Coronavirus Covid-19 : des centres d'appels critiqués pour leur gestion de l'épidémie

Teleperformance, qui emploie près de 200 salariés à Belfort, est critiquée pour sa gestion de l’épidémie de coronavirus. La semaine dernière, des salariés ont débrayé pour dénoncer un manque de précautions. L'inquiétude est aussi présente dans un centre d'appels de Saône-et-Loire. 

Le site Teleperformance de Belfort emploie près de 200 salariés et intérimaires
Le site Teleperformance de Belfort emploie près de 200 salariés et intérimaires © Google Street View
C’était le 18 mars dernier : une vingtaine de salariés de Teleperformance Belfort ont cessé le travail, et se sont rassemblés devant leurs locaux, situés au cœur du Techn’Hom, le parc d’activité de la ville. Ils souhaitaient ainsi dénoncer leur ras-le-bol face à leurs conditions de travail.

"Nous n’avons pas de postes fixes, et chacun peut s’asseoir sur un poste occupé par un autre salarié la veille. De plus, les gestes barrières ne sont pas bien appliqués, et on nous travaillons tous en open-space! On est très proches les uns des autres, et même les managers sont obligés de s’approcher des salariés pour leur venir en aide. Face à l’épidémie, on trouve cela beaucoup trop risqué !", explique Benjamin Cerutti, délégué syndical SUD.


Intervention de la police

Ce jour-là, les grévistes réclament aussi que les portes de sécurité soient laissées ouvertes pour éviter que le personnel soit obligé de badger manuellement, un risque selon eux de se contaminer. Une démarche soutenue par d’autres syndicats de l’entreprise, dont la CGT et la CFDT. Ces deux syndicats n’ont cependant pas souhaité nous répondre.

"Cela a été refusé, et pire : la direction a appelé la police, qui nous a reproché de nous regrouper à plus de dix devant le site, alors qu’à l’intérieur, nous sommes plus de 50 par plateau !", fulmine le délégué SUD.

 

Face à la mobilisation des salariés, la police est intervenue
Face à la mobilisation des salariés, la police est intervenue © DR

La veille, le syndicat Sud avait justement déposé un droit d’alerte pour danger grave et imminent. Malgré nos nombreuses sollicitations, le groupe, qui compte 331 000 collaborateurs répartis dans 80 pays, ne nous a pas répondu.

Mais dans un communiqué publié sur son site le 23 mars 2020,  il assure avoir déployé "de nombreuses mesures d’urgence telles que le télétravail et des solutions digitales, pour garantir la continuité d’activité de ses clients, dans le respect des normes et certifications en vigueur en matière de sécurité. Le télétravail a notamment été mis en place sur de nombreux sites du groupe dans les semaines qui ont suivi l’adoption des premières mesures sanitaires de prévention et de protection des salariés." Mais aucune précision sur la situation à Belfort.
 

"Certes, une intérimaire a été embauchée pour nettoyer les poignées de portes et les postes de travail, mais elle travaillait sans gants et avec une seule lingette", conteste Benjamin Cerutti.

 

Un cas suspect de Covid-19 à Teleperformance Belfort

Le lendemain du débrayage, le 19 mars, une salariée est placée en arrêt maladie. Son médecin suspecte un cas de Covid-19. Rapidement, une désinfection totale du site est engagée. Les locaux restent fermés jusqu’à nouvel ordre. Depuis, ils n’ont toujours pas rouvert. Ce qui inquiète certains salariés, alors qu’en France, neuf autres sites ont, eux, déjà rouvert après désinfection. Actuellement, le standard sonne dans le vide.


Télétravail pour tous ?

"Nous, on réclame le télétravail pour tout le monde. C’est une solution qui est mise en avant par l’Etat, et même par le groupe Teleperformance dans ses plaquettes. Mais ici, on refuse de l’appliquer. Le pire, c’est que les salariés qui répondent au numéro vert gouvernemental sur l’épidémie de coronavirus n’y ont pas droit non plus!", affirme Benjamin Cerutti.

