Coronavirus : drogue, violences, cambriolages... La délinquance change de visage avec le confinement

Après trois semaines de confinement, la rubrique faits divers s'est vidée d'une grande partie de son contenu. Une baisse d'activité pour les services de gendarmerie et de justice, préoccupés par de nouvelles problématiques liées au confinement.
© Florian Salesse - Bruno Levesque - maxPPP
Comme si le temps s'était arrêté. Depuis le 16 mars, les habitants de Bourgogne Franche-Comté sont invités à rester chez eux. A réserver leurs déplacements pour les trajets vers le travail ou les courses. Une heure d'activité sportive est autorisée, en ayant l'attestation de déplacement en poche, et ce, un kilomètre autour du domicile.

En confinant les Français, l'activité judiciaire s'est quasiment arrêtée. "L'activité judiciaire est en nette décroissance. L'essentiel de la délinquance se fait sur la voie publique. A partir du moment où il n'y a plus personnes dans les rues, cette activité diminue fortement" confie Lionel Pascal, procureur de la république du Jura.
 

Une explosion des contraventions de 4e classe


Quasiment plus d'accidents de la route, plus de contrôles radar... l'essentiel de l'activité de la justice tourne désormais autour des contrôles des attestations de déplacement.
 

Il y a eu une explosion des contraventions, dans le Jura, on devrait atteindre 800 contraventions du 16 au 31 mars,


indiquait il y a quelques jours le Procureur du Jura. "C'est un chiffre énorme de contraventions de 4e classe, et ce chiffre pourrait s'accroître" dit-il.

Le préfet du Jura a pris un arrêté interdisant à compter du 5 avril les accès aux plages, sentiers de randonnées, forêts, pistes cyclables du département. Un relâchement a été constaté, et la perspective du beau temps printanier fait craindre une multiplication des sorties à l'extérieur. Une contravention de 135 euros vous attend si vous êtes verbalisé.


Une inquiétude concernant les violences intra-familiales


Si la délinquance s'est arrêtée ou presque, les autorités judiciaires sont sollicitées pour des faits d'altercations entre conjoints, ou entre membres d'une même famille.
 

Sur les premiers jours de confinement, nous n'avions rien de notable, mais passée la deuxième semaine, nous avons eu une hausse des différents familiaux, des personnes à bout de nerf, alcoolisées, des voisins qui appellent.. je crois qu'on va aller vers des choses plus difficiles,


s'inquiète le procureur du Jura. "Il est possible que des faits commis en ce moment ne soient pas dénoncés, il est possible que la parole se libère après le confinement" ajoute Lionel Pascal.

A la gendarmerie du Doubs,  sur cette question des violences intra-familiales,  on explique que l’intervention des forces de l’ordre suffit à apaiser les situations qui débouchent rarement pour l'instant sur une procédure judiciaire


"Le trafic de drogue dans la rue n'est plus possible, mais il y a du "deal" d'appartements"


Côté trafic de stupéfiants, là aussi, dans le Jura, on constate un tassement du nombre d'infractions sur la voie publique. Mais les trafics de drogue se poursuivent sous d'autres manières et plus sur la voie publique, estime le Procureur du Jura.

Combien de temps, les dealers vont-ils pouvoir approvisionner les consommateurs durant ces semaines de confinement ? "D'une manière générale, on n'a plus beaucoup de camions qui circulent. Les grossistes pourraient être impactés et ne fourniront plus les revendeurs à un moment. C'est une hypothèse" explique Lionel Pascal. Une hausse du prix de la drogue à la revente pourrait être un des signes d'une problème d'approvisionnement, estime-t-il.


Encore quelques cambriolages


Restez chez vous. Les consignes du confinement ont fait chuter drastiquement le nombre de cambriolages. "Il y en a encore malgré tout quelques uns" souligne le procureur du Jura. Cambriolages de résidences, d'entreprises ou de domicile sont en forte baisse néanmoins.

Dans le Doubs, la gendarmerie confirme cette nette baisse. Les malfaiteurs qui ont commis des cambriolages ont ciblé les dépendances des résidences (ex : cabane de jardin) et les locaux d’activités professionnelles ou associatives (ex : atelier municipal), se doutant que les habitants occupent leur logement.

Toujours dans le Doubs, les gendarmes n'ont pas noté de cambriolages en lien avec le COVID 19, à l’exception de quelques caducées dérobés à des professionnels de santé.


Escroqueries, infractions économiques et financières sont en très forte baisse


Selon la gendarmerie du Doubs, les plaintes pour ce type d’infraction ont chuté. La section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces (SOLC) continue à veiller sur internet afin de détecter d’éventuelles propositions de vente de matériel en lien avec le COVID 19  (ex : masque, gel, médicament) ou de prestations fantaisistes (ex : désinfection de logement). Actuellement, aucun phénomène suspect n’a été détecté.


Remettre en route la machine judiciaire après le confinement

Pendant ce confinement, l'activité des palais de justice est réduite au minimum. Une grande partie de l'activité consiste à gérer les sorties de prison. Les détenus qui étaient en toute fin de peine ont été libérés avec un peu d'avance pour ne pas surcharger les prisons.

Dans le Jura, la machine judiciaire s'est arrêtée ou presque en quelques jours mi-mars. Comme partout ailleurs en France, les audiences sont rares. "Comment remettre cette machine en route, ce sera compliqué forcément" estime le procureur de la République du Jura.




 
Violences intra-familiales pendant le confinement : les numéros utiles
  • Le 3919 est un numéro national mis en œuvre par la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), il assure une écoute et une aide au profit de victimes de violences de leur conjoint.
 
  • Les pharmacies sont également désignées, par le ministre de l’intérieur et la secrétaire d’état chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes comme des relais d'alerte possibles.
 
  • Le 114, numéro d'urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes, est étendu à toutes les victimes de violences intrafamiliales. Les victimes de violences conjugales, et plus largement intrafamiliales, peuvent depuis ce mercredi 1er avril alerter police, gendarmerie, SAMU et pompiers par SMS, en envoyant un message au 114. Ce nouveau dispositif vise à faire face à l'augmentation des violences conjugales depuis le début du confinement. Le 114 est à l'origine un numéro d'urgence pour les personnes sourdes et malentendantes. Il est donc élargi à toutes les victimes de violences qui ne peuvent pas sortir de chez elles, ni faire de bruit. 
Les opérateurs derrière ce SMS d'urgence préviendront la gendarmerie en leur transmettant les coordonnées de la victime.
 
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