Cinéma à la maison, apéros à distance... Ces habitudes vont-elles survivre aux restrictions sanitaires de la Covid-19 ?

Retournerons-nous vers les cinémas, théâtres, restaurants et bars, après nous être habitués à s'en passer ? Fermés depuis des mois, ces lieux de culture et de vie sociale semblent manquer aux Dijonnais. Interrogé, un psychiatre souligne le caractère essentiel de ces lieux de sortie.

Retournerons-nous au cinéma, après avoir passé des mois à en être privés ? Les professionnels veulent y croire, le psychiatre que nous avons rencontré en est certain.
Retournerons-nous au cinéma, après avoir passé des mois à en être privés ? Les professionnels veulent y croire, le psychiatre que nous avons rencontré en est certain. © SEBASTIEN BOZON / AFP

À 18 heures désormais, le silence envahit les rues de Dijon. Les loisirs - terrasses des bars et des restaurants, les théâtres et cinémas notamment - sont entrés dans une longue hibernation et manquent cruellement aux citadins. "On rentre chez soi et on s'ennuie," déplore un jeune homme rencontré place Darcy.

Privés de sorties culturelles, certaines familles tentent néanmoins de s'adapter. Sophie Depelet sortait beaucoup avec ses enfants, testait plein d'activités. Aujourd'hui, elle a dédié une pièce de son appartement aux loisirs des petits.

"C'est notre petit atelier qu'on s'est fabriqué pendant le premier confinement pour avoir une pièce réservée aux activités pour les enfants. Les grandes peuvent d'occuper toutes seules, je suis obligée d'être là pour le plus jeune. Le but, c'est d'avoir plein de choses créatives à portée et de ne pas avoir peur de se salir," explique la Dijonnaise.

Lors du premier confinement, on n'avait ni école ni crèche et il fallait que je continue de travailler. Je devais les occuper sans pour autant les mettre désormais derrière les acrans, de faire des choses variées et créatives en autonomie. Ici, tout est réuni et plus organisé et ça leur donne envie de venir. Avec ce deuxième confinement, on s'est quand même réapproprié l'endroit pour faires des activités.

Sophie Delepet, Dijonnaise et maman de trois enfants

Manque cruel de sociabilité

Les habitudes sociales et culturelles que l'on a développé en ces temps d'épidémie - loisirs à la maison, regarder des films en streaming, les apéros par écrans interposés - vont-elles perdurer une fois les restrictions levées ? Pour Clément Guillet, psychiatre à l'hôpital La Chartreuse de Dijon, la sociabilité manque davantage aux Français que les loisirs en eux-mêmes. Il a observé une hausse des consultations pour des troubles dépressifs et anxieux et des insomnies concomitante aux confinements.

C'est totalement lié au manque de sociabilité. Pour les loisirs, certaines personnes arrivent à s'adapter, notamment car les règles sont aujourd'hui un peu plus souples qu'au premier confinement et ça leur permet de garder cette soupape de sécurité psychique que sont les loisirs. Personnellement, j'ai moins de patients hospitalisés aujourd'hui que lors du premier confinement.

Clément Guillet, psychiatre à Dijon

Le médecin est cependant catégorique quant à la fréquentation des bars, restaurants et cinémas. "Ces lieux de rencontre, même si le numérique pallie à ça en ce moment, restent essentiels [dans l'esprit des gens, NDLR], estime-t-il. Je pense qu'on va avoir un rebond de consommation lorsque les restrictions seront levées. Je ne pense qu'on va très vite repartir comme avant, je ne pense pas qu'il y ait une installation dans la durée de ces habitudes de confinement."

La rouverture et l'afflux de clients, Émilie Bruno l'espère de tout son cœur. La directrice du cinéma CGR Beaune ne travaille aujourd'hui quasiment plus et les annonces du Premier ministre ne la rassurent pas. "Manger une glace à la maison et manger une glace au bord de l'eau, ce sont des sensations totalement différentes. On a besoin du cinéma pour le moral."

On espère une réouverture des salles pour les vacances. Ça nous permettra d'avoir deux heures de pause où on n'entendra pas parler de Covid-19 !

Émilie Bruno, directrice de cinéma à Beaune

Fantômatiques, les lieux de culture de vie sociale sont toujours dans le flou. Aucune date de réouverture n'est à ce jour envisagée par le gouvernement.

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