Climat : la vigne de Bourgogne est un marqueur du réchauffement climatique révéle une étude internationale

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Une étude internationale inédite s'est penchée sur les dates de début de vendanges depuis six siècles. Elle montre qu'elles ont lieu treize jours plus tôt depuis 1988. Ce qui est un signe du réchauffement climatique. 

Par Fatima Larbi

Mesurer la fonte des glaciers des pôles n’est pas le seul moyen de connaître l’évolution du climat.

Une étude internationale inédite, portant sur les dates de début des vendanges depuis 664 ans, vient de paraître dans la revue Climate of de past  de l’Union euopréenne des géosciences. Elle montre que depuis 1988 les vendanges se font 13 jours plus tôt que durant les 6 siècles qui ont précédé.

Ce constat met en lumière le réchauffement climatique et l’installation d’un climat plus chaud et plus sec depuis 30 ans.
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Cette étude a été menée sous la direction de Christian Pfister, professeur au centre de recherche sur le changement climatique de l’université de Berne en Suisse.
Le principal auteur est Thomas Labbé, chercheur à la maison des sciences de l’homme (MSH) à l’université de Bourgogne, à Dijon.

Ce médiéviste, spécialiste du climat et de l’histoire du vin, a également travaillé en collaboration avec un météorologiste, des spécialistes de la reconstitution du climat et Benjamin Bois, un autre chercheur dijonnais, spécialiste de la réaction de la vigne au climat.

Leur travaux s’appuient sur les dates de vendanges depuis 1354, à Beaune, capitale viticole de la Bourgogne.

Avec ces 664 années étudiées, c’est la série d’études  la plus longue sur les bans des vendanges.
 

Pourquoi étudier les dates de début des vendanges ?


Contrairement aux moissons, par exemple, les vendanges sont les seules récoltes qui disposent de sources historiques fiables.

Thomas Labbé s’est appuyé sur plusieurs types de sources. Au 14e siècle, il a utilisé les comptes de la collégiales Notre-Dame, puis les registres de délibération de la ville de Beaune et pour la période plus contemporaine la presse locale.  
Compte du cellerier de la collégiale Notre-Dame de Beaune, 1487 (Arch. dep. de la Côte d'Or, G 2918/109)
Compte du cellerier de la collégiale Notre-Dame de Beaune, 1505 (Arch. dep. de la Côte d'Or, G 2918/126) / © Arch. dep. de la Côte d'Or
Compte du cellerier de la collégiale Notre-Dame de Beaune, 1487 (Arch. dep. de la Côte d'Or, G 2918/109) Compte du cellerier de la collégiale Notre-Dame de Beaune, 1505 (Arch. dep. de la Côte d'Or, G 2918/126) / © Arch. dep. de la Côte d'Or

Aucun autre type de récolte ne permet de collecter autant d’informations.

 

Quelles sont les conclusions de cette étude ?


Jusqu’en 1987, les vendanges se faisaient en général à partir du 28 septembre et à partir de 1988 elles commencent en moyenne 13 jours plus tôt.

Les années très chaudes et sèches, rares par le passé, sont devenues la norme au cours de ces 30 dernières années. En effet, sur les 33 étés les plus chauds depuis environ 600 ans, on en a connu 8 depuis 2003, soit une année sur deux. Ce qui était hors normes est devenu la norme.
 

Pourquoi la date des vendanges comme indice pour le climat ?


La vigne est très sensible aux températures et aux précipitations. Les années où le printemps et l’été sont plutôt secs et chauds, les raisins sont récoltés tôt. En revanche, les années plus fraîches et humides, la récolte est plus tardive.

A partir de 1658, date à laquelle on dispose de relevés de températures, les chercheurs ont pu comparer le début des vendanges aux températures relevées, ce qui a permis des projections.

Tous ces indicateurs ont donné la possibilité de reconstituer les températures moyennes d’avril à juillet sur six siècles.

 Jusqu'en 1987, les vendanges se faisaient généralement à partir du 28 septembre, alors qu’elles commencent 13 jours plus tôt en moyenne depuis 1988. L'analyse de la série par l'équipe montre que les années très chaudes et sèches étaient rares dans le passé, mais sont devenues la norme au cours des 30 dernières années. Thomas labbé


Pour les auteurs de cette étude, le réchauffement climatique de la planète est très clair. 

Le caractère exceptionnel de ces 30 dernières années est devenu évident pour tout le monde…Nous espérons que les gens commenceront à considérer de façon réaliste la situation climatique dans laquelle se trouve la planète à l'heure actuelle. Christian Pfister, directeur de l’étude.


Cette étude pointe des dates de vendanges de plus en plus précoces depuis 30 ans en Bourgogne, mais quelles sont les conséquences de ce phénomène sur les vins produits ? Une question d'oenologie à laquelle ne peut pas répondre l'historien dijonnais Thomas Labbé, car cela échappe à son champ de recherche. 
 

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