », déplore Estelle Ecarnot, professeure de Mathématiques au collège Gustave-Eiffel de Fraisans et membre du syndicat Snes-Fsu. Selon l’enseignante, l’Education Nationale se fonde sur des estimations inférieures à celles de son établissement.

« Ils prévoient que nous allons accueillir 88 élèves, quand nous projetons d’en avoir 92. L’Education Nationale évoque ce chiffre, en espérant qu’une dizaine d’élèves de Quatrième, passant au niveau supérieur, soient réorientés vers des classes de Troisième spécialisée « prépa-métiers », en Maisons Familiales Rurales », assure Estelle Ecarnot.

L’enseignante ne décolère pas : pour elle, il existe actuellement aussi le même problème, pour les Sixième. « A la rentrée 2021, l’Education Nationale prévoit l’arrivée de 120 élèves en Sixième, quand nous estimons qu’il y en aura 122 à 124 pour 4 classes. Il y a un problème, car ça voudrait dire qu’il y aurait environ 30 élèves par classe », relève la professeure de Mathématiques

Elle indique que ses collègues ont été reçus par l'inspecteur d'Académie, lundi 22 mars. La professeure reste cependant inquiète. « On est dans l'incertitude. Il a essayé de nous rassurer sur les moyens : nous en aurons certainement pour une classe de Sixième. Il nous faut 26 heures de cours pour ouvrir une classe. Or, nous réclamons l'ouverture de deux divisions (NDLR : en Sixième et en Troisième), donc deux fois 26 heures. Or, en général, en juin, il est rare que l'on nous attribue plus de 15 heures », indique Estelle Ecarnot. 

Outre les enseignants et les parents, des élus locaux sont aussi venus en soutien. C'est le cas de Gerôme Fassenet. Ce conseiller départemental du Jura appelle l'Education Nationale à revoir ses plans. « Les collectivités territoriales ont su mettre les moyens pour donner toutes les chances à nos enfants, donc on aimerait que le Rectorat fasse de même, en attribuant des postes supplémentaires, pour arriver à des classes avec moins de 25 élèves », clame l'élu. 

Saint-Amour entre aussi dans la lutte

Même département et même opération, à Saint-Amour. Cette fois, cela se passe au sein de la cité scolaire Lucien Febvre. L'ensemble des professeurs de ce collège en sont les instigateurs. Ils déplorent la suppression de plusieurs postes d’enseignants.

« Les titulaires de postes à temps plein peuvent se voir imposer des heures supplémentaires. Cela se fait au détriment de nos moyens : ces heures supplémentaires sont autant d'heures en moins, pour un autre poste. Si bien qu'au final, à force d'ajouter ces heures à du personnel en temps plein, on finit par supprimer un autre poste de professeur », souligne Carole Power, professeure d'Anglais dans ce collège.

C’est le cas pour des matières comme l’Anglais, les Mathématiques ou encore les documentalistes. Ces derniers sont chargés de la gestion des Centres de Documentation et d’Information, sorte de bibliothèques, dans les collèges. Ce dernier poste est supprimé, pour être relocalisé dans le lycée faisant aussi partie de la cité scolaire : ll n'était pas doté d'un C.D.I.

Là encore, la mesure fâche. « Nous ne sommes pas contre l'ouverture d'un Centre de Documentation et d’Information, dans le lycée. Il faut tout de même relever qu'au lieu d'être présente tout le temps, comme c'est le cas maintenant, elle ne travaillera plus qu'à mi-temps au collège. On parle d' "égalité des chances", mais faire ça revient justement à aller contre ce principe », justifie Carole Power. 

De possibles suppressions de postes qui se font, là aussi, sur fond de fermetures annoncées de classes. C'est ce que dénonce aussi la professeure : « Depuis septembre 2020, nous avons 3 classes de Sixième pour 66 élèves. L'Education Nationale prévoit qu'il y en aura 59, à la rentrée prochaine. Il se sert de cette donnée pour justifier la fermeture d'une classe de Cinquième, en septembre 2021 ».

A chaque fois, ces actions ont été bien suivies. A Fraisans par exemple, seuls 2 élèves sur les 400 étaient présents aujourd'hui. 

 

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