Retour sur : Emmanuel Giboulot, le viticulteur qui refusait les pesticides

Le viticulteur Emmanuel GIboulot, en 2014. / © JEFF PACHOUD / AFP
Le viticulteur Emmanuel GIboulot, en 2014. / © JEFF PACHOUD / AFP

Il y a cinq ans, Emmanuel Giboulot faisait la une de la presse nationale et internationale pour avoir refusé de traiter sa vigne, malgré un arrêté préfectoral. Il avait été condamné en première instance, avant d'être relaxé en appel. Cinq ans après, quel regard porte-t-il sur cette affaire ?

Par M. F.

En décembre 2014, Emmanuel Giboulot est relaxé par la justice. Il était poursuivi pour avoir refusé de traiter sa vigne contre la flavescence dorée, malgré un arrêté préfectoral.

Cinq ans après l'affaire, Emmanuel Giboulot produit toujours son vin à Beaune. Il revient avec nous sur cette période mouvementée. "C'était un gros bouleversement, se souvient le viticulteur. C'était très perturbant pour la famille, pour le domaine. Je ne pensais pas du tout que ça allait prendre cette proportion."

Aucun foyer important de la maladie n'ayant été détecté en Côte-d'Or, le viticulteur estimait que rien ne justifiait un traitement qui aurait, selon lui, destabilisé ses vignes. Sa décision était alors critiquée par le monde viticole, mais approuvée par les écologistes.

"J'ai quand même eu une grande période de doute. Je me disais 'mais est-ce que c'est moi qui me trompe ?' Puisque j'avais des retours négatifs venant notamment des structures professionnelles qui n'exprimaient aucun soutien. Donc c'était quand même assez lourd à porter", raconte Emmanuel Giboulot.
 
Retour sur : Emmanuel Giboulot, le viticulteur qui refusait les pesticides
Il y a cinq ans, Emmanuel Giboulot faisait la une de la presse nationale et internationale pour avoir refusé de traiter sa vigne, malgré un arrêté préfectoral. Il avait été condamné en première instance, avant d'être relaxé en appel. Cinq ans après, quel regard porte-t-il sur cette affaire ?

Mais son cas attire l'attention du monde entier. "À travers différentes pétitions, il y a eu environ un million de personnes qui ont amené des signatures. En 24h, on avait des retours d'Australie, de Nouvelle-Zélande, des États-Unis, du Japon, du Brésil, des pays d'Europe… C'était incroyable. Là, je me suis dit que ça correspondait à quelque chose qui me dépassait."
 

C'est une attente sociétale, ce n'est pas ma petite personne qui génère ça. La situation a fait que les gens se sont mobilisés, parce qu'il y avait une incohérence dans le système.


Condamné à 500 euros d'amende en première instance, Emmanuel Giboulot remporte finalement l'affaire devant la cour d'appel. Le 4 décembre 2014, il est relaxé.
 

Comment a évolué la législation depuis l'affaire ?

"La législation a évolué de deux façons, rappelle le viticulteur. D'un point de vue purement réglementaire, le caractère d'urgence qui justifiait un arrêté préfectoral a été supprimé. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le préfet peut sans autre consultation obliger des producteurs à faire des traitements sans que la maladie soit présente par exemple. Donc ça, c'est d'une certaine façon un pas en arrière.

Par contre, au niveau de la mise en œuvre des moyens de lutte, ça a évolué d'une façon très positive. L'interprofession, avec les services du préfet, ont réussi à se mettre d'accord pour ne pas faire de traitement systématique."


Aujourd'hui, Emmanuel Giboulot cultive toujours ses 11 hectares de vignes en bio et en biodynamie. Il n'a recours à aucun produit chimique. Les bonnes années, il produit jusqu'à 40 000 bouteilles, essentiellement en chardonnay et pinot noir.

Loin de toute médiatisation, Emmanuel Giboulot a encore le même objectif : avoir des pratiques toujours plus respectueuses de l'environnement.
 

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