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Comment expliquer les attaques de Paris aux enfants?

Rassurer, expliquer, organiser une minute de silence, l'école se mobilise pour accueillir lundi 16 novembre 2015 des élèves parfois choqués ou désorientés par la masse d'informations ou de rumeurs liées aux attentats survenus vendredi 13 novembre à Paris.
Pour évoquer les attentats de ce vendredi 13 novembre à Paris, le ministère de l'Education a prévu un dispositif d'accompagnement des élèves. Le rectorat de Dijon le présente sur son site internet. Il prévoit des temps d'échanges, de dialogue et d'accompagnement des enfants et des familles. Une minute de silence devra également être observée. Des cellules médico-psychologiques pourront être mises en place. Il restera bien entendu à chaque enseignant la liberté de choisir de quelle façon il souhaite aborder la question de ces attentats avec ses élèves. 

Le préfet et le recteur de l'académie de Dijon communiquent les consignes pour la semaine du lundi 16 au dimanche 22 novembre 2015 inclus

SécuritéToutes les écoles et tous les établissements sont ouverts.

 

Voyages scolaires en France et à l’étranger : Tous les voyages scolaires de lundi 16 à dimanche 22 novembre inclus sont annulés.

Sorties scolaires :

Organisation de la journée du lundi 16 novembre : organisation des échanges et de la minute de silence à 12h

Sur internet, la communauté éducative est très active.

Depuis les attentats de vendredi, plusieurs sites, connus des enseignants, ont mis en ligne des ressources d'accompagnement. A commencer par Eduscol, le portail national des professionnels de l'éducation, qui détaille des recommandations, en fonction de l'âge des élèves.
Les Cahiers pédagogiques propose un panel de documents, synthèse d'un travail effectué dès samedi par un groupe d'enseignants du primaire à l'université.Le site, très pratique, fournit par exemple un déroulé de la séance orale consacrée aux attaques: rappeler les faits (les lieux des attentats, le nombre de morts et de blessés, ce que l'on sait des auteurs présumés), définir les termes "guerre", "terrorisme" et "état d'urgence", organiser "un espace de parole sécurisé" ("on ne se moque pas, on écoute celui qui parle, on a le droit de se taire"), etc.
L'école de demain, le blog du syndicat SE-Unsa, inventorie lui aussi les outils disponibles (dessins de presse, vidéos explicatives), tandis que La p@sserelle, tenu par un professeur d'histoire et géographie, propose graphiques, définitions et explications à des questions telles que "Pourquoi la France est-elle la cible de Daech?".
Sur Twitter enfin, les professionnels échangent via le mot-clé #educattentats

Des ressources abondantes -plus que lors des attentats de janvier- qui ne restent cependant que des outils, souligne Teddy Gandel, du lycée de Bezons. Une fois sorti du cours, l'élève peut "se réenfermer dans une représentation du monde qui lui est propre", surtout lorsque ses pairs ou ses proches ne disposent pas du capital culturel pour contre-balancer les théories du complot ou la profusion d'images déversées par les chaînes tout info.
Un combat perdu d'avance? "Non, notre rôle est de les éduquer, notamment aux médias. Mais c'est un travail de longue haleine, qui doit commencer dès l'école primaire et ne portera ses fruits que sur le long terme", déclare le professeur.
Comment répondre aux questions des élèves ?
"Tâcher de répondre aux questions en s'appuyant sur les faits"
"La première chose que j'ai faite samedi en me levant, c'est préparer un cours pour les 3e, expliquant ce qui se passe au Proche-Orient et pourquoi ça nous impacte", déclare Cécile Cres, professeur d'histoire et géographie au collège Robespierre d'Epinay-sur-Seine, au nord-est de Paris. "En revanche, pour les plus jeunes, les 6e et les 5e, je suis plus embêtée car ils ne sont pas en mesure de comprendre la complexité de la situation", ajoute-t-elle. Ecueils à éviter selon elle: une schématisation qui peut laisser prise à la théorie du complot, un discours qui provoque paranoïa et angoisse profonde. Comme d'autres enseignants, elle va donc tâcher de répondre aux questions, en s'appuyant le plus possible sur les faits, et expliquer ce qu'est le terrorisme.

La minute de silence est une façon de marquer notre attachement profond à la République
Teddy Gandel, professeur de sciences économiques et sociales (SES) à Bezons, au nord de Paris, dans un lycée classé zone d'éducation prioritaire, va "d'abord laisser la parole aux élèves", et s'efforcer de recadrer si le besoin s'en fait sentir. La minute de silence, dont la perturbation dans certaines classes avait effrayé les adultes et remis en cause l'esprit d'unité après les attentats de janvier dernier -quelque 200 cas recensés, pour des milliers d'établissements-, est prévue pour lundi midi, dans les établissements. "Je vais leur expliquer qu'elle représente plus qu'un soutien aux victimes. C'est aussi une façon de marquer notre attachement profond à la République", indique le professeur de 25 ans.
Il explique les incidents de janvier par la colère d'adolescents vis-à-vis de l'école, "moyen de sélection sociale et non d'ascension sociale" dans les quartiers défavorisés. Prévoit-il de nouvelles perturbations? "Sans doute, à la marge. Les ados aiment se faire remarquer. Surtout lorsqu'ils savent que les médias vont tout de suite s'en emparer!"
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