Mobilier du château de La Rochepot : "Une vente extraordinaire"

La vente aux enchères controversée qui s'est tenue dimanche à Beaune a rapporté environ 450 000 euros, trois fois plus que ce que le commissaire-priseur avait prévu. Les habitants et l'état se sont mobilisés, pour que les objets les plus rares ne quittent pas la région.

C’était LA pièce qui devait réaliser le record de la vente et elle a tenu ses promesses. Une statue de bouddha en bois doré, qui aurait été offerte par la dernière impératrice de Chine au président Sadi Carnot, ancien propriétaire du château. Elle s’est arrachée à 52 000 euros. Un casque de samouraï mis à prix à 30 euros a été adjugé à 13 500 euros sur internet.

Pour Maître Grégoire Muon, le commissaire-priseur, "cette vente a été extraordinaire, elle a donné des résultats inouïs". Certains lots sont partis très au-dessus de leurs estimations habituelles (jusqu'à dix fois leur cote). Jusqu’à mille acheteurs suivaient l’événement en ligne, pour enchérir à distance, tandis que deux-cents collectionneurs étaient présents à Beaune, dans la salle des Ateliers du Cinéma, réquisitionnée pour l’occasion.

Les opposants à cette vente, qui dénonçaient depuis plusieurs jours la dispersion de ce patrimoine côte-d’orien, n’ont pas perturbé la journée. Entamée à 10 heures, la vente-marathon s’est achevée à 22h30 et sur les 552 lots proposés, 537 ont trouvé preneur.

Un coup de théâtre a eu lieu dès l’ouverture des enchères, quand le ministère de la Culture a préempté plusieurs objets classés : des statues de plâtres de l’artiste dijonnais Xavier Schanosky. Ces oeuvres très fragiles seront transférées à la médiathèque de l’architecture et du patrimoine de Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne.

La mobilisation des habitants

Des particuliers de la région se sont mobilisés, pour tenter d'éviter la dispersion des objets les plus emblématiques à l'extérieur de la région, voire à l'étranger. Des habitants de la commune de Nolay, par exemple, qui se sont cotisés pour racheter la “Vierge à l’enfant”, une statue de pierre polychrome datant du XVe siècle. À l’initiative de leur paroisse, ils ont collecté des dons de 50 à 1 000 euros, et ont réussi à remporter l’adjudication à l’arrachée, pour 5 000 euros.

Un tableau d’Edouard Darviot, représentant les cuisines des Hospices de Beaune, a également fait l'objet d’une intense bataille. Mis à prix à 200 euros, il s’est envolé à 2 700 euros.

Le directeur des Hospices de Beaune, François Poher, avait fait le déplacement pour enchérir, mais il n’a pas pu suivre et il a dû s’incliner devant un autre acheteur. Divine surprise : le gagnant de l’enchère aurait proposé de rendre l'œuvre gratuitement aux Hospices, pour qu’elle ne quitte pas la région. François Poher avait aussi des vues sur deux tableaux et un buste, qui lui ont également échappé.

Plusieurs lots de la bibliothèque étaient particulièrement scrutés, comme une “Encyclopédie” de Diderot et d’Alembert en trente volumes, adjugée à 3 100 euros à un habitant de l’Yonne, et un atlas de Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville, parti à 4 150 euros sur internet. 

Cette vente, ordonnée par le tribunal de commerce de Dijon, doit servir à apurer les dettes de l’actuel propriétaire du château, l’oligarque ukrainien Dmitri Malinovsky, actuellement emprisonné à Nancy. Tardivement mobilisés, plusieurs élus locaux ont tenté de faire annuler la vente aux enchères, en vain. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
patrimoine culture