Doux sons des coqs, ânes, cloches et odeurs de fumier : une loi va protéger le patrimoine sensoriel de nos campagnes !

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Les députés ont adopté jeudi 30 janvier, la proposition de loi d'un député de Lozère qui vise à codifier les choses , et limiter les conflits de voisinage. La campagne fait du bruit. Elle hume bon, très bon parfois !

Par Sophie Courageot

Et oui, le coq chante. A des heures où vous aimeriez bien encore dormir. Et oui, la cloche du village fait résonner ses notes à 6 heures du matin. Et tant pis, si elle vous réveille. Et oui, les vaches des voisins sont comme vous, elles font leurs besoins. Et vous n'y songez pas en buvant un verre de lait ou en vous grillant un bon steak ! 

  


Le coq Maurice, les canards des Landes, et le coassement des grenouilles


Ces derniers temps, les plaintes de voisinage contre les bruits de la campagnes se multiplient ou sont tout simplement plus médiatisées.

Il y a eu le coq Maurice qui chantait trop fort et trop tôt sur l'Île d'Oléron. Le coq était devenu le symbole du conflit entre ruraux et nouveaux arrivants. La justice avait rejeté la plainte des voisins indisposés par son cocorico matinal.
 


Dans les Landes, dernièrement, des voisins dénonçaient le bruit des canards d'une éleveuse. Les plaignants ont été déboutés eux aussi. Leur voisine élevait une cinquantaine de canards et d'oies depuis 36 ans. Ses voisins installés depuis un an environ  se plaignaient de "nuisances sonores importantes".
 

A Arras, dans le Nord, un homme a déposé plusieurs mains courantes pour protester contre le cri des grenouilles de ses voisins. Léon et Joséphine vivent dans un petit étang. Et à la saison des amours, les décibels ont gêné plusieurs riverains. Les propriétaires sont se vus proposer une solution peu banale : rentrer les batraciens dans le garage tous les soirs !

A Inchy-en-Artois dans le Nord, un panneau "attention village français" a été installé à l'entrée du village pour prévenir que oui, la campagne, c'est la campagne. « Ici, nous avons des clochers qui sonnent régulièrement, des coqs qui chantent très tôt, des troupeaux qui vivent à proximité, certains ont même des cloches autour du cou ...Si vous ne supportez pas ça, vous n’êtes pas au bon endroit» est-il écrit sur le panneau.

 

Une loi pour définir enfin le patrimoine sensoriel des campagnes de France


La proposition de loi vient du groupe UDI-Agir.  Elle est portée par le député de Lozère Pierre Morel-à-l'Huissier. La loi veut protéger les ruraux des actions juridiques engagées contre les "bruits et les effluves" de la campagne, au nom de "troubles anormaux du voisinage". Le texte devrait ainsi définir quels sont les bruits, émissions olfactives qui font "partie intégrante de la vie rurale" et doivent rentrer dans le code du patrimoine. On croit rêver, mais en 2020, il est visiblement nécessaire d'écrire les choses. Un coq qui chante en campagne, c'est normal. Et on doit le savoir avant de s'y installer. 
 

Les néoruraux ne se rendent pas compte de la réalité de la vie rurale


"Désormais, avec cette loi, il y aura une notion d'inventaire, d'antériorité et d'environnement. Cela permet de clarifier les critères et d'avoir un cadre juridique plus formaté. Le juge devra donc moduler sa décision en fonction de ces notions. Et le maire tout comme le juge pourront faire valoir les caractéristiques du territoire face aux plaignants" explique le député de Lozère Pierre Morel-à-l'Huissier. Un texte de loi qui sera le bienvenu pour les prochaines équipes municipales qui prendront leurs fonctions à l'issue des élections de mars 2020. 

L'élu regrette l'intolérance de certains riverains et voisins. "Les néoruraux ne se rendent pas compte de la réalité de la vie rurale. Le milieu rural qui représente 80% du territoire français accueille aujourd'hui des populations très différenciées" explique le député dans les colonnes du Progrès. 

 

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