Coronavirus : le surcoût des mesures de protection pèse lourdement sur le budget des médecins

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Les médecins libéraux sont inquiets. Les nouvelles pratiques de protection contre le coronavirus, les obligent à engager des dépenses inhabituelles et à espacer le nombre de consultations. Moins de patients, plus de dépenses... Certains cabinets médicaux sont fragilisés par ce déséquilibre inédit.  

"La survie économique des structures conventionnées est menacée". C'est le constat inquiétant du docteur Eric Blondet. 

Président de l’Union Régionale des Professionnels de Santé, branche Médecins libéraux, il a une vue globale de la situation. Elle est inédite et beaucoup de ses confrères se sentent abandonnés.

À leur perte d'activité (certains ont vu littéralement s'effondrer le nombre de consultations) s'ajoutent les dépenses qu'ils doivent engager dans le cadre du protocole sanitaire destiné à les protéger, eux et leurs patients, d'une éventuelle contamination par le coronavirus. Au fil des semaines, le malaise ne fait que s'amplifier.

"Dans la gestion de cette crise, la médecine libérale a été oubliée" Eric Blondet

Au début de la crise du coronavirus les médecins généralistes n'avaient pas de masques pour se protéger. Ensuite il y a eu le stock d'Etat, mais il n'est toujours pas suffisant.


Disparité dans la distribution de masques du stock d'Etat

Eric Blondet précise que la dotation définie par la Direction Générale de la Santé est habituellement de 24 masques par semaine et par médecin, mais la distribution est inégale et tout n'est pas calculé dans la dotation.

"Les ORL, pneumologues, stomatologues, plus exposés que d'autres à la volatilité du virus, sont ​​​​​​privilégiés pour obtenir des masques FFP2, quand il y en a". 

Quant aux masques chirurgicaux simples, "d'après les remontées que j'ai, dit Eric Blondet, 1/3 des médecins n'a pas réussi à en avoir, et parmi ceux qui en ont eu beaucoup n'ont pas pu en avoir autant que ce qui était normalement prévu. Nous devons en acheter à nos frais."

Il faut penser que les médecins, quand ils ont un secrétariat, doivent équiper leur personnel. Il y a aussi des patients qui arrivent sans masque avec un tableau clinique évocateur de Covid 19, à qui il faut en donner.  
 


Des masques 10 fois plus chers qu'au début de la crise

"On est passé d'un tarif moyen de 5 à 6 euros pour une boite de 50 masques chirurgicaux avant le coronavirus, à 50 euros . Ce sont les prix affichés par les fournisseurs habituels des cabinets médicaux," précise Eric Blondet.
 
Les médecins ont envisagé de se regrouper avec d'autres professions de santé, pour obtenir un prix d'achat moins onéreux, mais ils ont dû renoncer.

"Une réflexion a été menée au sein des URPS. L'idée était de sélectionner des fournisseurs proposant un prix raisonnable. On a eu des propositions, mais il fallait commander plusieurs centaines de milliers d'unités". Un volume beaucoup trop important par rapport à la demande régionale.

"Au niveau national, la réalisation d'un tel projet semble très compliqué" ajoute Eric Blondel, "il faudrait avoir des espaces de stockage, organiser la distribution... Ce n'est pas notre métier."

Une pointe de désarroi transparaît dans la voix du président régional de l'U.R.P.S. : "En règle générale, en dehors de l'épidémie, on achète une à deux boîtes par cabinet, en période grippale par exemple. C'est la première fois qu'on est confronté à une telle situation.
 


Des dépenses trop lourdes pour les cabinets conventionnés

En plus des masques, d'autres équipements sont indispensables : gel hydroalcoolique, produits désinfectants, lunettes de protection, surblouses, charlottes...  "les tarifs ont été multipliés par deux, par trois, parfois par cinq. Ça augmente le coût de pratique et donc les charges".

Beaucoup ont acheté des blouses, des combinaisons ou des pyjamas de bloc opératoire en tissu. "Ça évite de contaminer les vêtements de ville. Le soir je mets tout dans un sac à linge, je le ramène à la maison et je lave tout à 60 °C," dit Eric Blondet.

Entre chaque patient il faut tout désinfecter, ce qui prend du temps. "Pour le même volume horaire, les consultations sont plus longues qu'avant, je vois moins de patients".

Ces dépenses liées à la protection, les coiffeurs les facturent à leurs clients. Les médecins, eux, n'en ont pas le droit à cause du convenrionnement tarifaire avec l'Assurance Maladie. 

"La question d'un surcoût va se poser si la situation doit durer longtemps."
 


Une remise en cause du modéle économique 

Des mesures de soutien spécifiques aux professionnels de santé libéraux conventionnés en perte d’activité pendant la crise, ont été annoncées fin avril par le ministre des Solidarités et de la Santé. Elles devraient leur permettre de faire face à leurs charges.

Mais cela suffira t-il ? Pour de nombreux professionnels de santé, le compte n'y est pas.

 "Puisque les autorités de santé contrôlent les tarifs médicaux, on attend qu'elles aient la même conduite vis à vis des matériels indispensables auxquels ont doit avoir accès. Quand on aborde le sujet avec l'ARS, on nous demande d'amener des éléments."

"Se protéger a un coût et il doit être intégré dans le modèle économique" Eric Blondet.

L'URPS a lancé une étude d'impact économique mais la mesure exacte des pertes d'activité s'avère compliquée.

Eric Blondet souligne qu'une étude menée par l'Ordre des chirurgiens-dentistes a chiffré le surcoût induit à 1000 euros par praticien et par mois.