Coronavirus : nettoyage, désinfection des rues.. Dole, Besançon, Salins-les-Bains, des villes partagées sur la question

© Gilles Beder
© Gilles Beder

Face à l'épidémie de Covid-19, faut-il nettoyer les rues ? Dans le Jura, deux villes ont déjà procédé à des opérations de nettoyage. Ce n'est pas d'actualitéà Besançon.

Par Emmanuel Rivallain

A Salins-les-Bains (Jura), les employés municipaux ont commencé la semaine dernière leur travail d’assainissement des rues. Des hommes en combinaison verte ont aspergé les trottoirs de la petite cité du Jura. Une décision prise rapidement par le maire, Gilles Beder, convaincu qu’il fallait profiter de l’absence de voitures et de piétons pour lancer un grand nettoyage et lutter contre le coronavirus.

« J’ai demandé un nettoyage complet de la ville. On a commencé par les endroits stratégiques comme les commerces » explique le maire de Salins-les-Bains. L’opération va continuer cette semaine dans les petites rues. « En raison du confinement, les rues sont vides, alors on en profite, on ne pourra pas nous reprocher des éclaboussures. »
 
© Gilles Beder
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Pour cela, les employés de la ville ont utilisé un produit plus agressif que celui utilisé d’habitude pour le grand nettoyage de printemps. « Le produit s’appelle Cyclone Cap Vert, c’est celui qu’on utilise pendant l’année pour désinfecter dans les cuisines et dans les cantines, c’est un produit bio. Nous y ajoutons un savon plus puissant que le savon des familles. »

Le maire ne cache pas que cette initiative fait débat. Certains lui reprochent de ne pas être dans une démarche écologique. « Au bout d’un moment il faut savoir ce qu’on veut. Est-ce qu’on sauve d’abord les humains ou la nature ? Et puis, je ne suis pas dupe, je suis en lice pour le deuxième tour des élections municipales, certains en profitent pour en faire un thème de campagne. »
 

"C’est du spectacle, une gestion d’émotion plus qu’une gestion micro-biologique"


Est-ce un coup d’épée dans l’eau ? Hervé Bellimaz, président de France Nature Environnement Bourgogne Franche-Comté, juge inutile ce nettoyage. « C’est du spectacle, une gestion d’émotion plus qu’une gestion micro-biologique. Je ne connais pas le produit utilisé mais je suis évidemment sceptique. Les maires et toutes les autorités feraient mieux de donner des recommandations d’ordre alimentaires pour renforcer l’immunité de la population» dit-il.

Gilles Beder, le maire de Salins-les-Bains, ne le nie pas. « Ce type de désinfection rassure les habitants, particulièrement les personnes âgées. Mais je fais le pari de Pascal, si ça ne sert à rien, tant pis -ça ne coûte pas cher- si on se rend compte que ç’est efficace, tant mieux. Le doute doit profiter à celui qui agit. Vous savez, en ce moment, une information chasse l’autre. On préconise aujourd’hui les masques alors qu’il y a quinze jours on en parlait pas. »


Dole a entièrement passé au Karcher son centre-ville



Une autre cité du Jura a elle aussi nettoyé l’intégralité de ses rues. Dole a entièrement passé au Karcher son centre-ville la semaine. Même opportunisme, peu d’habitants dans les rues donc plus facile de passer, mais avec une différence. Dole n’a pas utilisé de produits particuliers contre le coronavirus. « Nous avons effectué un nettoyage important, c’est vrai, mais comme nous le faisons deux fois par an. J’insiste, nous n’avons pas utilisé de produits javellisés. les techniciens de la ville ont passé le jet derrière les pots ou les poubelles. Ce que les laveuses ne font pas habituellement, » précise Jean-Baptiste Gagnoux, maire de Dole.


Qu’en est-il à Besançon ? « Ce n’est pas à l’ordre du jour », nous répond Pascal Gudefin, directeur du cabinet du maire. « L’ARS, l’Agence Régionale de Santé, ne recommande absolument pas cette procédure. C’est inefficace, que se passe-t-il une heure après le nettoyage ? Seul élément favorable, ça rassure. Mais franchement, on a mieux à faire en ce moment avec la recherche de masques par exemple. Ce qui pourrait se passer, au mieux, dans les prochains jours, c’est un nettoyage par aspersion, oui, autour d’espaces très particuliers comme des centres de dépistage où les gens viendraient consulter » nous explique le directeur de cabinet en mairie.

 

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