Affaire Grégory : la garde à vue de Murielle Bolle annulée. De nouvelles auditions dans les prochaines semaines à Dijon

Murielle Bolle en octobre 2018. / © ARNAUD DUMONTIER/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Murielle Bolle en octobre 2018. / © ARNAUD DUMONTIER/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

La Cour d'Appel de Paris a annulé jeudi 16 janvier 2020 la garde à vue de Murielle Bolle en 1984. Mais, d'autres déclarations de l'adolescente âgée de 15 ans à l'époque restent valides. L'enquête menée par la chambre d'instruction de Dijon pourrait reprendre "dans les prochaines semaines".

Par B.L. avec AFP et Sébastien Letard

Il y a 35 ans, le petit Grégory Villemin, âgé de 4 ans, était retrouvé mort, pieds et mains liés, dans une rivière des Vosges. Son meurtrier n’a toujours pas été retrouvé. Mais la décision de la cour d'appel de Paris rendue jeudi 16 janvier 2020 rebat les cartes du dossier.

En 1984, Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir kidnappé le petit Grégory. Elle avait ensuite expliqué qu’elle avait dit cela sous la contrainte des gendarmes.

Par la suite, Murielle Bolle avait saisi la justice pour faire annuler près de 200 pièces de procédure dont la garde à vue de 1984, car celle-ci s'était déroulée sans la présence d'un avocat.
 
Grégory Villemin avait 4 ans quand il a été retrouvé noyé, pieds et poings liés, dans la Vologne le 16 octobre 1984. / © France 3 Lorraine
Grégory Villemin avait 4 ans quand il a été retrouvé noyé, pieds et poings liés, dans la Vologne le 16 octobre 1984. / © France 3 Lorraine


Qu'a décidé la justice ? 

Ce jeudi 16 janvier, la cour d'appel de Paris a bien annulé la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 dans l'enquête sur la mort de Grégory Villemin.
Mais, la chambre de l'instruction de la cour d'appel n'a en revanche pas annulé les déclarations que l'adolescente avait faites aux gendarmes sur son beau-frère avant le début officiel de cette garde à vue. La justice n'a pas annulé non plus l'interrogatoire de Murielle Bolle devant le juge Jean-Michel Lambert le 5 novembre 1984. Une décision qui suit les réquisitions de l'avocat général. 

A la sortie de la Cour d'Appel, l'avocat de Murielle Bolle, Me Jean-Paul Teissonière se dit satisfait : « Ce qui est important, c’est le fait que le conseil constitutionnel ait décidé que les dispositions applicables à l’époque n’étaient pas constitutionnelles. Tout cela s’est passé dans la plus grande irrégularité. Les quelques déclarations de Murielle qui subsistent après ce passage n’ont pas beaucoup d’importance dans la mesure où plus personne ne soutient que ce qu’elle a déclaré à ce moment là correspond à la réalité."

L'instruction est relancée


Mais du coté des enquêteurs comme des avocats de la famille Villemin, on se veut également confiant. Paradoxalement, si une partie du dossier est rendue caduque, la décision de la Cour d'Appel de Paris devrait permettre de relancer l'enquête menée par la chambre de instruction de Dijon. 

"La Cour d'appel n'a annulé que les déclarations de Murielle Bolle tenues en garde à vue et maintenu au dossier celles qu'elle avait tenues avant cette garde à vue,  explique l'avocat des parents de Grégory Villemin, Me François Saint-Pierre. 

"Or, dans cette audition de témoin assisté, Murielle Bolle a livré aux gendarmes l'intégralité du récit de l'enlèvement de Grégory par Bernard Laroche, c'est l'essentiel". 

 

 

Des auditions probables "dans les toutes prochaines semaines"

Un optimisme partagé au parquet de Dijon où l'on explique que l'enquête de la chambre de l'instruction va reprendre avec "de nouveaux actes d'enquête, des expertises" et sans doute de nouvelles auditions de certains membres de la famille, peut-être même "dans les toutes prochaines semaines".

Pour mémoire, en juin 2017 les gendarmes de la section de recherches de Dijon s’étaient rendus dans les Vosges pour interpeller trois personnes qui avaient été mises en examen :  le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant - les époux Jacob qui n'avaient jamais été inquiétés auparavant - et Murielle Bolle. Depuis, ces mises en examen ont été annulées pour des raisons de procédure.

"L'important pour Jean-Marie et Christine Villemin, c'est que l'enquête puisse se poursuivre", ajoute l'avocat des époux Villemin


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Murielle Bolle (à gauche) au palais de Justice de Dijon, en 1986 / © ERIC FEFERBERG / AFP
Murielle Bolle (à gauche) au palais de Justice de Dijon, en 1986 / © ERIC FEFERBERG / AFP
  

Pourquoi Dijon est concerné par l'affaire Grégory ? 


C’est en 1987 que l’affaire Grégory avait été confiée à Dijon
La cour d'appel de Dijon avait repris l'affaire en mars 1987, désignée par la Cour de cassation pour réinstruire cette affaire de meurtre. La cour avait ordonné un supplément d'information et une nouvelle reconstitution pour connaître le lieu d'immersion du corps de l'enfant.

-En 1993, le tribunal dijonnais avait rendu son jugement : un non-lieu pour Christine Villemin et cinq ans de prison pour son mari Jean-Marie Villemin qui avait tué Bernard Laroche, qu'il tenait pour l'assassin de son fils.
 
-En 2008, l'affaire avait été rouverte à la demande du procureur général de la cour d'appel de Dijon. Avec les progrès de la technologie, de nouvelles analyses ADN avaient été lancées : sur un timbre et une enveloppe envoyée par le ou les corbeau(x) aux Villemin, mais aussi sur les vêtements portés par le petit Grégory le jour de sa mort et sur les liens qui entravaient ses mains et ses pieds.

Au terme de ces analyses ADN, aucun des protagonistes n'a pu être confondu. Mais, l'enquête était restée ouverte.

 
Le 30 octobre 1985 Christine Villemin participe à une reconstitution suite à la découverte de son fils Grégory retrouvé mort dans la rivière la Vologne dans les Vosges. / © PATRICK HERTZOG / AFP
Le 30 octobre 1985 Christine Villemin participe à une reconstitution suite à la découverte de son fils Grégory retrouvé mort dans la rivière la Vologne dans les Vosges. / © PATRICK HERTZOG / AFP


-Le dernier rebondissement avait eu lieu en juin 2017 quand des gendarmes de la section de recherches de Dijon s’étaient rendus dans les Vosges pour interpeller trois personnes qui avaient été mises en examen :  le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant - les époux Jacob qui n'avaient jamais été inquiétés auparavant - et Murielle Bolle

Depuis, ces mises en examen ont été annulées pour des raisons de procédure.
 
Affaire Grégory : de nouvelles auditions à venir à Dijon
La Cour d'Appel de Paris a annulé jeudi 16 janvier 2020 la garde à vue de Murielle Bolle en 1984. Mais, d'autres déclarations de l'adolescente âgée de 15 ans à l'époque restent valides. L'enquête menée par la chambre d'instruction de Dijon pourrait reprendre "dans les prochaines semaines".

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