Croix gammées, chants racistes et antisémites : un ex-militant d'Eric Zemmour accuse le mouvement de dérapages en Bourgogne

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Écrit par La rédaction de France 3 Bourgogne

Il témoigne à visage caché et ne donne pas son véritable nom par peur des représailles. Christopher, étudiant à Dijon, affirme avoir constaté de nombreux dérapages racistes, antisémites, et même ouvertement nazis, au sein du mouvement Génération Z, qui soutient le candidat Eric Zemmour. Le parti Reconquête! rejette toutes ces accusations.

Mi-février, les habitants du quartier dijonnais des Grésilles découvraient un spectacle affligeant : des croix gammées taguées sur une fresque murale du quartier et sur des jeux d’enfants. La lettre “Z” est également inscrite à la peinture noire. “Ces croix, ce sont des militants de Génération Z qui les ont inscrites”, affirme Christopher. Âgé de 20 ans, il est un ancien militant de Génération Z à Dijon. Génération Z, le mouvement des jeunes avec Zemmour, rattaché à Reconquête!, le parti du candidat d’extrême-droite à la présidentielle.

Une chanson qui encense Maurice Papon en guise de "message de bienvenue"

Le témoignage de Christopher a d’abord été publié la semaine dernière dans deux médias militants, Kawa TV et Blast Info. France 3 Bourgogne a rencontré cet ex-militant, qui se présente comme un repenti de Génération Z.

Arrivé à Dijon pour ses études à la rentrée de septembre 2021, il rejoint d’abord l’UNI, syndicat étudiant de droite. “J’ai discuté avec eux, puis j’ai été invité à différentes soirées et actions, j’ai sympathisé avec ces gens - sans forcément avoir d’avis politique à l’époque”, explique Christopher. “À force de sympathiser avec les militants de l’UNI, dont la grande majorité fait partie de Génération Z, j’ai pris contact avec Jürgens Tyll, le responsable régional en Bourgogne-Franche-Comté, et Antoine Camus qui est responsable départemental en Côte-d’Or. Petit à petit, Jürgens m’a proposé de rejoindre le mouvement.” Christopher est intégré à Génération Z le 18 novembre. Et reçoit alors un étonnant "message de bienvenue". 

L’étudiant reçoit, depuis le numéro de Jürgens Tyll, un fichier sonore que nous avons pu écouter. C'est une musique du groupe Supreme MRAP consacrée à Maurice Papon, le préfet de police condamné à 10 ans de prison pour crime contre l’humanité pour avoir participé à la déportation de centaines de Juifs à Auschwitz. Les paroles sont explicitement antisémites : Ce vendredi 22 octobre 1999, Maurice Papon est injustement arrêté en Suisse pour service rendu à l’humanité. Un déporteur de Juifs pour sauver des français. Puis le refrain : “Libérez Maurice Papon”. Le groupe Supreme MRAP est aussi auteur d’autres chansons aux titres sans équivoque : Il est né le divin Adolph, Chasse aux pédés, Negrolokaust...

J’ai été surpris, je n’ai pas trop compris quand j’ai reçu ce message”, explique Christopher. “Je n’ai pas répondu. Je ne savais pas comment le prendre.” Après cette première entrée en matière, il est intégré aux groupes Telegram (une messagerie cryptée) de Génération Z. Et dit constater, au fil des échanges et des soirées, de nouveaux dérapages.

Des chansons racistes et néonazies couramment écoutées par les militants

Les propos racistes et homophobes étaient hyper courants. Il y a de nombreux chants racistes aussi, chantés en soirée.” Des chants non diffusés sur les plateformes classiques. Christopher nous montre un site sur lequel on peut les trouver, et en cite plusieurs. “Africaine enturbannée, c’est celle qui est vraiment le plus chantée en soirée. A pleins cargos, ils aiment bien aussi. Et aussi C’est quand même bien les runes, qui reproche au RN de ne pas être assez extrémiste.

Christopher dit notamment avoir un souvenir précis autour de cette musique. “J’étais dans une voiture avec deux militants hauts placés en Bourgogne. Le premier a mis C’est quand même bien les runes. L’autre a crié “Oh oui !” et le premier a répondu “Dès que je la mets, c’est toujours le même ‘Oh oui’... Autrement dit, ils l’écoutent souvent”, affirme Christopher.

Des croix gammées taguées aux Grésilles

Mi-février, Christopher et trois militants de Génération Z se rendent à la Fontaine-d’Ouche pour coller des autocollants pro-Zemmour. “On visait un quartier populaire pour la provocation”, reconnaît Christopher. Le groupe se fait repérer par des jeunes du quartier et quitte les lieux pour se rendre à la fac de Dijon. “On tague des Z sur la façade du resto U. Ensuite, l’un de nous commence à taguer une croix gammée.” Le groupe part ensuite vers les Grésilles. Christopher ne les suit pas. Le lendemain, plusieurs de ces croix gammées sont découvertes dans le quartier, comme le relate France 3 Bourgogne dans cet article.

