"Comment gagner 3000€ par mois en moins d’un an" : derrière les influenceurs immobilier, des formations hors de prix et des mirages

Devenir rentier, en seulement quelques mois… C'est la promesse de tout un écosystème d’influenceurs sur les réseaux sociaux. En suivant leurs formations en investissement immobilier, qui se chiffrent parfois à plusieurs milliers d’euros, vous deviendrez riche… ou pas.

Vous les avez sûrement déjà croisés sur les réseaux sociaux. Des influenceurs au train de vie alléchant, qui vous promettent d'"atteindre la liberté financière", comme eux, en à peine quelques mois. 

Leur credo : l’immobilier. Dans un pays où 58% des Français sont propriétaires, une part qui ne cesse de croître, investir dans la pierre serait l’une des manières les plus efficaces de gagner de l’argent facilement. 

Leur garantie : en suivant leur formation qui vous délivrera les bons conseils et la bonne méthode, vous deviendrez rentier en seulement quelques mois. 

Storytelling

La proposition est séduisante, peut-être même un peu trop. Jean-Baptiste Boisseau en connaît bien le fonctionnement. Il est membre du collectif AVI (Aide aux victimes des influenceurs) et le fondateur du site signal-arnaques.com. Il analyse les techniques des influenceurs et recueille les témoignages de clients.

Pour appâter les potentiels clients, il y a d’abord le buzz, décrypte-t-il. "Comme tout se passe sur les réseaux sociaux, il faut capter l’attention. On va dire ou montrer quelque chose de choquant, comme un train de vie délirant".

Ensuite, il y a le storytelling. "Ils vous racontent une histoire, à laquelle il faut s'identifier : « Comme vous, j’étais un étudiant fauché ». C’est l’histoire qui revient tout le temps, l’étudiant qui a fait fortune depuis sa chambre", note Jean-Baptiste Boisseau. 

Formations jusqu'à 4000 euros

Enfin, vient la formation, payante. L'influenceur garantit qu'il y livre les secrets de sa réussite.  "Ils vont vous dire, voici comment j’ai réussi : en me formant. Et pour vous aussi c’est possible, c’est accessible à tout le monde, vous allez devenir libre financièrement, votre vie va changer. Pour savoir comment, vous allez suivre une première formation gratuite, qui va être une pub pour la payante. Mais bon la payante ne vaut que 150 euros au lieu de 899 euros, allez-y, c’est la chance de votre vie !". Certaines formations proposées peuvent coûter jusqu’à 4000 euros.

Le contenu, lui, est de prime abord de qualité. Un site bien présenté, des conseils délivrés. Pour le novice en finance immobilière, il est facile de s’y faire prendre. Pour les décrypter, nous avons donc demandé à un spécialiste immobilier, Jérôme Milian. Il est aussi conseiller en gestion de patrimoine. 

"Ils sont bons, à première vue ils me mettent le doute", avoue celui dont l’investissement immobilier est le métier depuis 12 ans. "Tout ce qu’ils disent est en partie vrai, mais globalement faux et c’est très difficile à démontrer car ce sont des notions complexes." Lui l’affirme, "faire croire que l’on peut devenir rentier en partant de zéro, ou même en étant au SMIC, c’est absolument impossible." 

Pour illustrer ses propos, il prend un seul exemple : "le taux d'endettement est limité à 35% en France. Si l’on gagne 2000€, on ne peut pas avoir plus de 700€ de remboursement de crédit immobilier. Au-delà, on ne peut plus rien faire. C’est le même problème avec une holding. L’argent appartient alors à une société que vous détenez. Pour le récupérer, il faut payer 30% de taxes."

"Ces gens-là sont coachs tout comme moi je pourrais être coach vocal alors que je chante comme une casserole. Ils n'ont aucune qualification."

Jérôme Milian, conseiller en gestion de patrimoine

Que risque-t-on à essayer ? "Outre perdre de l'argent, on risque de ne pas pouvoir acheter ce qu’ils vous ont promis, car les banques refuseront", estime le spécialiste. "Et si jamais vous parvenez à acheter un bien, vous ne pourrez pas répéter l’opération."

"Comment je suis devenu millionnaire ?"

Jérôme Milian peut passer des heures à regarder les vidéos Youtube de ces influenceurs, qui promettent de dévoiler "le secret pour devenir riche", ou "les 7 erreurs à ne pas faire…". Il est catégorique : "A chaque fois, c’est un festival de n’importe quoi. Mais comme chez tout bon escroc, il y a toujours un fond de vérité". 

Même son de cloche du côté du collectif AVI. S’il admet qu’il peut y avoir "des choses valables" dans les formations, elles ne seraient "pas du tout à la hauteur de leur prix, ni de la promesse qui est faite." Mais elles ne "franchissent pas la ligne rouge" qui les rendrait pénalement répréhensibles.

"Nous ce qu’on dit, c’est que les plans « Je vous offre la solution pour devenir riche rapidement », ça ne marche pas. Il y a bien des gens qui vont devenir riches, mais ce n’est pas vous !"

Jean-Baptiste Boisseau, membre du collectif AVI

Pourtant, jusqu’ici, le collectif n’a reçu aucun dossier pour mener une action collective en justice concernant les formations des influenceurs immobiliers. Un phénomène qui s’explique, selon eux, par l’état d’esprit distillé dans les formations. "Le sentiment, c’est qu’il y a vraiment des conseils qui ont été délivrés, analyse Jean-Baptiste Boisseau. On vous fait comprendre que ceux qui veulent y arriveront. Ils parviennent à vous faire intégrer que votre réussite, c’est grâce à eux, mais que votre échec, c’est le vôtre."

Commentaires élogieux

Alors, quelle est la part de ceux qui réussissent effectivement à faire fortune ? Nous n’avons obtenu aucune statistique concernant le taux de réussite des clients ayant suivi une formation. Sur les plateformes d'avis client, les commentaires positifs affluent, vantant le sérieux des formations. Des moyennes très élevées, mises en avant comme argument de vente.

Mais selon le collectif AVI, il serait commun que ces avis sur les formations soient publiés en échange de modules supplémentaires gratuits pour les investisseurs. Et que les commentaires négatifs soient régulièrement supprimés sous les vidéos des influenceurs. 

Le collectif, qui recense et recueille les témoignages, affirme que les clients et "victimes" de ce type d’influenceurs sont de tout âge et de toutes catégories professionnelles. Le préjudice, selon eux, se chiffre souvent après la formation, lorsque les clients payent un abonnement, une publicité, un produit pour mener à bien leur projet… Ceux qui perdent le plus étant ceux qui ont le plus gros capital de départ.