Le confinement vous manque déjà. Vous n'êtes pas les seuls !

© Leyla Vidal/BELPRESS/MAXPPP
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Après 8 semaines où beaucoup sont restés bloqués à la maison, l’heure est à la reprise dans la plupart des secteurs. Mais pour certains, le retour à la réalité est un retour avec les angoisses d’avant auxquelles s’ajoutent de nouvelles craintes liées au coronavirus.

Par Sébastien Letard

C’était il y a seulement quelques jours. Le confinement. Une expérience unique que beaucoup redoutaient. Mais pour certains, c’est désormais une période à laquelle ils pensent avec nostalgie. Quelques uns espèrent même ne pas en sortir. Psychologues et psychiatres s’inquiétaient des conséquences du confinement. Ils alertent désormais sur les conséquences possibles du déconfinement.
 

Quitter un cocon douillet

Le confinement, c’était d’abord du temps chez soi. Du temps pour soi et pour ceux qui partagent notre foyer. « Le confinement a permis à certains de se retrouver à la maison, proche de ses enfants, constate le psychologue Alain Maes. Il a même permis à certains parents de revoir enfin leurs enfants sur une longue période alors qu’ils étaient partis poursuivre leurs études à distance. »

"Pour certaines personnes, au contraire, le confinement, c’était leur liberté ! » - Véronique Mages


Le confinement a aussi marqué la fin des bouchons ou des trajets en transport en commun, la fin des repas pris sur-le-pouce et plus généralement une baisse de la pression ressentie dans l’univers professionnel. «Certaines personnes se sont retrouvées libres d’organiser leurs journées de travail comme elles le voulaient. Il n’y avait plus d’horaires, plus de cadres » explique la psychologue Véronique Mages. « Beaucoup ont l’impression d’avoir été privés de liberté durant le confinement. Mais pour certaines personnes, au contraire, le confinement, c’était leur liberté ! »

« Parmi mes patients, avant l'épidémie, certains venaient consulter pour des problèmes liés à leur univers professionnel ou scolaire. Le confinement a réglé ces problèmes » confirme Alain Maes. « Les adultes ne retournaient pas au travail. Les enfants ne retournaient pas à l’école. Pour eux, le confinement a donc été très bien vécu. »
 

Retrouver les angoisses d’avant

«Ceux qui ont un chef tyranique ou des collègues qu’ils n’apprécient pas ont vu cette partie de leurs angoisses réglée par nature grâce au confinement. Le fait d’y retourner crée à nouveau de l’angoisse » analyse le psycholoque. « Certains salariés ne trouvent pas leur place dans l’entreprise, estime de son côté Véronique Mages. Ils ou elles se sentent maltraité(e)s, pas respectée()s. On peut constater chez certains des symptômes que l’on retrouve habituellement dans les débuts de burn-out : de l’anxiété, des cauchemars, des tremblements ou une impossibilité de se confronter à ses collègues par exemple. »

"Le déconfinement va remettre chacun dans son jeu social, avec de nouveau, le regard de l’autre, le jugement, la pression." - Alain Maes


Pour les enfants, le phénomène peut être similaire, remarque Alain Maes. « Il y a des enfants qui étaient très contents de se retrouver à la maison avec papa et maman. Ils vont devoir réapprendre à vivre en société avec les professeurs, la cour de récréation, les camarades gentils et les méchants. Certains mettent d’ailleurs la pression sur leurs parents pour ne pas retourner à l’école. » Adulte et enfant, « le déconfinement va remettre chacun dans son jeu social, avec de nouveau, le regard de l’autre, le jugement, la pression. »
 

La crainte du coronavirus

Au-delà de l’aspect professionnel, beaucoup peuvent redouter une exposition possible au Covid-19. « Le déconfinement n’est pas lié à une fin de la pandémie où tout le monde serait sauvé. Les gens y retournent donc avec inquiétude » détaille Alain Maes. Selon lui, l’obligation de porter un masque dans de nombreux lui, l'appel à respecter les gestes barrière et les distances de sécurité peuvent renforcer les craintes vis-a-vis du monde extérieur. 