Une situation qui serait sur le point de changer. Ce mercredi, en début d’après-midi, les salariés de Belfort ont reçu un SMS leur indiquant que "la direction a entrepris le déploiement du télétravail sur l’activité SIG et organise sa généralisation sur les activités LIDL et EDF".
 

Tensions chez Comdata en Saône-et-Loire

À Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, l'inquiétude est également présente chez Comdata. Ce prestataire assure le service-client de plusieurs grandes entreprises, dont l'opérateur Orange. Nous avons pu entrer en contact avec un de ses salariés, qui préfère conserver l'anonymat.

Des mesures ont été mises en place, comme l'ouverture permanente de portes habituellement verrouillées par un lecteur de badge. Une manière d'éviter les contacts inutiles. Mais le travail se poursuit, en l'absence de certains salariés absents pour maladie ou garde d'enfant. "Nous fonctionnons probablement aux deux tiers de notre effectif", nous indique ce salarié.

Des lingettes désinfectantes ont été mises à disposition, mais en nombre insuffisant alors que les postes de travail ne sont pas assignés à une personne précise, selon le téléconseiller. Pour l'instant, aucun cas avéré de Covid-19 n'est à déplorer dans l'entreprise. Un cas suspect la semaine dernière s'est révélé être finalement une bronchite, selon les informations communiquées aux employés.

"Des gens se sont mis en grève la semaine dernière, lundi [16 mars, ndlr]. Je ne les ai pas revus depuis, raconte-t-il. Il y a eu une sorte de rebellion qui s'est instaurée dès le matin. Un des téléconseillers a dit 'on ne va pas prendre d'appel, on va tous se mettre en management'. C'est une position qui nous permet de ne pas être connecté. Selon lui, seules trois personnes sur la cinquantaine présente n'ont pas suivi le mouvement et ont continué à prendre des appels. "Ça a duré une dizaine de minutes. La direction a dit 'Si vous êtes en management vous serez considérés comme ne travaillant pas. Donc vous ne serez pas payés'. Ça a mis fin immédiatement à la résistance. C'est à ce moment là que des gens ont décidé de partir en grève."

Pour sa santé, celle de ses collègues et celle de ses proches, ce salarié voudrait être placé au chômage partiel. "Aucune des activités que nous traitons ne sont absolument nécessaires à la bonne marche du pays. Si Orange décide de ne plus suspendre les lignes pour impayé pendant la durée du confinement [un engagement pris par le ministre de l'Économie mardi 24 mars, ndlr], qu'est-ce qu'il y a d'autre à faire qui nécessite quelque chose d'urgent ? Est-ce que ça vaut le coup de mettre en danger la vie des gens ? C'est un vrai risque", ajoute-t-il. 

Le télétravail pourrait être une autre solution. Rien de tel n'est encore mis en place à Chalon-sur-Saône selon cette même source. Il ne nous a pas été possible d'entrer en contact avec la direction de Comdata à Chalon pour savoir si la situation pourrait évoluer. Sur son site internet, le groupe assure faire tout son possible pour développer cette pratique "Je peux vous assurer que la direction du groupe Comdata, dans tous les pays où nous opérons, accorde la plus grande importance et fait tout son possible pour accélérer et généraliser le télétravail dans les meilleurs délais", indique ainsi le dirigeant de l'entreprise, Alessandro Zunino, dans un communiqué. 

Après de nouveaux cas suspects non confirmés, Comdata a décidé de procéder à une désinfection des locaux. Elle doit avoir lieu jeudi 26 mars.
 
Une pétition nationale pour la fermeture des centres «non essentiels »
En parallèle, le syndicat SUD-Solidaires a lancé il y a quelques jours une pétition en ligne sur le site Change.org.
Elle demande la fermeture de tous les centres d’appels jugés comme non essentiels à l’activité du pays, pour les appels traités en France et dans le monde entier. 

« La nécessité absolue de faire continuer et déplacer des milliers de salariés pour ce type d’activités reste une énigme pour notre syndicat. On notera que tout cela est en contradiction complète avec le maximum de cinq interactions humaines préconisées par le gouvernement » explique le syndicat.

A ce jour, la pétition a réuni environ 1900 signatures.
 
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