Coronavirus Covid-19 : la course aux lits dans les services de réanimation pour faire face à l'afflux de patients

Alors que le pic de l'épidémie de Coronavirus Covid-19 est attendu d'ici 2 à 4 semaines, les hopitaux se préparent en Bourgogne France-Comté. L'enjeu pour eux, pouvoir accueillir un maximum de patients en réanimation. Quitte à doubler ou tripler le nombre de lits dont ils disposent. 
Dans un couloir d'hôpital (image d'illustration)
Dans un couloir d'hôpital (image d'illustration) © Sébastien Kerroux - FTV
Ils sont désormais 115 patients hospitalisés en réanimation et diagnostiqués positifs au Coronavirus en Bourgogne Franche-Comté. C'est deux fois plus qu'il y a 4 jours.

Ce lundi 23 mars, alors que 62 décès liés au Coronavirus ont été enregistrés dans des établissements de santé de Bourgogne-Franche-Comté, un autre compteur n'en finit pas de grimper, celui du nombre de patients testés positifs et admis en réanimation. Ce lundi, ils sont 15 de plus que la veille. Et ce chiffre risque de continuer à grimper de façon exponentielle. Mais jusqu'où ?

Dédoubler le nombre de lits de réanimation


« On se prépare à affronter la vague ». C’est ainsi qu’un soignant décrit la situation. Pour affronter cet afflux  de patients, et notamment les plus graves, tous les hôpitaux de la région se réorganisent. Objectif : dédoubler les capacités de prise en charge en soins intensifs et notamment en réanimation.

En temps normal, les capacités de prise en charge en réanimation sont d’environ 200 lits en Bourgogne Franche-Comté.
 

Un pic attendu début avril


Dans un document interne aux services hospitaliers daté du 16 mars, les projections font état d’un besoin qui pourrait grimper jusqu’à 300 lits en réanimation dans les premiers jours du mois d’avril sur l’ensemble de la région. C’est 50% de plus que les capacités normales de prise en charge auxquelles il faut ajouter les patients non atteint du Covid-19 mais qui peuvent également avoir besoin des services de réanimation.
 

Tableau estimation des besoin lits réanimation Bourgogne Franche-Comté (daté 16 mars)



Le tableau ci-dessus représente des projections statistiques. Difficile de savoir précisémment quel sera le nombre de cas graves et leur répartition sur le territoire. Quatre jours après la publication du document, le nombre de patients en réanimation est près de 20% supérieur aux estimations en Bourgogne Franche-Comté.

Depuis une semaine, l’objectif est donc de réaffecter un maximum de lits en réanimation. « Tous les efforts qui sont faits dans les hôpitaux sont tendus vers ces objectifs, expliquait mardi Pierre Pribile, le directeur de l’Agence régionale de Santé de Bourgogne-Franche-Comté. L’immense défi, c’est la capacité à prendre en charge les malades les plus graves qui auront besoin de soins de réanimation. »

Trouver des lits de réanimation


A l’hôpital de Lons le Saunier par exemple, les projections indiquent que 19 patients pourraient se retrouver au même moment en réanimation au plus fort de la crise. L’établissement dispose de 8 huit lits. A Chalon-sur-Saône, ils pourraient être 39 pour 16 lits.

« Les hôpitaux mobilisent des lits de soins critiques et de soins intensifs déjà présents dans les environnements hospitaliers, explique le directeur de l’ARS. Ils vont mobiliser des salles de réveil dans les blocs opératoires libérés par les déprogrammations. Cela nous permet de disposer de matériel, de salles et de personnels qualifiés pour prendre en charge les besoins de réanimation. »

En effort indispensable au sein des hôpitaux pour espérer ne pas avoir à trier les patients les plus gravement atteints. Dans certains Hopitaux, notamment dans le Haut-Rhin, faute de places disponibles, les respirateurs ont été réservés aux patients présentants les meilleures chances de survie.

"Les services de réanimation ont été réorganisés pour identifier des secteurs consacrés uniquement aux patients positifs [au covid-19]" - Nadiège Baille


A Lons-le Saunier, ce sont ainsi 4 lits supplémentaires qui sont déjà réaffectés. Mais c’est surtout dans les CHU que le redéploiement se fait, comme l’explique la directrice générale du CHU de Dijon, Nadiège Baille. " Le capacitaire du service de maladies infectieuses a été porté de 20 à 46 lits. Les services de réanimation ont été réorganisés pour identifier des secteurs consacrés uniquement aux patients positifs [au covid-19]. La capacité totale d’accueil dans ces services a également été augmentée. 8 lits supplémentaires sont d’ores et déjà opérationnels portant ainsi à 65 lits nos capacités de réanimation."
 

Coopération public-privé

Dans le communiqué quotidien publié ce lundi, l'Agence régionale de Santé se félicite de "la coopération engagée activement à l’échelle de chaque groupement hospitalier de territoire (GHT), entre cliniques et hôpitaux qui se
prêtent main forte dans l’objectif de mutualiser les compétences et les moyens matériels pour maximiser les capacités de prise en charge."


Concrêtement, la prise en charge des patients Covid-19 est le plus souvent concentrée sur les hopitaux publics de 1ere et 2e ligne de plan de lutte contre le virus. Les cliniques et hopitaux privés accueille les autres malades ayant besoin de soins de réanimation pour libérer des lits. 

A Dijon, l'Hopital Valmy (privé) va ainsi ouvrir quelques lits. "Pour répondre à une demande sanitaire exceptionnelle et soulager les hôpitaux publics, l’établissement va ouvrir 4 lits d’Unité de Surveillance Continue en lits de réanimation pour accueillir des patients COVID négatif, en collaboration avec le CHU de Dijon et les autres hôpitaux de l'agglomération dijonnaise" explique la direction de l'établissement. Le personnel est actuellement en cours de formation à la réanimation. Le service de réanimation devrait être fonctionnel d'ici la fin de la semaine. 
 

Les personnels redéployés

Au CHU de Dijon également, une partie des 8 000 personnels a été reaffectée après la déprogrammation des interventions non urgentes . "Toutes les unités ont été renforcées, se félicite François Thibaut, de la CGT Santé. Les personnels ont été redéployés. Une partie d'entre eux a également été mise en disponibilité. C'est une bonne chose que l'on préserve une partie des personnels pour les mobiliser au plus fort de la crise". 

Reste maintenant à savoir quand sera atteint le pic de l'épidémie. Et quelle sera son ampleur. 

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