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Dijon : les jeunes cliniciens et les internes des hôpitaux manifestent contre le projet de loi de santé

Avant la grande manifestation des professionnels de santé de dimanche contre le projet de loi de santé de Marisol Touraine, ce vendredi ce sont les jeunes regroupés dans un « front jeune intersyndical » qui se sont mobilisés
A Dijon, un piquet de grève s’est installé pour la journée devant le CHU, constitué d’internes et d’assistants de chefs cliniques décidés à informer les usagers sur leur mouvement de grève. Un mouvement lié au projet de loi de santé de Marisol Touraine que les manifestants jugent totalement incapable de réformer un système de santé à bout de souffle.

Le tiers-payant est au coeur du débat

Le projet de loi est très large : il va de la prévention du tabagisme à la définition du service public hospitalier. La mesure la plus contestée est la généralisation du tiers payant. Les médecins craignent que cette dispense d'avance de frais ne génère beaucoup de paperasse et ont peur de ne pas être remboursés correctement. "Cette pseudo-gratuité des soins va faire exploser les dépenses", explique Didier Legeais de l'Union des chirurgiens
de France (UCDF).
La mesure est cependant plébiscitée par les Français : 63% y sont favorables selon un sondage récent) et la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a confirmé lundi que la généralisation du tiers payant aurait bien lieu d'ici à 2017. La déclaration a été vécue comme une "provocation" par le monde de la santé qui s'est senti dupé par la ministre.

Une grande manifestation dimanche réunira les professionnels de santé

Dimanche, à l’appel d’une dizaine de syndicats, médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, dentistes, internes et autres professions de santé manifesteront à Paris pour le retrait du projet de loi santé de Marisol Touraine. "Non au projet de loi santé. Tous unis pour la santé de demain". Derrière ce mot d'ordre unitaire, les soignants défileront à Paris, de la place Denfert-Rochereau, jusqu'au ministère de la Santé.
D'autres syndicats, comme la CSMF (principal syndicat de médecins) ou MG France (premier syndicat des généralistes), ainsi que l'Ordre des médecins, plaident plutôt pour une réécriture du texte, dont l'examen doit débuter mardi en commission à l'Assemblée nationale.

Dans une tentative d'apaiser les esprits, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé mardi "une grande conférence santé pour tracer des pistes sur l'avenir à moyen terme de notre système de santé".

Le reportage de Marianne Picoche, Daniel Waxin et Charles Mohrain

Avec : 
durée de la vidéo: 01 min 32
Manifestations des cliniciens

 

Pourquoi les professionnels de santé sont en colère?
Voici les principaux points du projet de loi de santé que les professionnels de santé contestent depuis des mois :

  • Tiers payant généralisé
La généralisation à tous les assurés, d'ici à 2017, de la dispense d'avance de frais lors d'une consultation est la mesure la plus décriée par les médecins, qui craignent notamment les retards de remboursement par l'assurance maladie et les centaines de complémentaires santé. Une garantie de paiement des médecins doit désormais être inscrite dans la loi, avec notamment des pénalités à l'encontre de l'assurance maladie pour un délai de remboursement supérieur à 7 jours. Pas suffisant pour les professionnels, qui dénoncent les dysfonctionnements déjà à l'oeuvre. 

  • Service public hospitalier
Le projet de loi redéfinit cette notion et ses obligations pour assumer les missions de service public (urgences, enseignement, recherche, etc). La ministre a confirmé lundi que l'absence de dépassements d'honoraires serait une des conditions pour faire partie de ce service public hospitalier (SPH) rénové, excluant de fait la majorité des établissements privés. Toutefois, les services d'urgence existant dans quelque 130 cliniques seront associés à ce SPH, comme les cliniques de soins de suite et de réadaptation, et de psychiatrie, leurs médecins étant salariés.

  • Organisation territoriale
Le projet de loi prévoit la création de "communautés professionnelles territoriales de santé", visant à structurer les parcours de soins, notamment autour des patients touchés par des maladies chroniques. « L'organisation des parcours de santé partira des professionnels eux-mêmes au lieu d'être le seul fait des Agences régionales de santé" explique le gouvernement. Le projet de loi initial prévoyait un "service territorial de santé au public" qui symbolisait, aux yeux des médecins, l'étatisation de la santé, avec un pouvoir accru des agences régionales de santé.

  • Évolution des compétences médicales
Les médecins redoutent un "démantèlement" de leur métier à travers la délégation de leurs tâches aux personnels paramédicaux. La possibilité offerte aux pharmaciens de pratiquer certaines vaccinations était ainsi inscrite dans le projet de loi santé. La ministre propose désormais que la mesure fasse d'abord l'objet "d'expérimentations" afin de "répondre aux inquiétudes" des médecins. Le texte prévoit également la possibilité pour les infirmiers et sages-femmes de prescrire des substituts nicotiniques.
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