Les signes nazis sont inscrits sur une fresque murale et sur le toboggan d'un jardin pour enfants. La lettre Z est également taguée à la peinture noire. Pour Christopher, ça ne fait aucun doute : ce sont ces trois militants de Génération Z qui sont à l'origine des tags.

Une entrée dans le parti "plus par bonne ambiance que par conviction politique"

“Il a peut-être fallu ces choses graves pour me faire prendre conscience de plus petites choses sur l’idéologie, les idées d’Eric Zemmour.” Aujourd'hui, Christopher pense avoir été influencé. “Quand je suis rentré à l’UNI, j’étais hostile à Zemmour, mais à force de débat, j’ai fini par rejoindre le mouvement sans même avoir été convaincu. J’avais 19 ans, je n’avais aucune idée politique à ce moment-là.”

“Je pense que ce sont les gens comme moi que visent les militants de Génération Z, les jeunes de première année qui rentrent à la fac et qui découvrent.”

Christopher dit s’être laissé convaincre, avant tout, par le côté “festif” du mouvement. “Même s’il y a une idéologie politique, on ne s’en rend pas compte au début. Les soirées de début d'année, oui il y a des chants militaires, mais ça ne m’a pas tant choqué au départ. Je trouvais que c'était bonne ambiance. De l’alcool, des chants… Les gens me disent : “Mais comment on peut adhérer d’un coup à ce mouvement ?” En fait, ça ne se fait pas comme ça d’un coup. C’est difficile à expliquer”, avoue Christopher, gêné. “En septembre 2021, j’étais totalement apolitique. Si je suis arrivé dans le parti d’Eric Zemmour, c’était plus par bonne ambiance que par conviction politique. Maintenant, je me rends compte que je partage d’autres valeurs.

Des menaces après avoir pris ses distances avec Génération Z

À la suite des tags de croix gammées, le jeune militant commence à prendre ses distances avec Génération Z. “Je ne partageais plus les idées officielles et officieuses du mouvement.” Il se rapproche alors d’un mouvement de gauche, qu’il ne souhaite pas nommer. “Les militants de Génération Z l’ont appris et m’ont demandé des explications. C’était un peu tendu. Puis on m’a gentiment écarté du mouvement.”

C’est à ce moment-là qu’il décide de témoigner auprès du site militant Kawa TV et de Blast Info. En réponse, Christopher dit avoir reçu des menaces.

“À la fac, quelqu’un que je ne connaissais pas a essayé de me cracher dessus en me disant : “J’espère que tu es content d’avoir foutu la merde”.

Pour ce crachat, il dépose une main courante le 31 mars. Aujourd'hui Christopher dit "avoir peur" de se faire agresser par des proches du mouvement d'Eric Zemmour. Pour autant, il tient à témoigner. “Pour moi, c’est une information d’utilité publique”, juge Christopher. “Tout le monde doit savoir ce qu’il se passe dans ce mouvement. Mon but premier n’est pas de leur nuire, mais d’informer, de mettre en garde les futurs militants et les électeurs d’Eric Zemmour.” Christopher affirme ne faire partie d’aucune formation politique aujourd’hui.

Génération Z accuse Christopher de s'être "infiltré" sciemment au sein du mouvement

Contacté pour répondre à ces accusations, le mouvement Reconquête! en Bourgogne-Franche-Comté nie catégoriquement toutes les accusations portées par Christopher. Jürgens Tyll n'a pas répondu à nos sollicitations, mais un autre cadre de Génération Z en Bourgogne confirme que Christopher a été "viré le 28 janvier".

"On a les preuves que les trois quarts de ce que cette personne raconte est complètement faux, et qu'elle est même à l'origine de la moitié des choses dont elle nous accuse." Le "message de bienvenue" avec la chanson "Libérez Maurice Papon" ? Selon ce zemmouriste, c'est Christopher lui-même qui s'est auto-envoyé ce message "dans un but malintentionné".

"Jürgens a eu la malheureuse idée de laisser son portable déverrouillé au cours d'une soirée, ce qui a abouti à l'envoi du message."

Les croix gammées aux Grésilles ? "C'est lui-même qui les a taguées. On a les preuves." Le mouvement soupçonne Christopher d'avoir sciemment intégré les rangs de Génération Z pour faire du tort au parti. "Je suis sûr qu'il était chez nous en infiltré, pour sortir des dossiers. C'est quelqu'un qui nous a causé plus de problèmes qu'autre chose." Génération Z se réserve le droit de porter plainte.