TEMOIGNAGE. A Chenôve, les médecins ne veulent plus "jouer les cow-boys" après l'agression de l'un de leurs collègues

Après l’agression d’un médecin mercredi 5 mai dans la soirée, SOS Médecin annonce la suspension des consultations à domicile sur la commune de Chenôve (Côte d’Or). Ses collègues dénoncent les agressions dont ils sont parfois victimes et confient leur inquiétude.

Après l'agression de l'un de leurs collègues, les médecins de SOS n'accueilleront plus de patients après 20 heures et refuseront les visites à domicile sur la commune.
Après l'agression de l'un de leurs collègues, les médecins de SOS n'accueilleront plus de patients après 20 heures et refuseront les visites à domicile sur la commune. © Tiphaine Pfeiffer / France Télévisions

"Des fois, on arrive avec notre petite valise au milieu d’endroits où on a peur" reconnait le docteur Charly Ruffino. "Ce n’est pas très fréquent, mais cela peut arriver que l’on se sente un peu démuni ou pas vraiment en sécurité". Le médecin exerce depuis 4 ans, notamment au sein du cabinet de SOS Médecins à Chenôve. Mercredi 5 mai, dans la soirée, l’un de ses collègues a été violemment agressé alors qu’il se rendait à une consultation à domicile dans le quartier du Mail à Chenôve. Il a écopé de 10 jours d’incapacité totale de travail.

Depuis, SOS Médecins a annoncé exercer son droit de retrait. Les consultations au cabinet et les visites médicales à domicile sont supendues après 20 heures sur toute la commune. 

"C’est notre seul moyen de pression" reconnait Charly Ruffino… "Il faut réagir rapidement. On a dit, on arrête. Et on voit comment on pourrait sécuriser nos visites à domicile." Chaque médecin doit-il être encadré par des policiers ? Lui-même reconnait qu’il n’a pas la solution.

 

Des tensions qui se multiplient

Sur la commune de 14 000 habitants au sud de Dijon, la profession s’inquiète. Il y a deux ans un médecin a déjà été agressé au cabinet. "Ces derniers mois, ça se tend un peu. Je ne sais pas si c’est la pandémie, la crise sanitaire, mais les gens sont plus exigeant" constate le médecin.

Lui-même a été pris à partie par téléphone il y a 2 jours. "Je me suis fait menacer assez gravement par téléphone sur une prise en charge. On m’appelle et on me dit ‘On va te retrouver’. J'étais tout tremblant" Après l'incident, il a fait le point avec ses collègues du CHU de Dijon pour voir si une erreur avait par exemple été faite dans la prise en charge de ce patient. Aucune explication n'a été trouvée. 

 

"Je ne sais pas si je pourrai faire ça très longtemps."

Le jeune praticien ne cache pas son inquiétude et ses interrogations pour les prochains mois. "Des menaces physiques, des menaces verbales… Sur le plan médical, il faut déjà être concentré, mais si en plus il faut se dire que l’on peut nous agresser, c’est trop dur. Je n’y arriverai pas. Je ne sais pas si je pourrai faire ça très longtemps."

En tant que médecin qui se rend au chevet de patients malades, le jeune homme a en tout cas appris à être prudent. "Personnellement, dès que je ne me sens pas en sécurité, je vais rappeler le patient ou appeler le 15 et dire 'Je ne me sens pas d’y aller tout seul'. Si je ne me sens pas en sécurité, je ne fais pas le cow-boy." Parfois, ce sont les policiers qui viennent en soutien.

 

Un protocole "très prochainement"

A la suite de l’agression du médecin, le maire de Chenôve, Thierry Falconnet (PS) a fait part dans un communiqué de sa "très grande préoccupation devant la multiplication de situations d’une extrême violence dans [nos] rues", notamment contre les personnes assurant une mission de service public ou étant perçues  comme dépositaires d’une autorité publique. A Chenôve, ces professionnels sont "régulièrement pris pour cible et agressés par une poignée de hors la loi" constate l’élu qui demande un renforcement des actions de la police nationale pour "éradiquer la délinquance et les trafics de stupéfiants".

Sollicitée, la préfecture de Côte d’Or précise qu’elle prendra "très prochainement" contact avec SOS Médecins et la municipalité pour déterminer "un protocole permettant de garantir la sécurité des médecins et de maintenir cette offre de soins au service de la population".

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