 "Le déconfinement est peut-être plus difficile à gérer que le confinement où il y avait une attestation obligatoire et des règles très strictes" - Dr Gérard Milleret


Au centre hospitalier de la Chartreuse à Dijon, le docteur Gérard Milleret, président de la commission médicale d’établissement confirme le caractère ambigu du déconfinement. « Il y a une crainte, une prudence. Le déconfinement a un aspect de soulagement. Mais il créé également des inquiétudes. » Paradoxalement, le déconfinement pourrait même renforcer la crainte du virus chez certains patients. « C’est peut-être plus difficile à gérer que le confinement où il y avait une attestation obligatoire et des règles très strictes. C’était plus clair. Avec le déconfinement, on est dans des règles plus floues » constate le psychiatre.

Au centre hospitalier La Chartreuse à Dijon, une cellule d'écoute psychologique a été mise en place depuis le début du confinement. 

 

Un risque de fuite en avant ?

Face aux angoisses sociales, au risque sanitaire, le domicile est devenu pour certains le dernier refuge sécurisant. « Tout est lié. Je reste chez moi. Je ne veux pas aller travailler. J’ai peur des autres qui risquent de me contaminer » détaille Véronique Mages. Mais ce point de vue des patients repose souvent sur une vision biaisée du maintien à domicile et du télétravail. « C’est une vision idéaliste. Car il n’y a plus réellement de contact avec l’autre. Les échanges s’estompent. L’isolement apparait. Ce n’est pas du lien social. Ce sont des personnes qui pourraient être asociales. Et cela peut amener vers l’agoraphobie, la peur des foules, pour certaines personnes qui sont déjà isolées. » Durant le confinement, la thérapeute a suivi des patients dans une situation critique, redoutant la présence de leurs enfants. « Ce sont des personnes qui s’enferment complètement dans un mécanisme de crainte et d’isolement. » Pour l’un de ses patients,  le phénomène l’a même conduit à demander à sa compagne d’aller vivre ailleurs par crainte des contaminations.
 

"Avec le temps, certaines détenus se sentent libres dans leur cellule. Cela les maintient." - Véronique Mages


A l’inverse, la crainte du déconfinement peut entrainer une réaction inverse. « Le déconfinement , pour d’autres, c’est une forme de liberté où tout devient permis. Cela part dans tous les sens » remarque la psychologue, habituée à travailler en milieu carcéral. Véronique Mages fait un parallèle entre ces deux formes d’enferment qui peuvent, chez certaines personnes, apparaitre comme rassurantes. « Avec le temps, certaines détenus se sentent libres dans leur cellule. Cela les maintient. Et dès qu’ils sortent de prison, ils vont se mettre hors-la-loi pour être réintégrés dans la prison. »

Selon les thérapeutes, il n’existe pas de solution miracle pour rompre cet engrenage de l’isolement. La première étape est en tout cas de s’interroger sur ces craintes pour ne pas rester isoler durant une période qui pourrait durer encore longtemps
 

Le saut vers une nouvelle vie ? 

Mais pour certains, la volonté de retrouver le bien-être éprouvé durant le confinement pourrait se traduire par une réaction plus positive. « Cette période de pause obligatoire a servi à certains pour faire un bilan sur leur travail, leur logement, leurs conditions de vie. Il y a eu une recherche de valeur, de sens, détaille Alain Maes. Pendant 50 jours, on a eu le temps de se poser ces questions. On n’a jamais autant de temps!  Certains peuvent se dire « Ça, je ne l’accepte plus ! Je comprends d’où vient mon stress, je ne l’accepte plus » pense Alain Maes.

Le thérapeuthe a déjà vu 3 de ses patients se lancer dans un nouveau projet de vie. « Ils ont décidé de franchir le cap. Certains se sont inscrits à une formation. D’autre veulent créer leur entreprise. » Pour eux, le temps offert par le confinement a permis de transformer ce qui n’était qu’une idée en véritable projet de vie.
 

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